La biodiversité frappe un grand coup

Barcelone : ses ramblas, sa Sagrada Familia, son Boada's Bar, son Musée Picasso et son congrès Mondial de L'Union Mondiale pour la Nature (International Union for Conservation of Nature – IUCN), du 5 au 14 octobre.

Barcelone : ses ramblas, sa Sagrada Familia, son Boada's Bar, son Musée Picasso et son congrès Mondial de L'Union Mondiale pour la Nature (International Union for Conservation of Nature – IUCN), du 5 au 14 octobre.

Cette organisation internationale rassemble un millier de membres, représentants de 80 gouvernements et de 800 ONG, et quelque 10.000 scientifiques bénévoles, et c'est elle qui fait autorité notamment, pour le classement des expèces animales et végétales menacées sur une tristement célèbre « liste rouge ». Le comité français est ici

 

C'est ce lundi que la liste rouge réactualisée doit être rendue publique. Ce n'est pas une mince affaire. En effet, les efforts nécessaires pour l'obtention de cette information, ramassée, utilisable, synthétique et fiable nécessitent de drainer des myriades de données éparses, de coordonner les savoirs et les enquêtes de milliers de scientifiques. C'est donc forcément un événement quand la liste est publiée.

 

Cette année, cette réactualisation s'accompagne d'un gros coup scientifique. Cette semaine, la revue Science va publier un article qui rentre dans la catégorie « monstrueux », en terme de mobilisation de ressources humaines : la liste des dizaines et dizaines d'auteurs, tout comme l'ensemble de leurs cent-une affiliations institutionnelles, prend plus d'une page. Le contenu est du même tonneau : il s'agit de fournir pour la première fois depuis 1996 une vision en profondeur de l''état des Mammifères dans le monde, mammifères marins compris. A sa lecture, on sent bien que l'article n'est que la partie émergée de l'iceberg : il donne les grande tendances de cette enquête au long cours, mais sert surtout d'annonce, puisque les scientifiques ont en effet décidé de mettre à disposition de la communauté scientifique l'ensemble de leur travail de leur données pays par pays, régions par régions, afin de contribuer à un pilotage rationnel des politiques de conservation nationales et internationales.

 

L'essentiel du message de l'article est le suivant : 25 % des 5487 espèces de mammifères pour lesquels suffisamment de données sont disponibles, sont plus ou moins en danger (il existe plusieurs degrés de dangers dans la liste rouge). Les espèces varient selon leur aire d'occupations, mais celles qui ont des petites aires sont assez concentrées dans des zones à risque. Parmi celles-ci, il apparaît que le Sud de l'Asie est emblématique : riche en espèces, il est aussi une zone de danger pour, par exemple, 80 % des espèces de primates qui y vivent.

 

Question qui vient immédiatement à l'esprit : quelles sont les causes de ces mises en danger préoccupantes ? Rien de bien étonnant. La cause, c'est nous.

 

Nous qui sommes directement impliqués dans les pratiques de destructions des habitats des animaux sauvages. Pour les mammifères marins, c'est la mortalité « accidentelle » (doux euphémisme, on parle ici d'animaux pêchés par erreur ou victime de collisions avec des bateaux), puis la pollution d'origine humaine qui sont en tête des menaces. Enfin parmi les quelques détails qui illustrent le papier, on note que, par exemple les Tapirs et les Hippopotames sont dans une mauvaise passe, alors que les Taupes et les Chauves-souris se portent plutôt bien. L'étude explique q'une corrélation positive est observée entre la taille des animaux et leur degré de menace. Mieux vaut être un rongeur qu'un éléphant...

 

L'étude insiste aussi sur un aspect crucial : le savoir protège. Les espèces peu ou mal connues semblent avoir tendance à être plus fragiles. Il y a donc un dimension stratégique à les répertorier et à identifier celles qui, encore, nous échappent, même si les naturaliste sne chôment pas depuis 1992, le nombre d'espèces reconnues à augmenté de 19% ( nouvelles espèces + taxons élevés au rang d'espèces). Sous ce rapport, la tâche est encore plus lourde pour ce qui concerne les mammifères marins. C'est donc logiquement que le papier termine en forme de plaidoirie pour des politiques de conservations ambitieuses. Et en mentionnant que même si la situation mondiale des Mammifères est tendue, des cas de sauvetage bien conçus existent et doivent donner des raisons concrètes de se battre.

 

Immense travail donc, très riche en données, et qui est au croisement de la science et de l'ingéniérie de la science qu'est la conservation de la biodiversité. De la connaissance pour l'action !

 

Souhaitons donc que sa publication, sous le soleil de Barcelone, fasse un tapas (pas pu m'empêcher, désolé)

 

Référence : Schipper et al, The Status of The World's Land and Marine Mammals: Diversity, Threat and Knowledge. Science, 10 octobre 2008.

 

 

Un article spécialement dédicacé à la famille Chalumeau, experte en générosité et en gemellité catalanes.

 

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