Néofascisme en Italie: entretien avec Claudio Lazzaro

Dans les kiosques romains, les nouveaux calendriers 2009 avec les plus belles photos de Benito Mussolini sont arrivés. Sur le mur d’étalage, le Duce se pavane entre le calendrier de San Francesco et celui d’une femme nue aux formes peu conventionnelles. Ignorance, nostalgie ou banalisation du fascisme : comment s’exprime le néofascisme italien aujourd’hui ? Entretien avec Claudio Lazzaro journaliste et réalisateur du film Nazirock.

 

Quelle interprétation faites-vous de la vente de ces calendriers du Duce ?
En Italie, on trouve aussi des matraques sur lesquelles est inscrit Dux. Ces matraques sont surtout utilisées pour commettre des actes de violence. Elles sont vendues comme si tout était normal. En Italie, il existe un fascisme souterrain qui se propage et qui se sent légitimé.

 

Est-il possible d’avoir un souvenir positif du fascisme ?
Non. C’est surtout de l’ignorance. Les gens qui se revendiquent encore comme fascistes sont des nostalgiques d’une période durant laquelle l’information n’existait pas. Tout allait bien pour eux. C’est d’ailleurs ce que voudrait faire Silvio Berlusconi. Il possède tous les moyens de communication et même lorsqu’il est dans l’opposition il réussit à contrôler la RAI. Il se plaint sans arrêt d’être attaqué. Ce qu’il voudrait c’est donc un monde de consensus total et généralisé. Pendant le fascisme c’était la même chose, les gens n’avaient accès qu’à une information.

 

Comment s’exprime le fascisme aujourd’hui en Italie ?
Il existe une droite en Italie qui est représentée par le parti politique Alliance Nationale. Gianfranco Fini, le leader du parti, essaye de se libérer de l’image raciste et antisémite qu’a pu avoir son parti auparavant. Il essaye de se détacher des racines fascistes du parti. Le problème est que son électorat ne le suit pas dans ce renouvellement. La ligne de fond du parti reste donc filo-fasciste. D’un autre côté il y a l’extrême droite représentée par des partis comme Forza Nuova ou Fiamma Tricolore qui se rattachent clairement à un passé fasciste. Beaucoup de jeunes sont attirés par ces partis et c’est un phénomène en expansion en Italie.

 

Pourquoi tant de jeunes partagent-ils les idées de ces partis d’extrême droite ?
La première raison c’est qu’il y a une vraie responsabilité collective de la société italienne. En effet, l’école n’a pas su donner aux jeunes une connaissance minimum de l’histoire récente qui pourrait ainsi constituer les « anti-corps » face à ces pièges idéologiques. La deuxième raison est la globalisation qui bouleverse nos certitudes. Les gens qui appartiennent aux couches sociales les plus faibles n’ont pas forcément les instruments professionnels pour surmonter la vague du changement. Ils ne parviennent pas à se repositionner avec un rôle professionnel gagnant dans ce monde qui est train de changer. Ceux qui ne survivent pas à ce tsunami se retirent et deviennent des victimes de l’industrie politique de la peur dont les principaux actionnaires sont l’extrême droite et la Ligue du Nord qui fait partie de la coalition gouvernementale. Ces partis utilisent la peur pour créer un consensus politique. Et puis il y aussi le fait que Silvio Berlusconi a politiquement légitimé certains de ces mouvements d’extrême droite. Dans Nazirock on peut voir Luca Romagnoli, le leader de Fiamma Tricolore, aux cotés de Silvio Berlusconi durant la manifestation du 2 décembre 2006. Or Luca Romagnoli met en doute l’existence des chambres à gaz. Il y a donc un fil noir qui crée un lien entre ces idées nazies et Silvio Berlusconi qui sert a main à Luca Romagnoli et caresse le drapeau de Fiamma Tricolore. En Italie, il y a désormais une forme d’autocensure préventive. Même la gauche en pleine campagne n’a jamais dit : « attention si vous votez centre-droit, vous votez également pour des partis d’inspiration fasciste.

 

Qui sont ces jeunes néofascistes ?
Ce sont des jeunes qui pourraient très bien voter à gauche. Bien sûr il y a beaucoup d’autres jeunes qui préfèrent des valeurs prédéterminées et dogmatiques. Ils veulent la hiérarchie, l’ordre et parfois la violence. Le principal lieu de recrutement des partis extrémistes reste le virage dans le stade de foot. C’est l’endroit où vont les jeunes qui veulent se défouler contre les symboles de l’autorité. C’est justement dans ces endroits que Forza Nuova maintient son pouvoir. A ces jeunes apeurés Forza Nuova propose un « paquet » de règles très rigides : dehors les étrangers et vive les valeurs traditionnelles de la famille.

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