«Si stava meglio quando si stava peggio»

En Italie, les nostalgiques des anciennes lires sont nombreux, surtout parmi les classes moyennes et parmi les plus pauvres. Normal. J’entends souvent Enrico, le marchand de poisson du petit marché De Calvi à Rome, qui se plaint d’avoir vu son pouvoir d’achat diminué depuis l’arrivée de l’euro en 2002. Il me raconte que dans «l’ancien temps» avec 20.000 lires (10 euros) on pouvait nourrir sa famille pendant une semaine.

En Italie, les nostalgiques des anciennes lires sont nombreux, surtout parmi les classes moyennes et parmi les plus pauvres. Normal. J’entends souvent Enrico, le marchand de poisson du petit marché De Calvi à Rome, qui se plaint d’avoir vu son pouvoir d’achat diminué depuis l’arrivée de l’euro en 2002. Il me raconte que dans «l’ancien temps» avec 20.000 lires (10 euros) on pouvait nourrir sa famille pendant une semaine. Ce raisonnement passéiste courant en Italie s’est transformé en une litanie générale presque palpable dans l’air, mais qui ne s’est emparée d’aucune valeur concrète de contestation.

 

Aujourd’hui, ce phénomène coure les rues en même temps que les vieilles expressions du type « non ho una lira » (je n’ai pas une lire) ou « non ti do una lira » (je ne te donne pas une lire). Voilà ce qui reste de la vieille monnaie. Heureusement ces images empreintes d’un passé « merveilleux » ne seront jamais galvaudées par le langage lui aussi européanisé et les histoires populaires qui y sont liées vivront toujours.

 

Les portefeuilles remplis de gros billets rouge sang de 100.000 lires ont donc disparu et les euros cliquettent désormais dans les porte-monnaie. Place aux petits billets multicolores à forte valeur commerciale, en tout cas pour ceux qui en ont. Les globe-trotters français en Italie s’en souviendront eux aussi. Ils parcouraient la péninsule (italienne) se prenant pour les rois du monde parce que le système de taux de change voulait que 10 francs équivaillent à 3000 lires. Le système cognitif du cerveau faisait le reste.

 

Simone, étudiant en théâtre et serveur dans une pizzeria à temps partiel, explique que désormais les travailleurs italiens « n’arrivent plus à mettre un sous de côté ». Et d’ajouter « avant on finissait le mois et on réussissait à économiser ». Pour lui il n’y a pas de doute « la population s’est appauvrie avec l’arrivée de l’euro » et ceci à cause « d’une mauvaise gestion du passage de la lire à l’euro et du manques de réglementation dans ce processus ». L’état italien a laissé les producteurs et les revendeurs « doubler les prix des produits mais les salaires eux n’ont pas augmenté ».

 

Ce lundi 21 avril 2008, le site Web de La Repubblica et l’Association des Artisans et des Petites Entreprises italiennes proposent aux internautes de calculer leurs taux réels d’inflation en fonction de leurs habitudes à l’achat. L’inflation n’est donc pas la même pour tous. Ce système permet notamment de faire la différence avec l’inflation officielle. On constate par exemple que l’inflation à l’achat d’un journal qui coûte 1 euro en février 2008 est de l’ordre de 29,2% par rapport à ce même achat en janvier 2000. Inflation normale ou pas, les Italiens ont tout de même le sentiment que « si stava meglio quando si stava peggio » (c’était mieux quand c’était pire).

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