Rome passe l'arme à droite

Le Parti Démocrate de centre gauche, représenté par Francesco Rutelli aux élections municipales de Rome, a laissé filer la capitale lundi 28 avril 2008. Son adversaire Gianni Alemanno, issu du parti conservateur Alliance Nationale, s’est offert la casquette de nouveau maire de la ville. C’est la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale qu’un parti de droite s’octroi la mairie de la Ville Eternelle. Auparavant des partis comme la Démocratie Chrétienne, le Parti Communiste Italien, le Parti Socialiste Italien et d’autres partis de gauche avaient toujours remporté la mairie de Rome. Berlusconi a donc obtenu ce qu’il voulait : un maire dépendant.

 

Il est important à ce stade de resituer avec précision le cadre politique des partis de droite et notamment celui du nouveau maire de la capitale. Gianfranco Fini, le leader d’Alliance Nationale, n’a jamais revendiqué son parti comme appartenant à l’extrême droite. Pourtant le parti, né en 1994, se compose, à ses débuts, d’exposants du MSI (Mouvement Sociale Italien) à son tour composé d’ex-leaders du régime fasciste qui avaient adhéré à la République Sociale Italienne de Mussolini. C’est la redondante histoire de la vie et de la mort des partis qui est donc en cause : les hommes politiques restent, mais la couleur de leur bannière change. Cependant Gianfranco Fini condamne ouvertement le fascisme et le nazisme, et parle de l’Holocauste comme du « mal absolu du XX siècle ». Malheureusement l’abandon définitif des ambiguïtés du parti en rapport avec le fascisme semble n’avoir été qu’une tentative. Après l’annonce de la Victoire de Gianni Alemanno, la place du capitole s’est transformée en réunion pour sympathisants fascistes sur fond de saluts romains. En politique n’est-on pas le reflet de son électorat ?

 

Hier ce n’était pas seulement la victoire de Gianni Alemanno qu’il fallait analyser, mais plutôt une victoire globale de la droite italienne à tous les échelons politiques. Le score considérable de la Lega Nord aux législatives, l’élection de Silvio Berlusconi à l’exécutif italien, le Sud clairement dans les mains des autonomistes et maintenant la victoire d’Alliance Nationale à la mairie de Rome sont de ce fait des événements consubstantiels de la vie politique italienne ces dernières semaines. D’un autre côté on notera, dans un premier temps, la disparition de la gauche radicale du Parlement qui est un bouleversement politique majeur en Italie et dans un deuxième temps la double défaite de Walter Veltroni. Les électeurs ont nettement et physiquement penché à droite et le paysage politique italien a donc muté radicalement.

 

Walter Veltroni a perdu deux fois en deux semaines. Une première fois en se présentant à la présidence du Conseil et une deuxième fois en présentant le candidat Francesco Rutelli sous l’égide du Parti Démocrate. L’élection de Gianni Alemanno est un message du peuple directement adressé à Walter Veltroni, le maire sortant avant sa candidature à la présidence du Conseil. Les Romains n’ont donc pas retenu essentiel le mandat de Veltroni ni celui de son prédécesseur Francesco Rutelli qui avait cumulé deux mandats à la mairie entre 1993 et 2001. Ils ont préféré la rupture à la vivacité culturelle, au développement et à la communauté. On pouvait lire hier sur une banderole qui trônait place du Capitole : « Veltroni : avec les élections primaires il a fait chuter le gouvernement Prodi, avec les élections législatives il a éjecté les communistes du Parlement et en proposant Rutelli il a perdu Rome. Que Walter soit sanctifié ». La gauche italienne doit désormais réfléchir, penser et proposer une alternative dans l’opposition.

 

Mais la gauche Arc-en-ciel est en guerre. Incapable de rallier ses électeurs sous le nom de Francesco Rutelli, elle en a fait son bouc émissaire. La défaite du Parti Démocrate aux municipales aura sûrement servi d’exutoire à la gauche radicale. En échange ils ont gagné le candidat issu du post-fascisme. La gauche et les Romains ont donc participé à l’émancipation du discours de la droite sur le thème de l’insécurité. Une carte facile à jouer pour le parti de Gianni Alemanno qui a alimenté le discours dans ce sens et a construit son argumentation de manière pragmatique en évoquant par exemple le viol d’une jeune femme en banlieue de Rome, il y a deux semaines. L’accusé étant un ressortissant roumain d’origine tsigane, le thème de l’insécurité s’est évidemment doublé de cette dimension sur l’immigration. Gianni Alemanno n’a pas perdu de temps en précisant, après sa victoire, qu’il expulserait tous les étrangers qui auraient commis des délits. Il fallait bien rassurait les troupes.

 

Il reste donc a Veltroni deux lourdes défaites mais aussi la naissance d’un navire de poids : le Parti Démocrate. Ce parti, même s’il est marqué par ces manques à gagner, doit réussir son pari en construisant une politique vraiment démocratique. Les 12 millions d’électeurs qui ont voté les 13 et 14 avril en font le deuxième parti après le Peuple de la Liberté de Silvio Berlusconi. L’opposition reste à construire.

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