Pourquoi Berlusconi a-t-il (encore) gagné les élections?

Berlusconi prend les commandes de l’Italie pour la troisième fois depuis 1994. Même Bush et Poutine n’auront pas fait mieux. Hier, lundi 14 avril 2008, le Cavaliere a obtenu la majorité des suffrages au Sénat et à la Chambre des députés avec respectivement 47,3% et 46,7% des voix contre la coalition de Walter Veltroni qui n’a remporté que 38% et 37,7% des voix.

Berlusconi prend les commandes de l’Italie pour la troisième fois depuis 1994. Même Bush et Poutine n’auront pas fait mieux. Hier, lundi 14 avril 2008, le Cavaliere a obtenu la majorité des suffrages au Sénat et à la Chambre des députés avec respectivement 47,3% et 46,7% des voix contre la coalition de Walter Veltroni qui n’a remporté que 38% et 37,7% des voix.

 

Les électeurs italiens ont voté massivement à droite. On parlait, avant les élections, d’un tête à tête entre les deux principaux leaders en lice. Rien de similaire ne s’est vérifié. Le soi-disant équilibre droite-gauche qui aurait pu renverser la tendance en faveur de Walter Veltroni n’est plus qu’un vaste souvenir. Au contraire, l’Italie se radicalise à droite et la Gauche arc-en-ciel disparaît de la Chambre des députés n’ayant pas dépasser la barre des 4%. Du côté de la droite sécessionniste c’est l’euphorie, la Ligue du Nord fait partie des grands gagnants de ces élections législatives. Le nationalisme padano devient réalité et se transforme en élément clé du nouveau pilotage berlusconien.

 

Pour Michele Serra, éditorialiste à la Repubblica, la raison d’une telle défaite de la gauche est simple : « Nous vivons dans une province européenne plus de droite que de gauche, plus cléricale que laïque, plus patronale que socialiste, plus provinciale que cosmopolite, plus fermée qu’ouverte ». La droite italienne, incarnée par l’hégémonie économique berlusconienne, est bien vivante. Michele Serra explique que c’est une des réalités de « notre vie publique qui a été dominée pendant une vingtaine d’années (plus le reste) par l’archi-italien Silvio Berlusconi.»

 

En 2001, au lendemain de la victoire de Forza Italia, Silvio Berlusconi promettait la baisse de l’impôt sur le revenu et sur les sociétés, l’augmentation du nombre de ménages exonérés, la croissance des dépenses sociales comme la hausse des pensions et une prime de 1000 euros pour les nouveaux nés. Ses engagements ont été en partie respectés. Mais ces mesures ont en même temps provoqué la dégradation des comptes publics italiens. La politique de l’individualisme économique de Berlusconi n’a jamais été inscrite dans une dimension européenne ni même calculée pour une efficacité à long terme. C’est une politique de l’instantané, une politique de la satisfaction brève et courte, mais qui n’a pas d’impact positif pour les générations futures. Les classes moyennes et les retraités y trouvent leur compte mais pas les jeunes qui vivent chez leurs parents indéfiniment faute de stabilité sociale. Bref, une politique de l’anti-progrès et de l’anti-démocratie.

 

Entre 2006 et 2008, Romano Prodi a inversé la vapeur en augmentant les impôts. Avec cette mesure, les classes moyennes ont perdu les espoirs placés dans une gauche réformatrice capable d’augmenter le pouvoir d’achat et le niveau de vie en Italie. Walter Veltroni en a fait directement les frais en étant porteur indirect des stigmates d’un désenchantement généralisé envers l’action politique. D’un autre côté, Romano Prodi a réussi à contenir le déficit public en le ramenant à 1,9% du PIB en 2007, annulant ainsi la procédure européenne lancée contre son gouvernement pour non-respect du taux imposé. Romano Prodi a également réduit la dette publique qui est passée de 106,5% du PIB en 2006 à 104% en 2007. Mais la social-démocratie inspirée des démocraties modernes européennes et tant désirée pas le « Professore » était morte-née en 2006 faute de stabilité politique et d’une majorité parlementaire suffisante.

 

Sur Micromega, l’écrivain Andrea Camilleri parle d’une « gauche démocratique qui doit beaucoup réfléchir ». Et d’ajouter : « la gauche de Prodi a en partie assaini économiquement le pays, mais les lois du précédent gouvernement Berlusconi n’ont pas été touchées. C’est comme si la gauche n’avait été qu’une parenthèse inexistante ». Les réformes sur l’immigration, sur le marché du travail, sur les conflits d’intérêts et sur le pluralisme de l’information n’ont été que le fond d’un débat stérile pendant deux ans de gouvernement Prodi. C’est donc l’absence d’une véritable force de renouveau à gauche qui explique en partie la victoire de Berlusconi.

 

En 2008, les électeurs du Centre-Sud ont eux aussi choisi la coalition de centre-droit pour les représenter ces cinq prochaines années. Pourtant la Ligue du Nord est inexistante dans ces régions d’Italie. Mais Berlusconi a promis à toute l’Italie « révolution-protection ». La bourgeoisie productive, les employés du privé et du public se recueillent tous sous l’égide du Cavaliere et des promesses qui ont forgé sa campagne électorale. Cela explique sûrement l’engouement pour un homme qui pendant quinze ans a été au centre d’anomalies institutionnelles et qui combine une fois de plus un triple pouvoir : économique, médiatique et politique.

 

De son côté, Walter Veltroni se retrouve au cœur d’un système dorénavant bipolaire où son rôle d’opposition politique reste marginal malgré une représentation numérique non négligeable au Parlement.

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