Alors, Champagne Supernova ou pas ?

Alors, à froid, que penser de cette histoire de Supernova ? Etait-ce vraiment une nouvelle d'importance ? Cela justifiait-il le buzz que la Nasa avait organisé ? Retour sur un engouement.

Alors, à froid, que penser de cette histoire de Supernova ? Etait-ce vraiment une nouvelle d'importance ? Cela justifiait-il le buzz que la Nasa avait organisé ? Retour sur un engouement.

J'avais joué le jeu à l'aveugle, pour le vivre en même temps que vous, en m'autorisant l'enthousiasme de la surprise, mais en me promettant d'y revenir ultérieurement, dans un regard critique rétrospectif, toujours nécessaire quand on fait profession de prudence et de pondération... Surtout quand, circonstance aggravante, votre serviteur, modeste biologiste, n'y connait pas grand chose en astronomie.

 

 

Rappel des faits, pour ceux qui n'ont pas envie de cliquer sur les liens ci dessus. Il y a une semaine, la NASA m'envoie par pigeon voyageur un communiqué annonçant une conférence de presse surprise, programmée hier soir, pour annoncer la découverte d'un objet galactique d'importance, que les astronomes rechercheraient depuis 50 ans.

 

 

A l'heure dite, je me branche sur le canal audio de la Nasa, et je vous livre en direct, et en exclusivité absolue-mondiale-totale pour Médiapart :) , l'annonce : la découverte de la plus jeune supernova apparente de notre galaxie, aka la Voie Lactée, répondant au doux nom de G1.9+0.3. Si l'on fait abstraction du temps que la lumière de l'explosion a mis pour arriver jusqu'à nous ( 28000 ans quand même), la Supernova aurait 140 ans.

 

Une jeunette ! Comme me le fait remarquer très pertinemment VincentV dans les commentaires, la demoiselle a donc en fait 28140 ans, mais ce qui importe pour les chercheurs, c'est de la voir "comme si" elle avait 140 ans, pour pouvoir l'étudier sous toutes ses coutures de jeune fille en fleur. Signalons au passage que les supernovae, qui dégagent une lumière intense, peuvent éventuellement être vues depuis la Terre (certains écrits historiques semblent y faire parfois référence sans savoir de quel phénomène il s'agit...).

 

Pour G1.9+0.3, on ne semble rien trouver de tel dans la littérature d'il y a 140 ans, pour une raison assez simple : située au centre de notre galaxie où la concentration en étoile est grande, et bien que proche, sa lumière se serait confondue dans l'intense lumière résiduelle de cette zone du ciel.
Tout d'abord, une supernova, kézako ? C'est tout simplement une étoile qui explose en fin de course. Il en existe deux types, celles qui proviennent de l'explosion thermonucléaire d'une naine blanche (c'est à dire les restes fantastiquement denses d'une étoile morte), et celle qui proviennent de l'implosion d'une étoile massive encore en activité.

 

Bon, et G1.9+0.3 dans tout ça ? Un peu d'histoire. G1.9+0.3 a initialement été détectée en 1985, par le VLA, un réseau de radiotélescopes terrestres. Mais dans un premier temps, on lui avait donné entre 400 et 1000 ans, ce qui est déjà très jeune à l'échelle cosmique. Mais de nouvelles mesures de son expansion, plus importante que prévue, on permis de raccourcir considérablement l'estimation de son âge apparent, grâce au téléscope spatial Chandra, en 2007. Ce sont des mesures faites par le VLA ces dernieres semaines qui ont fini d'abréger cet âge.

 

Il s'agit donc, au passage, d'un bel exemple de collaboration entre différents types de téléscopes. Celle ci est éclatante dans la photo qui accompagne le billet d'hier : en orange les observations Chandra, en bleu les observations VLA.

 


Tout cela justifie-t-il d'être considéré comme une nouvelle d'importance majeure ? On peut le penser effectivement et pour plusieurs raisons. Comme me le fait justement remarquer edg dans les commentaires, on a certes observé des supernovae d'âge apparent beaucoup plus précoce, comme la fameuse 1987A, observée en temps réel en 1987. Mais 1987A était 5 à 10 fois plus loin que G1.9+0.3... et on la voyait donc beaucoup moins bien ! Les deux observations sont donc complémentaires.

 


Par ailleurs, G1.9+0.3 est un premier pas qui va nous aider à estimer le taux de formation de supernovae dans notre galaxie au cours du temps. Une information majeure car les supernovae brassent des quantités de matière et d'énergie importante, et cela est donc utile pour comprendre les flux au sein de notre galaxie, et partant, sa dynamique et son évolution.Aux dernières estimations, on devrait en observer une dizaine d'"âge" équivalent à G1.9+0.3 dans notre galaxie. Jusqu'à présent, on n'en avait encore jamais vue, la plus "jeune" ayant 330. On les cherchait ardemment. On en tient enfin une.

 

 

L'explosion de G1.9+0.3 a libéré une énergie comme on semble n'en avoir jamais observé auparavant, elle va donc nous apporter beaucoup d'information sur les conséquences d'une telle explosion, et sur ses brisées. Va-t-elle donner naissance à un trou noir ou à une étoile à neutrons ? Cela va-t-il coller avec les taux observés ?

 

 

Ce type de questions va beaucoup occuper les astronomes. Enfin, il y a cet environnement dense dans lequel l'explosion s'est produite, le centre de la galaxie. Comment cet environnement et cette supernova vont-ils interagir ? Et quid de la proximité du trou noir supermassif, lui aussi au centre de la Voie lactée ? Ce sont sans aucun doute des questions cosmologiques de premier ordre.

 

 

Au delà, je n'ai pas, je le confesse, l'expertise suffisante pour vous confirmer que c'est "la" nouvelle qu'on attendait depuis 50 ans, comme le laissait plus ou moins entendre la NASA. Je n'en suis en fait pas vraiment convaincu, A ce niveau de buzz, je m'attendais à quelque chose comme de la matière noire, où la mise en évidence de particules type boson de Higgs ( des particules élémentaires -non houllebecquiennes- dont la théorie nous dit qu'elles existent mais qu'on ne parvient pas encore à détecter).

 

Il y a donc une belle communication de la NASA autour de cette annonce qui a très vite essaimé sur le net. Il est cependant indéniable qu'observer une supernova si près et si jeune est une très grande et belle nouvelle. Je serai ravi d'accueillir dans les commentaires les réactions d'astrophysiciens ou astronomes amateurs sur ce pont !

 

 

Dernier point : une conférence de presse de la Nasa, l'excitation d'un buzz, une rentransmission en audio live sur le web, tout ceci est très sympathique et rend la nouvelle croustillante, mais c'est le côté strass et paillettes de la science. Hier soir, c'était la "montée des marches" : pourquoi pas un peu, la NASA a tendance à en faire souvent beaucoup, mais ne soyons pas bégueule. Après tout, à nous de savoir recevoir cela et de faire preuve d'esprit critique. En revanche, comme il faut toujours une validation des résultats scientifiques que nulle conférence de presse tapageuse de la NASA ne saura jamais remplacer, signalons que les résultats annoncés seront publiés dans The Astrophysical Journal Letters.
Enfin et pour la bonne bouche, je relaie, puisque c'est l'esprit de ce billet, l'annonce que vous avez du lire partout : le lancement du Worldwidetelescope. Amis billgatesophobes, passez votre chemin puisqu'il s'agit d'un produit Microso-biiiiiiiiiiiiiiiiiiiip. Il s'agit d'un outil de navigation dans le cosmos, qui fonctionne un peu comme Google Earth, à une autre échelle.

 

Je n'ai pas trompetté la nouvelle car la firme n'a pas eu besoin de moi pour inonder les médias de cette nouvelle, et que j'essaie ici de vous donner des infos de première main, ou en tout cas inédites en français. Mais je l'ai pris en main quelques minutes et c'est une interface assez épatante qui vous permet de circuler dans l'espace. Pas encore eu le temps de voir si on trouve G1.9+0.3...Faites vous votre opinion !

 

 

-Merci à l'anonyme mais efficace personne de médiapart qui a spontanément extrait l'image de la supernova, et mis en fichier attaché de mon précédent billet, lui donnant ainsi beaucoup plus d'allure !-

 

(une médaille en chocolat -à réclamer à Edwy Plenel- au premier qui me trouve l'allusion britpop cachée dans le titre de ce billet...)

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