Chercheur, toujours tu honniras la bière...

Le New York Times m'a guidé vers un surprenant papier dans la très sérieuse revue Oikos, une revue d'écologie. T. Grim y présente ses résultats sur l'influence de la consommation de bière sur ... l'activité des chercheurs.

Le New York Times m'a guidé vers un surprenant papier dans la très sérieuse revue Oikos, une revue d'écologie. T. Grim y présente ses résultats sur l'influence de la consommation de bière sur ... l'activité des chercheurs. T. Grim, qui est ornithologue à la base, a momentanément délaissé les bêtes à plumes pour observer (à jeun) ses congénères, à savoir, -soyons précis- « les chercheurs étudiant l'écologie comportementale et la biologie évolutive des oiseaux en Tchéquie et ayant publié au moins un article dans une revue spécialisée » (ouf !). Sur cette base, il annonce être en capacité de montrer, graphique à l'appui, que plus l'ornithologue tchèque boit de bière, moins il publie et moins il est cité, et pas de chance, c'est justement cela qu'on attend de lui. Le souci du détail n'est pas étranger a Grim qui a vérifié que ses conclusions étaient valables dans les régions hautes et basses consommatrices de bière de Tchéquie.

N'épiloguons pas sur la propension de Grim à se fâcher avec ses collègues ( on ose à peine imaginer l'ambiance au prochain congrès d'ornithologie tchèque...) pour noter quelques petits détails.

Tout d'abord Grim est un malin, car il pouvait être sur qu'avec un tel panel de cobayes, ses résultats feraient le délice de la communauté scientifique. Il aurait fait pareil avec les employés d'assurances, son papier ne se serait certainement pas arraché dans les labos. Cela peut être d'ailleurs un début de solution au problème soulevé : ami chercheur, si l'alcoolisme te guette, oublie les souris de laboratoire et étudie plutôt tes collègues de bureau et tes résultats, même médiocres, intéresseront tout le monde ( ne les dissèque pas trop quand même).

Ensuite, un petit détail qui m'a fait un peu tiquer : la taille de l'échantillon. Des ornithologues tchèques qui correspondent au portrait ci dessus, il y en a, d'après son papier... 32. Allez faire des statistiques généralisables avec ça...

Enfin, éternel problème avec ce type de résultats : à supposer qu'ils soient valides ( et rien ne me permet d'en douter, à la réserve ci dessus prêt) ils donnent une corrélation, mais ne permettent pas de déterminer les causes...On ne peut pas savoir si les chercheurs ont des mauvais résultats parce qu'ils boivent, ou s'ils boivent parce qu'ils ont de mauvais résultats...

Morale de l'histoire, avec le nombre de reprises de son papier, Grim, s'il a raison, rique d'être très sobre les temps qui viennent. Où va se nicher l'abnégation !

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