Armes chimiques en Syrie: à propos de l'"enquête" de Seymour Hersh

L'Express me cite concernant la (médiocre) contre-enquête consacrée par le journaliste américain Seymour Hersh à l'attaque chimique perpétrée à Damas le 21 août dernier. Mettant en doute la version des faits incriminant le régime, Hersh suggère, sans toutefois apporter le moindre élément de preuve, que l'attaque aurait en réalité été perpétrée par les jihadistes de Jabhat al-Nusra.

Voici l'extrait de l'article de l'Express me concernant (voir l'article intégral ici) :

Ainsi, selon Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie, Seymour Hersh s'est contenté d'allégations peu étayées, ignorant les preuves qui contredisaient sa version des faits: l'analyse qu'il fait du rapport de l'ONU est très superficielle et il ne mentionne même pas l'enquête très documentée de Human rights Watch, ni les analyses détaillées fournies par Elliot Higgins sur le blog qu'il publie sous le nom de Brown Moses.

On notera que Hersh applique scrupuleusement les canons argumentatifs de la littérature révisionniste en matière de crimes de masse :

- Discréditer la version dominante des faits en grossissant démesurément ses points faibles, même si aucun d'entre eux ne démontre le caractère erroné de cette version dominante.

- Minimiser ou ignorer l'essentiel des information étayant la version dominante des faits (j'y fais référence dans l'article de L'Express; voir à ce propos la réponse solidement documentée de Brown Moses dans Foreign Policy).

- Camoufler, sous un foisonnement d'informations sans rapport direct avec la thèse révisionniste, le fait qu'absolument rien ne vient étayer cette dernière : se basant sur une poignée de sources douteuses et de "rapports" dont l'existence même est controversée, Hersh évoque un mystérieux membre de Jabhat al-Nusra qui aurait travaillé pour le programme chimique du gouvernement irakien, mais échoue à offrir ne serait-ce qu'un indice permettant d'établir un lien entre l'organisation jihadiste et l'attaque du 21 août.

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