Etre socialiste européen aujourd’hui, c’est d’abord s’indigner !

Vendredi soir, nous avons participé à 7 heures de débats constructifs autour d’un texte important, puissant, porteur d’une véritable réorientation de l’Europe au profit des peuples.

Il est désagréable que ce soit résumé dans les medias par un Merkel bashing.

 

Il faut mettre les choses au point :

  • il s’agissait d’un texte de travail malheureusement diffusé au Monde avant même la discussion entre courants du PS pour le finaliser. C’était un brouillon ! Il n’y avait rien d’officiel et en tirer que le PS tapait sur les allemands et détruisaient l’amitié franco-allemande était à la fois une mauvaise lecture (c’est Merkel et la politique qu’elle représente qui était attaquée, pas le peuple allemand qui subit aussi cette politique avec une forte augmentation de la pauvreté en Allemagne et la récession comme conséquence pour l’avenir) et un manque de respect pour les militants qui vont s’emparer de ce texte et l’amender jusqu’au 16 juin, jour de la convention nationale sur l’Europe qui délivrera alors une position officielle du PS sur le sujet.

  • ce n’est pas Matignon qui a « imposé » d’enlever le Merkel bashing : la discussion de vendredi soir ayant amené un consensus sur le fait d’enlever les références inutiles à Merkel pour se concentrer sur le terme « conservateurs » qui dénonce une idéologie qui n’est pas le seul fait des allemands.

 

Lors de cette discussion, étant un représentant de la motion 4, Oser Plus Loin Plus Vite, motion conduite au congrès par Stéphane Hessel que nous regrettons tous, motion portée par des militants, je n’aurais pu que m’opposer à un diktat de Matignon sur un texte qui doit être l’émanation de la démocratie interne au sein du parti socialiste.

Socialistes, nous sommes favorables au gouvernement actuel. Nous pouvons avoir des divergences sur les moyens utilisés, mais l’objectif est commun : améliorer la vie de TOUS les citoyens.

Le gouvernement tient compte de tous les avis et pas seulement de ceux des socialistes. Il gouverne la France et a ce devoir d’écoute.

Le Parti Socialiste a lui le devoir de porter un idéal et des propositions concrètes vers cet idéal. Les socialistes donnent des avis au gouvernement et ont une liberté que n’a pas le gouvernement. En tant que militant socialiste, je refuse de nous auto-censurer et de perdre cette liberté au nom du fait que le gouvernement est issu de nos rangs. En tant que militant socialiste, je jouis d’un droit d’indépendance et d’innovation magnifiquement incarné par Stéphane Hessel de son vivant.

Il m’aurait donc été insupportable que nous nous fassions dicter notre texte par qui que ce soit.

C’est pourquoi je peux témoigner du fait que le gouvernement n’a aucunement imposé son point de vue aux militants ce vendredi.

 

Par ailleurs, il est triste que les medias n’aient retenu que la dénonciation de ce que représente Angela Merkel cherchant à créer des divisions entre le gouvernement et les socialistes, et plus grave encore, entre allemands et français.

Ce texte est au contraire un appel à rassembler les européens. Nous dénonçons la politique des conservateurs qui oppose les peuples en les mettant en permanence en concurrence au profit des marchés. Ainsi ce texte dit que « Pour nous les socialistes, il n’y aura pas de répit tant que l’Europe n’aura pas renoué avec sa promesse originelle : une union qui, par la volonté et la solidarité, profite à tous en mobilisant chacun, loin de la concurrence de tous contre tous (…). C’est la bataille de la réorientation qui est menée par le Président de la République française depuis mai 2012 (…). »

Pour nous socialistes européens, nous devons mettre les peuples avant les marchés !

Ceci passe par un vrai budget européen alimenté par des ressources propres pour éviter les marchandages stériles entre états.

Ceci passe par un traité de l’Europe sociale qui permette la convergence vers le haut de nos modes de vie.

Ceci passe par une politique de réindustrialisation conjointe, solidaire, de l’Europe grâce à une reprise des grands projets européens comme nous avons eu pour l’agriculture ou l’aéronautique et que nous devons avoir en matière de transition écologique ou de droits aux personnes dépendantes.

Ceci passe par la prise en main des outils monétaires avec un changement du rôle de la BCE et en attendant l’utilisation du Mécanisme Européen de Stabilité pour marquer la solidarité et protéger de la spéculation tout en finançant la reprise d’activité que les marchés sont incapables de mettre en place.

Ceci passe par la démocratisation de l’Europe avec un rôle accru du Parlement Européen et encore par l’écoute des partenaires sociaux et associatifs.

Ceci passe par une vraie transition écologique proposant un nouveau modèle de développement refusant l’obsolescence programmée, favorisant l’éco-conception, l’économie circulaire, les circuits courts…

Ceci passe par une solidarité dans notre voix vers le monde.

 

Ce texte est très mobilisateur. Il est porteur d’espoir pour les socialistes et bien au-delà pour les peuples européens.

Ce texte aura pour vocation à proposer des orientations souvent déjà consensuelles auprès des socialistes européens qui sont proposeront un programme commun et un candidat commun aux prochaines élections européennes de mai 2014.

 

Voilà ce qu’il y a dans ce texte !

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