Election US: jouer aux devins, c'est scientifique!

 Les prédictions, comme dirait l'autre, c'est toujours mieux quand on les fait avant. Nos amis sondeurs ont généralement tendance à nous rappeler qu'eux ne mangent pas de ce pain-là, mais qu'ils font des «photographies de l'opinion à un instant donné». 

 

Les prédictions, comme dirait l'autre, c'est toujours mieux quand on les fait avant. Nos amis sondeurs ont généralement tendance à nous rappeler qu'eux ne mangent pas de ce pain-là, mais qu'ils font des «photographies de l'opinion à un instant donné».

 

 

Evidemment, en période électorale et singulièrement dans la dernière ligne droite, cette vertueuse précision tombe à l'eau, tout le monde confond les unes avec les autres dans un beau désordre qui fait retentir le tiroir-caisse desdits instituts.

 

 

Mais à côté des sondages, il y a les vraies prédictions, celles qui s'assument comme telles et qui, généralement, font tourner des modèles mathématiques plus ou moins compliqués, en ce qu'ils intègrent des données disparates pour faire un pronostic final forcément risqué. Et à quelques heures des résultats de l'élection présidentielle états-unienne, il est finalement assez tentant, même si assez perfide, de faire le point sur ces modèles pour voir celui qui, au final, sera le plus proche de la réalité.

 

J'ai trouvé ici une compilation des différentes études, arrêtée au 16 octobre dernier. Oui, cela fait une éternité, mais une prédiction à quelques heures du scrutin n'est pas très intéressante en soi !

 

Gloire et honneur aux audacieux : en l'occurence le modèle de James Campbell, de l'Université de Buffalo qui en septembre prédisait un 52,7% pour McCain. Dans le même sens, on trouve ici mention d'un autre modèle donnant l'avantage en nombre de sièges à McCain à la mi septembre. Audacieux lui aussi ? Voire... un petit passage sur le site même de l'étude, qui est réactualisé régulièrement, montre un retournement de tendance dans le sens du vent, avec prédiction désormais largement pro-Obama : fas-toche !

 

A part eux, à ma connaissance, c'est la Bérézina pour McCain. Obama gagne les 8 autres prédictions recensées avec des majorités parfois impressionnantes (58, 2%) et parfois ric-rac (50,1%) . Ils sont d'ailleurs assez curieusement binaires : ils ne tiennent pas compte d'un Ralph Nader, dont on a beaucoup parlé après l' « échec » de Gore en 2000. Ce qui sera vite intéressant est de voir lequel de ceux-ci est le plus proche du résultat final. On pourra alors disséquer à loisir les proportions avec lesquelles certains indicateurs politiques (entre autres : popularité du président sortant, durée de la majorité sortante ) ont été mêlés à certains indicateurs économiques (PIB notamment).Voir comment ces combinaisons évoluent peut dire beaucoup sur l'évolution d'une société...

 

Rajoutez à cela une louche d'inédit : facteur « racial », crise financière des dernières semaines, QI du sortant (oups, ça m'a échappé) et attendons avec gourmandise de voir celui qui s'en sort le mieux. Cette dose d'inédit est considérée comme étant particulièrement élevée cette fois. C'est un point sur lequel un consensus assez large semble se faire parmi les scientifiques.

 

Un point d'interrogation majeur, ce sont les « indécis ». Là encore, beaucoup de fantasmes autour d'eux, notamment sur le pourcentage de vrais racistes qui masqueraient leur « anti-obamisme » derrière une indécision de facade. On a beaucoup parlé de l'effet Bradley, du nom de ce candidat Noir placé en tête des sondages mais finalement battu à l'élection du Gouverneur de Californie en 1982. Certainement pas nul, l'effet Bradley semble devoir être tempéré : il y a eu beaucoup d'élections depuis pour lesquelles il n'a plus été observé. Mais à propos des indécis, il y a quelque chose de plus savoureux.

 

Une étude de l'Université de Virginie montre que les indécis... ne le seraient pas tant que cela... Brian Nosek et ses collègues de Harvard et de Washington ont développé un Test d'Association Implicite ( IAT) qu'ils ont adapté à l'élection 2008, qui permet de faire ressortir que certaines personnes pensent de bonne foi être indécis, alors que leurs réponses au test dévoilent une prédisposition partisane. Le plus simple pour le comprendre, c'est de faire vous-même le test ( disponible aussi partiellement en Français) Car une des originalités de l'étude, c'est qu'elle est ouverte, et qu'ainsi, 7 millions de personnes ont déjà fait un IAT, dont 25000 pour celui qui concerne l'élection de demain.

 

Quand vous l'aurez fait, vous verrez qu'il y a peu de chance que l'on puisse le truander, comme on pourrait le faire pour une question de sondage... Tout l'enjeu va être de comparer leur prédisposition déduite par le test à leur vote final : les chercheurs sont donc sur le pied de guerre pour voir si leurs résultats vont être validés. A ce stade, les estimations sont dures à faire : les indécis semblent avoir une lègère préférence affichée pour Obama, mais une légère préférence implicite pour McCain... Nosek insiste néanmoins sur le fait que 25000 personnes sont une base certes large, mais d'après lui insuffisante pour tirer des conclusions nationales, ce qui laisse songeur quand on pense aux panels des sondages...

 

Reste enfin, la méthode du Harry's Bar : dans ce piano-bar d'Opéra à Paris, un vote informel est organisé par et pour les Etats-Uniens de Paris. D'après la légende, il n'a jamais été pris en défaut en 80 ans.... sauf en 1976 et en 2004. Les résultats pour 2008 sont en ligne ! Et s'ils se sont trompés, il restera toujours les excellents cocktails pour oublier... ( Non, ce billet n'est pas sponsorisé ... mais si vous insistez pour m'offrir un voucher... )

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