La monnaie : une dette souveraine !

Mediapart a organisé un débat sur l'Europe et la gauche ce lundi 7 novembre dont on peut voir le résumé ici. Or le débat a surtout tourné autour de la crise des dettes et de la nécessaire reprise du pouvoir sur la BCE. Ceci est caractéristique de l'intelligence générale qui a compris que la gauche ne pourrait réellement gagner son projet européen que si cette crise était résolue.

Mediapart a organisé un débat sur l'Europe et la gauche ce lundi 7 novembre dont on peut voir le résumé ici. Or le débat a surtout tourné autour de la crise des dettes et de la nécessaire reprise du pouvoir sur la BCE. Ceci est caractéristique de l'intelligence générale qui a compris que la gauche ne pourrait réellement gagner son projet européen que si cette crise était résolue.

Mais pour la résoudre, il faut bien comprendre ce qu'est cette crise et pourquoi la monnaie est centrale dans sa solution et c'est ce que je vais m'employer de faire ici.

Tout d'abord, il faut comprendre que la monnaie a changé de nature passant de bien intermédiaire des échanges (l'or étant le plus grand exemple) a une unité de compte totalement virtuelle. Ainsi, la création monétaire ne consiste plus vraiment à frapper un métal du sceau royal mais à simplement inscrire un actif et un passif dans un livre de comptes.

Dès lors, la monnaie n'est plus une ressource naturelle rare !

Alors pourquoi ne pas créer plus de monnaie? Et bien parce que la monnaie est une dette de la société qui garantit cette monnaie. C'est une dette sur la production future. L'idée, c'est que la monnaie est un titre permettant d'exiger un produit ou un service en retour. Si la société n'est pas en capacité de fournir ce bien ou ce service dans un délai raisonnable, le détenteur de la monnaie perd confiance et la monnaie perd sa valeur.

Le principe était le même au niveau de l'or ou de tout autre bien intermédiaire des échanges mais la rareté de ces biens donnait une illusion de contrôle et de sobriété.

Bref, ce qu'il faut comprendre, c'est que la valeur d'une monnaie dépend donc de la capacité productive de ceux qui acceptent cette monnaie. Ainsi, le dollar étant accepté presque dans le monde entier, la valeur du dollar dépend plus de la quantité des échanges sur la planète que des capacités de production des USA.

Bien sur, vu que cette valeur est une sorte de quotient entre production et quantité de monnaie en circulation, il faut effectivement éviter de produire plus de monnaie que l'on n'est capable de mobiliser une production échangeable.

 

Là il faut faire une parenthèse importante puisqu'elle est le centre des attentions de nombreux citoyens et politiques de gauche : la création monétaire n'est plus dans les mains des Etats mais des banques privées.

En effet, dès lors que l'on autorise une institution à prêter de l'argent au-delà de ses stocks de monnaie (créances déjà obtenues sur la production future), on autorise de fait cette institution à créer de la monnaie. Cette autorisation est très ancienne mais elle a été poussée jusqu'au vice en Europe puisque non seulement les privés ont le droit de créer cette monnaie, mais l'Etat se voit refuser d'en créer puisque la banque centrale refuse de financer les dépenses de l'Etat.

Vu que ce sont les citoyens qui garantissent la valeur de la monnaie par les biens et les services qu'ils produisent, vu que l'Etat est le représentant de ces citoyens notamment contre les individualités dont les institutions bancaires sont des représentants, il est évident que les Etats DOIVENT pouvoir créer de la monnaie. La monnaie est une dette souveraine !

 

Que peux donc faire la gauche européenne?

Vu que les marchés, avec la complicité évidente de la droite au pouvoir, mettent la pression sur les Etats et ne jouent pas le rôle de supplétifs dont la délégation de la création monétaire leur donnait la responsabilité, il faut effectivement reprendre la main sur la BCE et permettre de financer des dépenses publiquespar création monétaire.

Mais vu l'Etat politique de l'Europe (grande majorité de citoyens votant à droite), il faut pouvoir contourner la BCE.

Pour cela, un moyen serait que l'Etat français se porte opérateur financier sur le marché et crée de la monnaie comme une banque privée sur la base de ses actifs (environ 600 milliards d'actifs solides actuellement soit une capacité de création monétaire de 6000 milliards d'euros !).

Il y a donc moyen de reprendre la main sur le secteur financier sans passer par la commission européenne !

 

Ceci étant fait, il faut garder en tête que la monnaie reste une dette sur la production future. Il serait donc irresponsable de créer trop de monnaie qui asservirait à terme la population.

Là aussi il y a une différence majeure entre gauche et droite et c'est un point important qui explique le succès économique de la gauche de 1997-2002 contre la catastrophique gestion de droite depuis.

En effet, les banques créent de la monnaie pour ceux qui n'en ont pas besoin (système financier, riches en général...).

Or la monnaie doit servir à activer une production si l'on veut qu'elle ne soit pas dépréciée (selon les explications ci-dessus).

Par conséquent, toute création monétaire doit être directement affectée à l'activation d'une force de travail pour répondre à des besoins identifiés. Par exemple, les emplois jeunes devaient créer des marchés nouveaux en permettant à des jeunes de trouver un emploi (au lieu d'être inactivés) sans se mettre en concurrence vis-à-vis de travailleurs déjà sur le marché. En identifiant des besoins et en créant la production adéquate, les emplois jeunes répondaient à une très bonne logique économique. La seule erreur était de financer par un endettement envers les épargnants, c'est à dire ceux qui ne vont pas activer de la production mais garder la monnaie et faire accroître la quantité de monnaie sans faire croître la production. Les emplois jeunes auraient du être financés par production monétaire.

 

Pour finir, actuellement, le retour de l'économie qui profite de la garantie de l'Etat (les citoyens) sur la monnaie, c'est l'impôt. C'est l'impôt qui permet de répondre aux dettes passées et donc de donner de la valeur à la monnaie.

En réduisant les impôts sur ceux qui possèdent la monnaie passée pour les augmenter sur ceux qui activent la production en consommant, la droite diminue la confiance dans les monnaies et détruit les économies qui font pourtant leur pouvoir. Le cas de la Grèce est caractéristique de ce phénomène.

 

Mais ce qui est peut être encore plus grave, c'est qu'ils utilisent leur propre erreur pour justifier à une sorte d'économie de troc qui consisterait à obliger les citoyens à travailler seulement pour eux contre le minimum vital. Ceci a un nom : l'esclavage !

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