Polémique sur un documentaire montrant le suicide assisté d'un homme en Grande-Bretagne

Thomas Lecourbe

La diffusion prévue ce soir par une chaîne bThomas Lecourbe

La diffusion prévue ce soir par une chaîne britannique d'un documentaire montrant le suicide assisté d'un homme atteint de la maladie de Charcot, a provoqué une vive polémique en Grande-Bretagne et relancé le débat sur le droit à se donner la mort.
"Dans quelle société vivons-nous si la mort d'un homme est diffusée par une télévision en prime time comme un divertissement", s'insurge dans un éditorial le quotidien populaire Daily Mail. Le directeur du groupe "Care not killing", qui milite contre la légalisation du suicide assisté au Royaume-Uni, a pour sa part dénoncé une "tentative cynique de faire grimper l'audience".

La chaîne Sky a de son côté défendu sa décision de diffuser le documentaire à une heure de grande écoute. "Il est important que les chaînes de télévision, et notamment Sky Real Lives, puissent provoquer un débat par le biais d'histoires individuelles fortes".

 

En France, nous avons avons connu les mêmes débat il y a un mois, avec l'émission "Les Infiltrés", consacrés aux conditions de vie dans les maisons de retraite. Ce documentaire ne montrait pas une mort en direct (quoi que...) mais dénonçait, en montrant des situations insupportables, les conditions et les agissements insupportables dans les centres de fin de vie. Certains se sont émus qu'on les montre, sous couvert de respect à la dignité humaine de ceux qui étaient filmés.

 

Pourtant, les exemples et les témoignages réels sont la meilleure façon de toucher et mobiliser l'opinion, en espoir d'un changement de mentalité, voir de législation. J'ai toujours considéré, personnellement, que la dignité humaine était d'avoir le choix de ne pas vivre le reste de sa vie de telles situations qui portent atteinte à la dignité, filmées ou non.

Que des émissions grand public mettent en scène des témoignages ou des états de fait, pourquoi alors s'en offusquer ?

 

Dans un autre registre, le témoignage d'Annie Girardot sur sa maladie a d'abord choqué dans sa version courte (7 à 8, l'année dernière), puis ému dans sa version longue (il y a deux mois sur TF1). Ce témoignage, dont a été dénoncé l'indécence du journaliste, a pourtant touché des millions de gens, pas à priori sensibilisé aux questions de la maladie d'Alzeimer, dont finalement, on ne sait pas grand chose quand nous ne sommes pas familialement touchés.

 

La télévision a ce rôle de sensibilisation et de mobilisation et le journaliste a ce rôle de témoin de la société moderne. Malgré les polémiques, malgré les images souvent insupportables, j'espère que la télévision, facteur de mobilisation encore la plus importante devant tout type de média (95,2 millions de promesses de don pour le téléthon de ce week end), continuera à choquer, pour mieux informer.

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