Bourde, humour, et frustration

 La science, la science, ça va cinq minutes... On s'autorise aujourd'hui à aller dans les à-côté !

 

La science, la science, ça va cinq minutes... On s'autorise aujourd'hui à aller dans les à-côté !

Superbe vol plané direction-le-mur, ou coïncidence malheureuse, à vous de juger, mais cette couverture récente de Nature a bien fait jaser la presse et la blogosphère scientifique. Comme vous le constatez, plus que la couverture, c'est l'association de celle-ci avec la 4ème de couv' qui est dévastatrice. Et les lecteurs facétieux de Nature qui ont déplié l'ensemble ne se sont pas privés d'en faire un petit buzz sur le net.

 

Bon, pas non plus de quoi en faire un plat, et puis la direction du journal s'en est sortie avec un sens de la répartie plutôt optimal ( rien n'interdit cependant d'y voir un peu de cynisme) : après avoir juré leurs grands dieux que la collision des chiens et des humains était fortuite, et qu'évidemment nulle conclusion ne devait en être tirée -notamment de la couleur des animaux-, ils ont sorti l'argument massue : ce plantage est bien la preuve qu'il existe un mur étanche ntre la régie publicitaire et le rédactionnel. Allez, un partout, balle au centre...Après chacun aura le droit d'y croire ou non...

 

 

Cette tempête dans un verre d'eau a quand même permis de mesurer la vitalité de l'humour britannique, si l'on en juge par le traitement ironique et bien senti qu'a accordé le Times de Londres à cette labradoresque affaire. Après avoir mentionné l' « affaire » et les démentis évoqués plus haut, il poursuit : « C'est donc seulement la force de suggestion qui permettra de trouver le chien de gauche un peu plus optimiste, mais un peu moins expérimenté. Et qui donnera envie de chatouiller John McCain derrière les oreilles ». Et plus loin, d'enfoncer le clou, en rappelant que ledit numéro de Nature confronte les projets et convictions scientifiques des deux candidats à la Maison Blanche, à propos de l'évolution, des cellules souches mais, conclut le Times décidement en pleine forme : « rien sur le clonage »... Impeccable !

 

 

L'humour scientifique, ça peut d'ailleurs donner le meilleur et le pire... Et quand on parle du meilleur, ma grande, mon immense frustration c'est de devoir m'absenter pendant 3 jours de mon ordinateur et de ne pouvoir commenter ici en exclu et en direct THE événement scientifique de l'année, ce jeudi 2 octobre : l'indispensable cérémonie annuelle des IgNobels d'Harvard : un bijou ! Pour ceux d'entre vous qui ne savent pas de quoi cela parle, rien que le nom doit vous mettre sur la voie. Il s'agit d'un palmarès drolatique, remis à des recherches très sérieuses, mais qui, vues de l'extérieur, semblent parfois d'une inutilité et/ou d'une crétinerie abyssale. Il y a généralement un peu de mauvaise foi dans leur manière de présenter les choses, mais c'est justement cela qui est délicieux. Et puis ces prix, remis par l'Académie de la « recherche improbable », ne sont pas démagogiquement anti-recherche fondamentale, sur le mode « regardez ces chercheurs et leurs recherches inutiles ». Au contraire ! Le but est de faire « rire puis réfléchir », mais ce n'est pas non plus pédagogico-lourdingue : l'humour est vraiment la porte d'entrée, qui est censée exciter la curiosité. C'est une manière d'accueillir la science, toute la science, même la plus déroutante ... ce qui est justement ce qu'on lui demande, au fond ! Dommage souvent que les médias qui relayent ce palmarès ne sachent pas bien retransmettre cette subtilité, et fassent passer les lauréats pour des dingues... Pensez-y quand vous en entendrez quelques bribes à la radio ce week-end !

 

 

Si ça vous amuse, ce sera webcasté en direct ici dans la nuit du 2 au 3. Juste pour la bonne bouche, donc, et pour me consoler, morceaux choisis du palmarès de l'an passé.

 

 

Ignobel 2007 de médecine : pour une étude sur les effets secondaires de l'avalage de sabre.

Ignobel 2007 de chimie : pour une méthode d'extraction de la vanilline ( qui donne le parfum vanille) a partir de bouse de vache.

Ignobel 2007 de linguistique : pour une étude montrant que les rats ne peuvent pas forcément toujours faire la différence entre du Japonais du Néerlandais parlés à l'envers.

Ignobel 2007 de Littérature : pour une étude sur les problèmes posés par le mot anglais « the » dans les processus de classement par ordre alphabétique.

Ignobel 2007 d'aviation : pour la mise en évidence du rôle positif que joue le Viagra contre le décalage horaire chez les hamsters.

 

Evidemment, il y a des articles très sérieux derrière, à chaque fois, et ce qui est incroyable, c'est que les chercheurs viennent de plus en plus nombreux chercher leurs prix, et s'en enorgueillissent souvent sur leurs pages institutionnelles. Un mélange d'autodérision et de fierté... Vous pouvez retrouver tous les palmarès antérieurs et incessamment, celui de 2008, ici

 

Si seulement ils pouvaient couronner le bains de pied aux champignons pour les abeilles, je serai trop fier ! ( vous assistez en direct à un rêve éveillé)

 

Cette année, il ont l'air à fond : Sur la page d'accueil , ils mentionnent que leur cérémonie aura lieu juste avant le très attendu débat entre les candidats à la vice-présidence , S. Palin (qui a quelques légers problèmes avec la science - voir ici) et J. Biden. Et que les deux rendez-vous pourraient se ressembler, ce qui est très perfide. Et ils précisent, au cas où : « le second événement est organisé par d'autres gens que nous ».

 

Le palmarès est établi par des chercheurs tout ce qu'il y a de plus sérieux, ce qui lui donne une partie de sa saveur. Ce sont d'ailleurs les mêmes qui font le show pendant la cérémonie, qui a elle-même ses codes futiles et inutiles, notamment un traditionnel ballet de petits avions en papier qu'on a le droit de lancer pour témoigner son enthousiasme au cours de la cérémonie.

Roy J. Glauber, un de ces joyeux et indignes vieillards, est un scientifique réputé qui était préposé depuis des années au balayage de ces projectiles, coiffé d'un chapeau chinois.

En 2005, il lui est arrivé une sacrée tuile.

Une faute de goût quasi impardonnable.

Il a obtenu le prix Nobel de chimie.

 

A la semaine prochaine, on en reparlera surement, mais n'hésitez pas à utiliser l'espace des commentaires pour commencer sans moi, je laisse la lumière allumée !

 

 

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