Carolis vote pour une télé sans pub... et sans télespectateurs ?

Thomas Lecourbe

Patrick de Carolis a proposé au vote au ConsThomas Lecourbe

Patrick de Carolis a proposé au vote au Conseil d'Administration une résolution actant la suppression de la publicité sur les différentes chaînes du groupe, hors RFO, après 20 heures, et cela à compter du 5 janvier 2009. A l’occasion des échanges qui ont précédé le vote de cette résolution, Patrick de Carolis a indiqué qu’avant même le vote définitif et la promulgation de la loi, il entendait prendre et assumer ses responsabilités au nom de l’intérêt supérieur du groupe qu’il dirige et de ses collaborateurs.

 


La suppression de la publicité fait l'objet de beaucoup de débats, mais peu abordent le vrai problème : le rapport au télespectateur. Comment ne pas éloigner les chaînes de leur public et maintenir un lien entre les programmes et ceux à qui ils sont destinés ?

 


Quand je travaillais dans des boîtes de production, tous les matins dans l'ascenseurs étaient affichés minute par minute l'audience des programmes de la veille. Il était donc possible de voir à quel moment le public zappait, sur quel reportage il était moins sensible ou au contraire, ce qui les maintenait en haleine. La pression (et non pas dictature) de la publicité favorisait cet intéret pour l'attention du public, et obligeait les chaînes à moduler, corriger ou même supprimer ses programmes pour ne pas être déconnecté d'un public, donc des ressources publicitaires.

 


Cette approche commerciale n'a pas que des défauts, il s'agit d'un indicateur objectif sur les attentes et l'attention du public. En supprimant cet indicateur, ou en le déconnectant de la pression qu'exerce la publicité, le service n'aura plus aucune raison de se préoccuper de ce que pense le public, et, comme peut l'être Arté, les chaines de France Télévisions sera faite pour le public qui pense comme la direction du groupe. Une télévision faite par les dirigeants pour eux-mêmes. Les producteurs n'auront plus à être choisis par rapprt à leur savoir-faire et la relation qu'ils savent instaurer entre leurs programmes et le public, mais leurs relations avec les dirigeants des chaînes, avec les dérives que cela implique.

 


Cette méthode est décriée, et on objecte tout de suite la trash TV et le système TF1. Sauf que les programmes décriés sur TF1 sont déjà interdits sur le service public. De plus, tout en ménageant cette relation avec le télespectateurs, le service public a des devoirs de qualité, et a mis en place un Qualimat, chargé de juger qualitativement les programmes publics. De plus, le libre choix est un symbole de la démocratie. François Fillon parlait encore la semaine dernière de la "dictature de l'audience". Il n'a par contre jamais parlé de la "dictature de l'élection", même quand les résultats n'étaient pas ceux attendus. Pas d'élection, pas de légitimité. Quelle légitimité pour un service public sans objectif et obligation d'audience ?

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