Art contemporain es-tu là ?

Le SITCAT, l’autorité en charge de la mise œuvre du Tramway a voté le 31 janvier 2013, les dernières sommes nécessaires à la finalisation de l’identité artistique du futur moyen de transport des tourangeaux. 810 000€, c’est le montant rallongé pour la mise en place de l’œuvre de Monsieur Buren. Nous pouvons nous réjouir de deux choses. La première est que cet argent va bénéficier à des entreprises locales. La deuxième réside dans la satisfaction de voir attribuer une somme (réglementé dans le cadre du 1% artistique) aussi conséquente à l’art, en ces temps où la commande publique en la matière est en berne. Ainsi, sur le principe nous ne pouvons qu’être d’accord. Le cadre procédurale est clair, le choix de l’artiste a été fait depuis longtemps, l’intégration paysagère de l’œuvre a été validée et l’art contemporain est indiscutable. Cependant, cela soulève quelques interrogations.

Comment la rencontre de l’art comptemporain et de l'espace public urbain peut-il être perçu ? Voici un point de vu isolé et par définition relatif. Les productions contemporaines sont souvent la résultante d‘un processus de création égocentré, jouant sur le gigantisme, des formes épurées, des matériaux souvent composites voire acosmiques, une distribution spatiale ordonnancée, sans oublier un caractère parfois ludique, parfois environnementaliste. Qu’il est bon d’être caricatural ! Cependant, cet art dominant semble être à l’image des forces économiques qui influencent notre société. Il est mondialisé, rentable, appelant des sommes faramineuses et peut paraître froid, rigide et peu criard. Dans tous les cas, il gagne son pari car il suscite la curiosité et invite aux questionnements.

Pourquoi est-il si adapté à nos paysages de centre-ville ? Au vu de ses caractéristiques, il passe les normes, esthétiques, architecturales et sociales en déambulant sur tapis rouge dans les réseaux influents. A ce titre il est incontestablement un art de son temps, j’oserais dire un art de l’argent… 

Pourquoi lui et pas un autre ? Il envahit donc à juste titre nos paysages urbains quand pochoirs, tags et graffs en sont chassés ! En comparaison le street’art  reste réservé aux « non-lieux », aux espaces délaissés, aux espaces inaccessibles aux karchers et aux mieux à quelques murs d’école, transformateurs EDF et autres centres socio-culturel... Depuis les années 80, celui-ci semble nous dire que nos paysages manquent de couleurs, de formes exubérantes, de folie esthétique. Mais ne plaignons pas le street’art car il a su aussi développer ses propres stratégies pour intégrer les hautes sphères argentées. Si sa version occidentale s’institutionnalise, et devient lucrative, sa version orientale résiste et fait de la politique.

Quel doit être l’art « du coin », me direz-vous ? Revenons à notre (ou nos) œuvre(s) d’art locale(s). Moi qui chahute l’hégémonie de l’art contemporain dans la commande publique, suis-je en mesure de proposer autres choses ? Non, Je n’ai pas de réponse. Je ne peux que poser des questions…

Un art relavant de l’intérêt général doit-il traduire l’expression d’un localisme ?

Une œuvre d’art si gigantesque soit-elle, doit-elle faire corps avec l’esprit du lieu ?

Sa confection doit-elle se doter d’un caractère vernaculaire ?

Enfin, une œuvre d’art relevant de l’intérêt général ne devrait-elle pas être le résultat d’un processus de création et de production collectif, concerté, partagé tant au regard des différentes sensibilités que dans la distribution des sommes allouées ?

A cela, on me répondra que l’art est relatif, que les polémiques sont éphémères car l’on oublie parfois bien vite le sens de ce qui nous entoure…

NB: Attention ! Ceci n'est pas une critique de l'art comptemporain en tant que catégorie artistique (car par définition, celui-ci englobe l'ensemble des productions artistiques depuis l'après guerre) mais plus une manière d'interroger le rapport entre l'art et l'espace public.

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