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Le Club de Mediapart ven. 30 sept. 2016 30/9/2016 Dernière édition

A propos de la position russe sur la Syrie. Réponse à Alain Gresh

Près d'un an après le début de la révolution syrienne, certains représentants de la gauche anti-impérialiste continuent de s'inquiéter d'une possible intervention militaire occidentale visant à renverser le régime de Bachar el-Assad. Récemment encore, Alain Gresh jugeait une telle éventualité très sérieuse, "tant les déclarations françaises et autres laissent entrevoir une action armée sous prétexte de protéger les populations".

Près d'un an après le début de la révolution syrienne, certains représentants de la gauche anti-impérialiste continuent de s'inquiéter d'une possible intervention militaire occidentale visant à renverser le régime de Bachar el-Assad. Récemment encore, Alain Gresh jugeait une telle éventualité très sérieuse, "tant les déclarations françaises et autres laissent entrevoir une action armée sous prétexte de protéger les populations". En revanche, Gresh perçoit la diplomatie russe sous un jour nettement plus favorable : en s'opposant à la condamnation du régime syrien au Conseil de Sécurité de l'ONU en dépit du bombardement meurtrier de Homs, Moscou chercherait simplement à éviter l'intervention militaire tant redoutée. Qui plus est, loin d'avoir donné le feu vert au bombardement de la ville rebelle, les Russes auraient exercé une influence modératrice sur le régime syrien en le dissuadant d'utiliser l'aviation. 

La grille de lecture proposée par Gresh est problématique à deux égards au moins : premièrement, tous les signaux montrent que les occidentaux n'ont aucune intention d'intervenir en Syrie ; deuxièmement, puisque les Russes sont conscients de cette réalité, leur blocage du Conseil de Sécurité ne vise pas à défendre le principe de non-intervention mais, bien plus prosaïquement, à assurer la survie d'un régime garant de leurs intérêts stratégiques au Proche-Orient.

S'agissant de la position occidentale, la Secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a encore rappelé il y a quelques jours ce qu'a été, invariablement, la position américaine depuis mars 2011: "Nous sommes fortement opposé à une intervention étrangère". Quiconque s'intéresse un tant soit peu aux discussions en cours dans les think tanks de Washington sait que les propos de Clinton reflètent bien la position dominante parmi les décideurs américains (voir par exemple un récent rapport intitulé "Des pressions, pas la guerre"). Quant au secrétaire général de l'OTAN Anders Fogh Rasmussen, il a déclaré à plusieurs reprises qu'il était hors de question pour l'Alliance d'intervenir en Syrie.

Au-delà des discours, les Russes ont pu juger sur pièce du caractère très relatif de la détermination américaine : en décembre dernier, alors que des navires de guerre russes accostaient dans le port syrien de Tartous, procédant ainsi à la première intervention militaire étrangère ouverte depuis le début de la crise, le porte-avion américain George H.W. Bush, positionné en Méditerranée orientale, regagnait discrètement sa base de Norfolk.

De même, il faut beaucoup d'imagination pour voir, dans le projet de résolution onusienne rejeté par les Russes, la première étape d'un projet d'intervention militaire. Ledit projet affirme en effet que le Conseil de Sécurité "souligne son intention de résoudre la crise politique en Syrie de manière pacifique" et que "rien dans cette résolution n'autorise des mesures relevant de l'Article 42 de la Charte" (qui prévoit le recours à la force). Rien à voir, donc, avec la résolution votée avant l'intervention en Libye, qui relevait précisément de l'Article 42 puisqu'elle autorisait les Etats membres à prendre "toutes les mesures nécessaires" pour protéger les civils. C'est bien parce qu'au contraire, il n'impliquait pas le recours à la force que le projet de résolution sur la Syrie a reçu le soutien du Brésil, de l'Inde et de l'Afrique du Sud, des Etats tout aussi attachés que la Russie au principe de non-intervention. 

On peut conclure de ce qui précède qu'en bloquant l'action du Conseil de Sécurité sur la Syrie, Moscou ne défend pas quelque principe mais entend assurer la survie d'un régime étroitement associé à ses intérêts stratégiques puisqu'il lui garantit l'accès à la base de Tartous et constitue un client certes désargenté mais néanmoins fidèle de son industrie militaire. 

Ajoutons que la protection accordé par la Russie au régime syrien n'est pas que diplomatique mais aussi militaire, comme l'ont montré le déploiement naval de décembre 2011 ainsi que les déclarations du vice-ministre de la Défense Anatoli Antonov, qui affirmait le mois dernier qu'en dépit du contexte, la Russie continuerait de vendre des armes à la Syrie. Ces propos ayant été tenus le 2 février, soit la veille du début du bombardement de Homs, on se permettra de ne pas partager l'opinion d'Alain Gresh lorsqu'il nie que les Russes aient donné le feu vert à Assad pour lancer l'opération. 

Le but de cet billet n'était pas de diaboliser la diplomatie russe pour idéaliser, par contraste, celle des occidentaux. Il s'agissait plutôt de rappeler, puisque certains semblent l'oublier, que la stratégie de Moscou n'est pas moins cynique que celle des autres grandes puissances. Et surtout qu'en paralysant le Conseil de Sécurité, elle prive la communauté internationale de l'un des rares instruments permettant encore d'envisager une solution politique à la crise.

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Tous les commentaires
  • 03/03/2012 19:17
  • Par Igrek

Quelle drôle de polarisation dans ce débat, comme s'il fallait choisir de deux bandes d'assassins laquelle est la moins pire.

Je suis de tout coeur avec le peuple syrien, où je compte quelques amis, et révolté contre les crimes du régime.

Mais entre le marteau de la dictature et l'enclume des impérialistes, je ne soutiens ni l'un, ni l'autre.

Ce que la prétendue "communauté internationale" peut faire dans cette région, on le sait avec Israel. En Libye, ils ont fait tomber un Kadhafi pour en dresser un nouveau dans chaque pâté de maisons.

Je ne veux pas de ça pour la Syrie. Etre du côté des insurgés ne signifie pas soutenir une intervention impérialiste, quelle qu'en soit la forme.

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L'auteur

Thomas Pierret

Lecturer in Contemporary Islam, University of Edinburgh

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