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Billet de blog 3 mars 2013

L’Association France Palestine Solidarité a organisé un colloque au Sénat sur «La Colonisation en Palestine»

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Dr. Sabri Saidam & Avraham Burg lors du colloque au Sénat © © Thomas Haley


« L’histoire n’a jamais toléré qu’une occupation dure éternellement,  l’histoire ne fera pas une exception pour Israël. » Dr. Sabri Saidam.


Avec ses deux invités de marque : Avraham Burg, ancien président de la Knesset et défenseur acharné de la paix, et Sabri Saidam, membre du Conseil révolutionnaire du Fatah, universitaire et conseiller auprès du Président Mahmoud Abbas, la salle Clemenceau au Sénat était comble pour cette journée d’information divisée en trois tables rondes : l’obstacle à la paix à cause de la colonisation ; l’implication des organisations syndicales dans le recherche d’une paix juste et durable où plusieurs syndicalistes Européens ont fait part de leurs efforts respectifs à imposer l’étiquetage des produits provenant des colonies israéliennes ; et l’urgence de voir la solution à deux Etats se réaliser.

Une minute de silence en hommage à Stéphane Hessel. © © Thomas Haley

La sénatrice, Esther Benbassa, qui est également historienne et spécialiste de l’histoire du peuple juif a ouvert la séance en exhortant l’Europe de cesser sa culpabilité pour la Shoah. Elle estime que ce sentiment de culpabilité des Européens empêche la paix aujourd’hui en Israël/Palestine et qu’il faut dire à Israël « ça suffit ! ». Elle exhorta tout le monde, Juifs, Israéliens, et Palestiniens, de cesser la compétition des mémoires de souffrances. Les juifs ont leur Holocauste, les Palestiniens ont leur Nakba et comme remarqua Avraham Burg, cette compétition des tragédies collectives, sans faire de comparaison, est finalement déshumanisante et empêche l’empathie. « Nous devons reconnaître la tragédie de l’autre et la respecter, sinon, la paix est impossible. » 

Dror Etkes et la Sénatrice Esther Benbassa sur la colonisation. © Thomas Haley

Lors de la première table ronde, Dror Etkes, inlassable activiste pour la paix en Israël et spécialiste sur la colonisation, montra, cartes à l’appuie, les méthodes utilisés par l’état  d’occuper la territoire palestinienne. Il décrit un système à deux « voies » qu’utilise l’état pour saisir les terres palestiniennes : l’une « légale », par exemple l’établissement d’un terrain militaire, et l’autre « illégale » par exemple les implantations « sauvages ». Mais, en effet, ces deux voies sont organiquement liées, ce sont les deux faces d’une même politique de confiscation. Il pense que ce système à deux voies existe parce que, pour l’instant, l’évolution de l’état d’Israël n’est pas encore arrêtée. Il se demande si l’état juif deviendra une ethnocratie juive ou une démocratie juive ?

Elias Sanbar, Ambassadeur de Palestine auprès de l'UNESCO. © Thomas Haley
Dror Etkes & Elias Sanbar sur l'importance de Jérusalem pour les Palestiniens. © Thomas Haley

La ministre de télécommunications en Palestine, Safa Nasser Eldin, parla des difficultés de développer les télécommunications en Palestine à cause des restrictions sur la construction des infrastructures de télécommunications palestiniennes ainsi que le contrôle des fréquences par l’état d’Israël. Les operateurs palestiniens sont désavantagés par rapport des sociétés israéliennes. Madame Safa dénonça le soutien qu’apporte France Télécom - Orange à la société Israélienne, Partner, qui dispose de 176 antennes et relais sur des terres palestiniennes et qui bénéficie de l’interdiction faite par l’armée israélienne aux opérateurs palestiniens d’installer leurs antennes dans 60% de la Cisjordanie ainsi limitant leur accès au marché local. Selon l’AFPS et la ministre, l’activité de Partner est en contravention du droit international et les Conventions de Genève. Ils demandent à France Télécom de rompre son accord avec Partner car, selon eux, la société française se rend complice de la colonisation israélienne.

Robert Kissous de l'AFPS montre la carte de la campagne pour dénoncer la complicité d'Orange dans les territoires occupés. © Thomas Haley

Lors de la deuxième table ronde sur l’engagement des organisations syndicales Européennes, Ben Moxham, représentant du Trades Union Congress (TUC) raconta la « grass roots » campagne en 2009 qui obligea le parlement Britannique d’émettre une directive d’étiquetage permettant les consommateurs de distinguer entre les produits palestiniens et des produits provenant des colonies israéliennes en Palestine. Selon le rapport, Trading Away Peace, (http://www.fidh.org/IMG/pdf/trading_away_peace) l’Union Européenne importe environs 15 fois plus de produits des colonies israéliennes que des produits Palestiniens, malgré sa position très claire sur l’illégalité des colonies dans les territoires occupés. Selon Monsieur Moxham, le Royaume Uni et le Danemark sont les deux pays européens les plus en avant dans leurs engagements dans ce domaine. Ils aimeraient voir les autres membres de l’UE adopter des mesures semblables. La CGT et TUC ont annoncé leur accord sur un appel commun qu’ils espèrent pouvoir étendre à tous les organisations syndicales pour que les pays européens prennent des mesures concrètes contre la colonisation israélienne ; notamment l’interdiction des produits des colonies dans chacun des pays européens ; la non-admissibilité des entreprises produisant dans les colonies à tous les protocoles et programmes de coopération européens ; et la suspension de l’accord d’association UE-Israël. 

Avraham Burg: "Le droit de vote est un droit intangible au peuple palestinien. Ils doivent le demander." © Thomas Haley

La solution à deux états – est-elle morte ?

On sent que Sabri Saidam est fatigué, une fatigue de frustrations accumulées depuis des années. La douce sonorité de son accent palestinien ne cache pas la fatigue et sa désillusionnement : « attendre…attendre…attendre…on nous dit toujours qu’il faut attendre…nous sommes tellement fatigué d’attendre…ça fait 20 ans que nous attendons. » Il nous parle d’un sondage récent où 62% des jeunes palestiniens sondés disent de ne plus croire à la viabilité d’un état palestinien. Le Dr. Saidam déverse les chiffres que l’on entends chaque fois pour décrire la colonisation : plus de 500,000 colons israéliens qui vivent au-delà de la ligne verte de ’67 dans plus de 200 colonies en Cisjordanie et Jérusalem Est ; dans la vallée du Jourdain, 87% de la population est palestinienne avec seulement 6% de terres cultivables tandis que la population israélienne n’est que 13% avec 86% de terres cultivables ; 1L d’eau pour chaque palestinien par jour contre 8L d’eau pour chaque israélien ; 33% de la population palestinienne est sous la seuil de pauvreté ; etc. etc.

Dr. Sabri Saidam: "Nous sommes fatigués d'attendre, nous attendons depuis 20 ans." © Thomas Haley

Avraham Burg, parlent avec force et assurance, il dit qu’il est de la même tribu que son ami Sabri Saidam. Ils sont de la tribu de ceux qui veulent la paix. L’autre tribu, ceux qui ne veulent pas la paix, est également composé de juifs et arabes, « la majorité des deux peuples a été pris en otage par les extrémistes » dit-il. Ces deux amis sont venus en France pour empresser sur les Européens l’urgence de sauver la solution à deux états avant qu’il ne soit pas trop tard. Certains observateurs disent qu’elle est déjà morte. « Notre région est très connu pour les résurrections, n’enterrons pas trop tôt la solution à deux états, dit Avraham Burg. Cependant, n’en parlons plus du processus, nous avons parlé assez du processus, à croire que nous aimons le processus et pas la paix. »

Quoi qu’il advienne de la solution à deux états, Burg préconise que chaque homme et femme, juif ou arabe, qui habite entre la Méditerranée et le Jourdain, et quelque soit sa religion, ait les mêmes droits ; que chacun puisse voter et avoir une voie pour déterminer son future. « Nous devons laisser à coté la discussion de la collectivité et passer à l’individu » dit-il. 

La demande de voter, relève d’un droit basic de chaque homme et femme. Ce n’est pas un « cadeau » que les israéliens donnent aux palestiniens mais un droit, intangible à tous les peuples, et puisse que les Israéliens aiment tant la démocratie, ils leurs serait difficile de la refuser aux palestiniens. Avraham Burg sait que c’est une idée utopique, mais d’une symbolique énorme. 

Serge Grossvak est concerné par le drame palestinien car il affecte aussi les juifs dans leur identité. © Thomas Haley
Jean-Claude Lefort, President de l'AFPS. © Thomas Haley

Dans sa conclusion de la journée, Jean-Claude Lefort, Président de l’Association France Palestine Solidarité, demande que la France reconnaisse l’état de Palestine unilatéralement. Il rappel que la France a reconnu Israël le 24 janvier, 1949, soit près de 4 mois avant l’admission de ce pays à l’ONU qui a eu lieu le 11 mai 1949. Il s’étonne que la France ne reconnaitrait pas la Palestine 65 ans plus tard alors que cet Etat vient d’être admis comme Etat non membre à l’ONU ?!

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