Padre Pio ou le miracle devenu objet

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Jeudi 24 avril, 10 000 personnes se sont rassemblées à San Giovanni Rotondo dans les Pouilles, en Italie. Pourtant aucun derby du « calcio » local n’était prévu ce jour-là dans cette petite ville. Au contraire, il était plutôt question de la « vraie » religion : un savant cocktail d’amour catholique, de foi et de vénération d’un saint.

 

Le corps de Padre Pio exhumé en mars dernier a défilé dans un sarcophage de cristal parmi des milliers de fidèles venus lui rendre hommage. Entre-temps le « père aux stigmates » avait bénéficié d’une manucure et de soins esthétiques dignes des statues en cire du musée Tussauds. Les experts avaient appliqué un masque en silicone sur le visage de Padre Pio afin de ne pas effrayer ses adorateurs. Le reliquaire, lui aussi, avait été retouché à l’aide d’incrustation de pierres précieuses. Cette construction surmontée d’un grand baldaquin composé de 12 colonnes avec des chapiteaux d’argent et des colombes gravées rendait la cérémonie encore plus extravagante.

 

Ce jour-là les déclencheurs d’appareils photos et de téléphones portables fusaient dans l’église architecturée par Renzo Piano. Les images allaient bon train sur YouTube. L’Ostension et l’ostentation étaient totales. C’est ça aussi la religion catholique à l’italienne. En réalité c’était tout ce que Padre Pio abhorrait. Lui, le fils de la terre pauvre ne supportait pas l’exaltation et la dévotion dont il faisait l’objet. Il aimait les gens simples, les gens de son pays et de ses Pouilles natales.

 

Pourtant chaque année ce sont 8 millions de pèlerins qui débarquent à San Giovanni Rotondo et qui alimentent ainsi l’économie locale. Les 26 000 habitants du bourg vivent tous de « l’objet Padre Pio ». Les 126 hôtels, l’hôpital, les magasins de souvenirs, l’institut pour non-voyants et la maison de repos des capucins survivent grâce au Saint. Morale : à tout seigneur tout honneur et à tout péché miséricorde.

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