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Billet de blog 11 oct. 2012

Le Texas, voie pour l'Amérique ?

En janvier 2001, pour le premier anniversaire de l'élection de George W. Bush, j'avais été envoyé au Texas par VSD pour faire un reportage sur «Bushland».Malgré ma déception (c’est le moins qu’on puisse dire) avec la présidence de G.W. Bush, ainsi que le fait que le Texas représente, de mon point de vue, des aspects de l’Amérique des plus rétrogrades (son conservatisme, son capitalisme débridé, ses services sociaux indigents, sa défense inconditionnelle de la peine de mort, sa terrible histoire de racisme et les lois Jim Crow, sans parler de ses fous de Dieu chrétiens…) bizarrement, j’aime le Texas.

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En janvier 2001, pour le premier anniversaire de l'élection de George W. Bush, j'avais été envoyé au Texas par VSD pour faire un reportage sur «Bushland».

Malgré ma déception (c’est le moins qu’on puisse dire) avec la présidence de G.W. Bush, ainsi que le fait que le Texas représente, de mon point de vue, des aspects de l’Amérique des plus rétrogrades (son conservatisme, son capitalisme débridé, ses services sociaux indigents, sa défense inconditionnelle de la peine de mort, sa terrible histoire de racisme et les lois Jim Crow, sans parler de ses fous de Dieu chrétiens…) bizarrement, j’aime le Texas.

Pour la campagne présidentielle 2012, j’avais envie d’y retourner pour Mediapart, humer l’air des grandes espaces, entendre l’accent de cette grande contrée si particulière, essayer de sentir, un peu, où allait l’Amérique.

Bushland, janvier 2001. © Thomas Haley

Peut-être en raison du président Bush (le second), beaucoup de choses ont été écrites sur le Texas et l'Amérique et sur la «texification de l'Amérique». L'un des observateurs les plus perspicaces de ce grand Etat était Molly Ivins (morte en 2007). Bien que n'étant pas née là-bas, elle y avait grandi et vécu et je suis sûr que la plupart des Texans la considéreraient comme texane.

Mme Ivins était journaliste et éditorialiste politique au Texas. Elle avait peu de sympathie pour les hypocrites et elle savait peser sur les «pols» (les politiciens) avec intelligence, esprit et le sage clémence de reconnaître que personne n'est parfait. Son humour et son oreille pour l'accent texan, rapportés à la scène politique, faisaient que même les non-Texans pouvaient s’intéresser à la politique Texane. Le président Bush –«Dubya» comme l'appellent les Texans–, était l'un des cibles préféré du regard critique  de Mme Ivins (il avait été gouverneur de l'Etat avant d'être élu président). Avec l'humour typique du Texas, elle l’appelait le « buisson »  (en anglais, bush = buisson).

En 2003, Mme Ivins a écrit un article: «Est-ce que le Texas est l’Amérique» où elle décrit ainsi l'Etat:

«Le Texas est un lieu bigrement étrange... d’abord, c'est énorme! Le Texas est une mosaïque de cultures qui se chevauchent en plusieurs endroits, avec des couches plus foncées sur le fond. Elles sont noires, chicano, du Sud, freak, suburbains et shitkicker*. (Shitkicker est dominant.) Elles sont toutes pourries vis-à-vis des femmes. Mais ce qui fait que le Texas est le Texas, c'est qu'il est ignorant, acariâtre et ridiculement gentil... C'est, tout en même temps, effrayant, comique et charmant. Culturellement, les Texans ressemblent tout à la fois aux habitants de l'Alaska (la chasse, la pêche, la haine du gouvernement) et aux Australiens (consommation importante de bière, la haine des snobs). »

Bushland, janvier 2001. © Thomas Haley

En 2002, The Economist a fait un long portrait du Texas, «L'avenir est au Texas» dans lequel tout simplement le Texas est décrit comme «l'Amérique shootée aux stéroïdes».

«Pensez aux caractéristiques qui distinguent l'Amérique: sa taille et sa diversité, son optimisme et la confiance en soi, son matérialisme grossier et de bravade, son incroyable capacité à faire quelque chose à partir de rien–, ces caractéristiques existent dans leur forme la plus pure au Texas. Marshall Wittmann, du Hudson Institute, affirme que son état de naissance, le Texas, c'est l'Amérique de l'Amérique: l'endroit où les Américains vont quand ils ont besoin d'un nouveau départ et d'une nouvelle chance. »

Bushland, janvier 2001. © Thomas Haley

The Economist est retourné au Texas en 2009 pour écrire «L’étoile solitaire montante». C'était avant que l'onde de choc de la crise financière soit ressentie au Texas. L'économie alors y était en plein essor et semblait valider le laisser-faire texan en matière de politiques économiques. Cet Etat est celui qui affiche l'une des répartitions de revenu des plus inégalitaires, mais sur le plan économique, il semblait montrer la voie pour le reste du pays (comparé aux autres Etats américains, ici la croissance était la plus rapide, le nombre de sociétés du Fortune 500 le plus important… et ceci sans percevoir d'impôt sur le revenu des particuliers).

Tout comme la grande masse continentale du Texas appartient à la fois au sud et à l'ouest des Etats-Unis, l'identité du Texas semble partagée entre la mentalité "plantation du Sud" et le côté "occidental", high tech urbain et libéral. 

Ce mélange est sûrement l'une des choses que je trouve si charmantes au Texas. Selon les démographes, l'identité du Texas est peut-être en train de connaitre sa plus spectaculaire transformation. En 2004, le Texas, comme Hawaï, la Californie et le Nouveau-Mexique, est devenu un état à "majorité minoritaire": les Blancs («Anglos») ne sont plus en nombre le groupe le plus important. A en juger par les évolutions récentes, en 2015, les Hispaniques seront le plus grand groupe ethnique de l'État. Et comme les Hispaniques ont tendance à voter démocrate, ceci pourrait avoir un impact énorme sur le bon vieux Texas conservateur et la politique des Etats-Unis.

C'est pourquoi en 2012, pour ce portfolio de quelque 30 photos légendées publiées sur Mediapart, j'ai parcouru 3000 km dans l'ouest du Texas. Afin d'éprouver si cet Etat était toujours la voie de l'Amérique.

Extrait du portfolio de Mediapart © Thomas Haley

Merci à Mme Ivins et aux Texans que j'ai rencontrés. L'Oregonian que je suis aime encore beaucoup cet endroit – en dépit de sa politique conservatrice.

* Shitkicker: littéralement: les santiags des cow-boys. Autrement dit: les écrase merde.

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