MONTATAIRE: Victime "collatérale" de l'économie mondialisé.

Devant l'usinse Still-Saxby à Montataire, l'Oise; le 18/11/11. © Thomas Haley Devant l'usinse Still-Saxby à Montataire, l'Oise; le 18/11/11. © Thomas Haley

Après la fermeture définitive de l'usine Chausson en 1996, le conseil municipal de Montataire a décidé de décrocher la photo officielle du Président de la République dans la salle de conseil. Candidat à la présidence, Jacques Chirac avait promis aux ouvriers de Chausson que s'il était élu, l'usine ne serait pas fermée. Il y a eu débat parmi le conseil mais même les élus RPR reconnaissaient qu'il n'avait pas tenu sa promesse. Alors, pour la photo officielle de Sarkozy, selon Jean-Pierre Bosino, le maire actuel de Montataire, il n'y a même pas eu de discussion. Depuis que la salle de conseil a été refaite, on ne voit même plus la trace où était accroché la photo du Président Mitterand.

J-P Bosino montre l'endroit où était accroché la photo officielle du President de la République dans le passé. © Thomas Haley J-P Bosino montre l'endroit où était accroché la photo officielle du President de la République dans le passé. © Thomas Haley
"Montataire est le symbole de la casse industrielle dans ce pays," me déclare cet ancien ouvrier de chaine et déléguée syndical qui est aujourd'hui maire de cette ville de 12,652 âmes, "5000 salariés de Chausson, 3000 d'Arcilor, il y a Goss (premier fabriquant de rotatifs de presse) où ils étaient 600 jusqu'au début de l'année et maintenant ils ne sont plus que 300, et aujourd'hui Still où 255 salariés sont menacés!" A Montataire le taux de chômage est de 22%, parmi les jeunes de moins de 25 ans il est de 50%!

 

La fermeture annoncée de l'entreprise Still-Saxby, où sont fabriqués des charriots-élévateurs, est un cas d'école de ce qu'on appelle la financiarisation de l'économie ou le licenciement boursier. La marque est réputée, les carnets de commande sont pleins, l'usine réalise des bénéfices, les ouvriers sont qualifiés et leur productivité sans reproches. "Les salariés de Still ont accepté de travailler 38h50 payées 35h," dit Jean-Marc Coache, élu au comité d'entreprise européen de Still-Saxby, "on n'est plus dans une logique industrielle; c'est le financier qui mène la danse."

Jean-Luc Mélenchon lors de réunion public à Montataire; le 18/11/11. © Thomas Haley Jean-Luc Mélenchon lors de réunion public à Montataire; le 18/11/11. © Thomas Haley
Réunion public avec Jean-Luc Melenchon, Montataire; le 18/11/11. © Thomas Haley Réunion public avec Jean-Luc Melenchon, Montataire; le 18/11/11. © Thomas Haley

 

Lors des questions de la salle, un ouvrier licencié des Conti de Clairoix, visiblement ému, a parlé des illusions de certains camarades qui croyaient que ça allait repartir, "l'usine est vide" dit-il, "j'en connais un qui s'est suicidé et il y a eu 140 divorces."


Au mois de juillet dernier, 120 salariés de Still sont descendus sur Paris pour manifester devant les bureaux Parisiens de Goldman Sachs, actionnaires dans le groupe allemand Kion qui est propriétaire de Still-Saxby. Les délégués syndicaux ont pu rencontrer des responsables de chez Goldman Sachs pour leur exposer leurs préoccupations. Cette petite victoire d'action syndicale s'est vite transformé en effarement: les délégués se sont rendu compte que les gens de Goldman Sachs ne savaient même pas qui ils étaient! Des ouvriers français sont des victimes anonymes d'une décision prise par des financiers américains ou industriels allemands; victimes "collatérales" d'une économie mondialisé. La fermeture est programmée pour juin 2012 et l'activité de Still sera ensuite transférée en Italie.

Jean-Pierre Bosino s'étonne que ce drame ne suscite pas plus d'émoi auprès du gouvernement. Lors de sa visite à Beauvais (août '11) où le Premier Ministre est venu pour parler de l'emploi et les jeunes une délégation de Montataire n'a eu droit qu'à un conseiller pour exposer leurs soucis, "ni le ministre du travail, ni Besson se sont intéressé à cette histoire...même Hollande ne veut pas s'engager," dit le maire.

Front de gauche rends hommage à José Montero devant l'usine de Still à Montataire; 18/11/11. © Thomas Haley Front de gauche rends hommage à José Montero devant l'usine de Still à Montataire; 18/11/11. © Thomas Haley
José Montero, délégué syndical CGT et ouvrier chez Still, décédé le 15/11/11.  © Thomas Haley José Montero, délégué syndical CGT et ouvrier chez Still, décédé le 15/11/11. © Thomas Haley

Jean-Luc Melenchon, candidat du Front de gauche, accompagné par Marie-George Buffet, ex-chef du PCF et responsable du Front des luttes dont l'activité est de coordonner le mouvement politique avec le mouvement social, sont venus tenir un meeting politique à Montataire le 18 novembre pour soutenir les ouvriers de Still. Leur visite était marquée par le deuil car trois jours avant, José Montero, délégué syndical CGT, et l'un des principaux acteurs de la lutte contre la fermeture de l'usine, est mort d'une crise cardiaque. Ils ont démarré la visite en rendant hommage à Monsieur Montero sur sa place de travail dans l'usine. Lors de la réunion publique dans une salle comble, le candidat Melenchon a exposé son programme politique: remettre l'homme au centre de l'économie. Il a cité Jaurès: "La Révolution a laissé les Français rois dans la cité et serfs dans l'entreprise." "Eh bien nous, nous voulons abolir ce servage-là!" a-t-il déclaré.

Travailleurs de chez Still-Saxby rendent hommage à leur camarade, José Montero, décédé quelques jours auparavant; le 18/11/11. © Thomas Haley Travailleurs de chez Still-Saxby rendent hommage à leur camarade, José Montero, décédé quelques jours auparavant; le 18/11/11. © Thomas Haley
Banderolle devant l'usine Still-Saxby à Montataire; le 18/11/11. © Thomas Haley Banderolle devant l'usine Still-Saxby à Montataire; le 18/11/11. © Thomas Haley


 

 

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