COVID - Le sacrifice du temps libre, l'éloge du travail

Alors que les données actuelles suggèrent que les principaux lieux de contamination au Covid19 seraient le travail et l'école, Macron a décidé de sacrifier nos moments de loisirs et de convivialité avec un couvre feu. Si cette mesure aura sûrement une efficacité - même limitée -, elle démontre bien que la gestion de la crise épidémique par le gouvernement est idéologique et politique.

Établir des statistiques sur le Covid19 n'a rien de facile, tant la tâche est grande et l'évolution du virus constante. C'est pourtant la mission que tente de remplir Santé publique France, l'agence administrative du ministère de la santé. S'appuyant notamment sur les remontées des hôpitaux, des agences régionales de santé et du SAMU, elle est parvenue à définir l'origine de plus de 50.000 contaminations depuis début mai, à travers près de 6.000 clusters.

Les résultats de ces investigations sont accessibles à tous sur internet et mis à jour toutes les semaines. Le dernier point épidémiologique du 15 octobre dresse un bilan intéressant. Les principaux foyers de contamination semblent être les milieux scolaires et universitaires (25%), les Ehpad (20%), les entreprises privées ou publiques (15%) et les établissements de santé (10%). Les évènements publics et les réunions privées ne représentent respectivement que 7% et 4% des contaminations identifiées. Il y aurait donc une différence flagrante entre les milieux professionnels et privés. En additionnant les contaminations en entreprise et à l'école on atteint les 40%, contre seulement 11% pour la sphère privée.

Il est quand même important de relativiser ces chiffres. Les 50.000 cas de cette investigation ne représentent que 6% des cas confirmés en France, et ne permettent pas d'affirmer avec certitude que les 94% des contaminations non enquêtées suivent exactement le même schéma. Néanmoins, cela nous donne tout de même un aperçu exploitable. À la manière d'un sondage pour une élection politique par exemple, si les résultats de ce petit échantillon ne nous permettent pas d'avoir des chiffres sûrs et exacts, ils nous donnent au moins un ordre de grandeur. Il est donc important de les prendre en compte, d'autant plus qu'il s'agit des seules données statistiques existantes à ce jour en France.

La communication du gouvernement qui cherche à stigmatiser et infantiliser les rassemblements privés, tout en maintenant quasi-intacte l'activité économique paraît bien absurde à côté. D'autant plus que contrairement à ses discours précédents, Macron n'a cette fois pas légitimé ses décisions par un appui de son conseil scientifique ou d'une étude quelconque. Il les a juste justifié en parlant de moments de relâchement dans les réunions entre amis, sans évoquer le moindre chiffre.

Alors pourquoi mettre en place des restrictions dans tous les domaines sauf celui du travail, si ce n'est pas par calcul statistique ou scientifique ? La réponse ne peut être que l'idéologie. Il s'agit d'un choix politique. Cela fait des mois que le gouvernement le martèle dès qu'on parle de l'arrivée de la seconde vague : notre économie a trop souffert de la première, un nouveau confinement est impensable. Il est hors de question de stopper à nouveau l'économie, il faut une relance. Il ne reste donc que le temps libre de la population avec lequel jouer pour freiner l'épidémie, et tant pis si ce n'est pas la solution la plus efficace.

Pourtant, il existe des alternatives possibles à vouloir à tout prix « travailler avec le virus ». Il aurait déjà été pertinent de tirer les leçons de la saturation du système hospitalier lors de la première vague. Les quelques mois d'accalmie de cet été auraient pu être mis à profit pour inverser la tendance des 40 années de coupes budgétaires et réinvestir dans le système de santé publique. Les effets n'en seraient pas encore visibles aujourd'hui, mais au moins le mouvement aurait été lancé. Peut être aurions nous aujourd'hui un peu plus de marge de manœuvre, avec des soignants qui ne seraient pas au bord du burn-out. Il serait aussi possible de continuer à recourir au télétravail pour les emplois non-productifs, même si le MEDEF n'est pas d'accord, et remettre en place le chômage partiel pour les emplois les plus exposés. De la même façon, fermer les écoles ou en réduire la fréquentation serait pertinent puisqu'elles semblent être les premiers lieux de contagion. On pourrait également mettre en place des solidarités nécessaires, que ce soit pour combattre le virus (masques et test gratuits, extension de la couverture de sécurité sociale) ou pour aider les victimes économiques de cette crise (augmentation du RSA, du chômage, aide alimentaire).

Mais non, c'est la santé qui s'adaptera au travail. Car c'est un modèle de société qui est en jeu, celui de la start-up nation, de la fameuse valeur travail. C'est le triomphe de la société capitaliste, qui se radicalisera pendant quelques semaines en nous réduisant à notre fonction essentielle : travailler pour créer de la richesse. Entre deux longues nuits d'hiver en solitaire, il faudra donc aller au travail pour faire notre devoir et relancer la sainte croissance. La brève sortie de ce prisme marchand durant le confinement a sapé ce modèle en nous libérant de cette fonction productive. Cela ne doit pas se reproduire, au risque de nous faire oublier que le centre de nos vies doit être le travail.

Macron l'a bien résumé par cette phrase : « Il faut qu’on continue notre vie sociale, au travail où on sait bien se protéger grâce au masque, à l’école, au lycée, à l’université, dans les associations… Parce que c’est la vie. » Le travail, c'est la vie. Jusqu'à ce qu'on y attrape le Covid.

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