L 'abeille en danger et le bain de pieds au champignon

Vous connaissez peut-être cette citation apocryphe d'Albert Einstein: «si les abeilles venaient à disparaître, l'humanité en aurait pour quatre ans à peine». Bon, d'accord, la citation est bidon, Einstein n'a jamais dit ça, mais on voit bien ce qu'elle veut dire.

Vous connaissez peut-être cette citation apocryphe d'Albert Einstein: «si les abeilles venaient à disparaître, l'humanité en aurait pour quatre ans à peine». Bon, d'accord, la citation est bidon, Einstein n'a jamais dit ça, mais on voit bien ce qu'elle veut dire. Sans abeilles, pas de pollinisation ; pas de pollinisation, plus de reproduction des végétaux ; plus de végétaux, gros problème pour la chaîne alimentaire... et pour nous en particulier, consommateurs terminaux de cette chaine.

Pourquoi se préoccuper des abeilles en particulier ? Parce qu'effectivement on observe ces dernières années une chute de la population d'abeilles, et ce dans le monde entier. C'est ce qu'on appelle le « Colonie Collapse Disorder », le syndrôme d'effondrement des colonies, et c'est massivement observé dans le monde depuis 2006, même si des crises similaires ont été décrites dès 1896. Une des causes majeures de cet effondrement est un parasite, l'acarien Varroa destructor, qui se développe sur les larves et les abeilles adultes, en se nourrissant de leur hémolymphe (pour faire vite : leur sang), et qui provoque la malformation puis la mort de l'hôte. Cette peste peut détruire 30 à 50% des abeilles après son apparition dans une zone donnée, et est désormais endémique.

 

Les traitements chimiques contre ce parasite sont insatisfaisants, notamment parce qu'assez classiquement, les parasites développent des résistance, par le jeu classique de l'adaptation. C'est pourquoi on s'est orienté vers une lutte biologique : il s'agit de trouver un organisme qui pourrait détruire le Varroa, sans détruire l'abeille. Jusqu'à présent, malheureusement, on ne trouvait pas...

 

C'est là qu'intervient la nouvelle du jour. Le Dr Chandler de l'université de Warwick, a en effet rendu publics des travaux préliminaires, dans lesquels il tend à isoler des champignons susceptibles de jouer ce rôle de lutte biologique. Le défi est de trouver la perle rare, qui va attquer Varroa, épargner l'abeille, et qui soit capable d'être actif dans les conditions de chaleur et de sécheresse qui sont celles de la ruche. L'équipe de Chandler a notamment repéré que le premier paramètre pouvait être décisif, les champignons se développant à haute température se révélant de très bons candidats. Partant d'une cinquantaines de champignons candidats, D. Chandler en a désormais identifié quatre qui sont les plus adéquats. C'est une belle illustration de la manière dont on peut se servir de dynamiques biologiques naturelles pour lutter contre une épidémie (même si du point de vue de Varroa, c'est un succès écologique!).

 

Le codicille amusant dans cette histoire, c'est le mode d'application de ce champignon. Le Dr Chandler a bien pensé à des sprays, mais s'intéresse désormais à l'idée de placer des « pédiluves » contenant le champignon à l'entrée des ruches dans lesquels les abeilles feraient trempette en entrant, glanant au passage les spores du champignons qui vont les prémunir de l'infection, et qu'elles vont transmettre à leurs congénères par contact. Dans son interview audio, Chandler explique avoir détourné une pratique déjà répandue en horticulture, où l'on se sert de ces dispositifs pour faire convoyer, par l'abeille elle même, des produits ou des microorganismes que l'on cherche à appliquer sur les fleurs. Impossible pour le moment de savoir si, ici, cette idée est farfelue ou non, mais il est incontestable qu'elle lui a permis de booster son annonce, qui avec un tel titre, a vite fait le tour des sites scientifiques anglo-saxons. Il demeure cependant nécessaire d'être prudent. Ces recherches ne sont pas encore publiées, et n'ont à ce stade (à ma connaissance) fait l'objet que d'un communiqué de presse de l'Université de Warwick, qui permet au passage d'annoncer que Dave Chandler y accueillera en août une conférence internationale sur les pathologies des invertébrés, où il fera certainement une communication dans les formes...

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