La vie "ailleurs" : ce besoin d'y croire...

 Une molécule détectée dans un nuage au coeur de la voie lactée. Des dépôts salins sur Mars. Des variations de la vitesse de rotation d'un satellite de Saturne. Voilà trois informations en provenance de l'espace, de natures très différentes, et qui ressortent apparemment de la chimie et de la physique. Pourtant, elles font le bonheur de ceux qu'on appelle les exobiologistes, des scientifiques venus d'horizons divers et qui cherchent à détecter de la vie ailleurs que sur Terre.

 

Une molécule détectée dans un nuage au coeur de la voie lactée. Des dépôts salins sur Mars. Des variations de la vitesse de rotation d'un satellite de Saturne. Voilà trois informations en provenance de l'espace, de natures très différentes, et qui ressortent apparemment de la chimie et de la physique. Pourtant, elles font le bonheur de ceux qu'on appelle les exobiologistes, des scientifiques venus d'horizons divers et qui cherchent à détecter de la vie ailleurs que sur Terre.

 

Sur Titan, ce sont des mesures radar qui ont sonné l'alerte : ces dernières mesuraient les variations de la vitesse de rotation de ce satellite de Saturne. Cette vitesse fluctue avec une fréquence surprenante, et l'explication que les chercheurs donnent dans Science cette semaine, c'est qu'il y a un ocean d'eau liquide souterraine entre le noyau interne et la croûte externe de Titan. Or Titan est connue depuis plusieurs années pour contenir aussi du méthane liquide en surface et des molécules organiques, ce qui est une condition d'apparition de vie intéressante. Cela avait suffit à justifier le passage de la sonde Cassini Huygens en 2005, qui y avait pris des photos bouleversantes. Vous imaginez bien que la nouvelle selon laquelle il y a de l'eau liquide pour solubiliser tout cela ne peut qu'exciter encore plus les exobiologistes.

 

Sur Mars, ce sont des dépôts salins qui ont été détectés en surface, dont on sait qu'ils sont, principalement sur Terre, laissés après évaporation d'eau liquide. De là à penser qu'il y avait, il y a quelques millions d'années, des étendues d'eau en surface, et donc potentiellement un environnement favorisant l'apparition de la vie, il n'y a qu'un pas. Mais ce n'est pas tout, le deuxième effet kisskool de ces dépôts, c'est leur capacité de préservation. Et s'ils avaient retenus dans leurs cristaux des traces d'une vie martienne (vraisemblablement) disparue ? C'est donc la question du moment. Même si les chercheurs, prudents, expliquent que d'après leurs extrapolations, la (forte) concentration et la nature des sels repérés dans une hypothétique mare disparue seraient assez incompatible avec des formes de vie connues.

 

Beaucoup plus loin de nous, la nouvelle qui suit est moins spectaculaire mais peut être, sur le plan fondamental, la plus importante des trois. En pointant leurs télescopes sur un nuage de poussières et de gaz centre de la voie lactée (à 25.000 années-lumière), connu pour contenir une grande variété de petite molécules, des astronomes ont pour la première fois détecté une molécule plus complexe, l'aminoacétonitrile, qui peut être un précurseur d'acide aminés, molécules elles-mêmes à la base des protéines. C'est une découverte intéressante, car elle prouve que des molécules de ce type peuvent exister non seulement sur des planètes mais aussi dans l'espace, et y voyager. Cela conforte les hypothèses dites «panspermiques», qui prétendent que la vie, par exemple sur Terre, pourrait venir d'autres planètes, via ce type de molécules que l'on trouve parfois à la surface des météorites, et donc dans le vide interstellaire. Evidemment, ce genre d'hypothèse ne fait que décaler le problème. D'où que viennent ces molécules, les questions demeurent : comment se sont elles formées, puis assemblées pour donner les bases du vivant ?

 

 

Regardez bien ces nouvelles, et leur accumulation. En soi, elles ne permettent en rien de conclure. Elles sont en partie dues à un biais de la recherche : l'effet réverbère. Comme quelqu'un qui ne chercherait ses clés que sous la lumière du seul réverbère allumé de son trajet, on ne cherche que là où l'on a braqué les projecteurs : Mars, Titan, le nuage. Par exemple, on accumule depuis quelques années les micro-indices de présence d'eau, puis d'eau liquide, sur Mars, ce qui produit un effet d'accumulation qui laisse parfois croire que l'on s'approche de la «vraie» trace de vie (actuelle ou fossile) alors qu'on est surtout en train de s'acharner sur un endroit qui peut être ne recèle rien. En astronomie, où les projets coûtent des milliards, et où les choix des missions sont très politiques, l'effet réverbère joue à plein. Mais ce dur désir d'y croire, de ne pas lâcher la quête de ce moment où un jour, un homme trouvera une trace de vie hors de la Terre, est aussi plus fort que tout. Et tant pis si par exemple sur Titan, petit détail, la température est proche du zéro absolu et donc a priori incompatible avec la vie.

 

 

L'exobiologie n'est pas seulement une affaire de rêverie, loin de là. Chercher la vie ailleurs, c'est aussi avancer dans notre compréhension de l'apparition de la vie sur Terre, une des questions fondamentales les plus redoutables et les plus anciennes que les hommes de toutes les sociétés se sont posées. Par ailleurs, aborder ces questions, c'est aussi comprendre les formes de vie les plus élémentaires, bactéries, virus (qui ne sont pas vivant à proprement parler) et incidemment leur virulence, leur écologie, leur dangerosité ou leur potentiel. C'est une discipline passionnante, même si elle pose des problèmes épistémologiques : parfois ultraspéculative, elle donne alors l'impression de ne pas pouvoir se réguler ; or, en science, faire des hypothèses est indispensable, mais se donner les moyens de les vérifier l'est tout autant. Les modèles d'apparition de la vie qui apparaissent périodiquement sont souvent passionnants, mais voués à ne jamais pouvoir être définitivement validés.

 

Quelle frustration ! On en reparlera ici régulièrement, cette thématique me passionne.

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