La Campanie encore sous les ordures

Trois personnes juchées sur un scooter, la plupart du temps une maman et ses deux enfants sans casques, est une des images fortes rapportées par les touristes en visite à Naples. Mais désormais les ordures dans les rues de Campanie font de la concurrence à ce tableau napolitain.

Trois personnes juchées sur un scooter, la plupart du temps une maman et ses deux enfants sans casques, est une des images fortes rapportées par les touristes en visite à Naples. Mais désormais les ordures dans les rues de Campanie font de la concurrence à ce tableau napolitain. La crise n’est donc pas encore terminée. Elle dépasse même les frontières puisque aujourd’hui mardi 6 mai 2008 l’Italie s’est vu déférée par la Commission Européenne devant la Court de Justice Européenne. La procédure d’infraction continue. La Commission Européenne a estimé que malgré les efforts fournis afin d’améliorer le système il n’y a aucune certitude quant aux procédures et aux temps de résolution du problème.

 

La crise sanitaire qui a commencé en 1994 avec la première déclaration d’état d’urgence est devenue chronique et n’a donc jamais été complètement résolue depuis. Les commissaires de gouvernement et leurs pouvoirs « extraordinaires » n’ont pas réussi en enrayer la machine infernale, ni même les gouvernements de droite comme de gauche. Le dernier commissaire en date, De Gennaro, a vu son mandat prorogé jusqu’à la fin du mois de mai afin de résoudre le plus rapidement possible la situation de crise.

 

Mais la solution au problème ne réside pas seulement dans la construction de nouveaux centre de traitement des déchets ou d’incinérateurs, encore faut-il que les populations locales acceptent une telle installation près de chez elles. C’est apparemment le dilemme auquel sont confrontés De Gennaro et le préfet Alessandro Pansa qui ont donné leur feu vert au chantier qui devrait voir naître une gigantesque décharge à Chiaiano. Mais déjà les habitants de cette zone se sont fait entendre en empêchant les ouvriers d’accéder au site.

 

L’autre ralentisseur à des solutions efficaces prend pied dans les intérêts politiques, industriels et mafieux. En effet, depuis plusieurs décennies, les mafias locales sont impliquées dans le commerce illégal de déchets toxiques en Italie, un des plus vastes en Europe. Cela a eu pour conséquence la contamination de certains sites de stockage ainsi que l’émergence de décharges abusives.

 

Les clans possèdent également les entreprises de transport qui s’occupent de récupérer les déchets urbains et de les transporter jusqu’aux incinérateurs ou aux décharges même autorisées. Avec la privatisation de ce secteur, la Camorra agit donc en toute impunité et possède une manne économique considérable. La pègre locale est aussi propriétaire de nombreux terrains qui peuvent servir au stockage provisoire ou définitif de ces détritus.

 

L’Etat, dans une telle situation de crise, achète ces terrains et contribue ainsi à l’essor de la Camorra. Les mafieux ont donc la main mise sur tout un pan de l’économie locale. (Pour en savoir plus vous pouvez lire Gomorra de Roberto Saviano)

 

Silvio Berlusconi, à son tour, se retrouve avec le dossier « brûlant » entre les mains. Peut-être trouvera-t-il une solution ou peut-être résoudra-t-il le problème à moitié comme son prédécesseur et lui-même avaient l’habitude de faire auparavant.

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