Thomas Saint-Cricq
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Billet de blog 22 déc. 2015

Dans les pas des Indignés

Il y a quatre ans et demi, des milliers d'Indignés campaient Puerta del Sol à Madrid. 69 d'entre eux siègent désormais au parlement espagnol et, par le jeu des alliances, restent incontournables pour quiconque souhaitant gouverner. La colère spontanée des Indignés s'est structurée. Durant 4 mois nous avons suivi plusieurs de ces mouvements pour comprendre leur mutation.

Thomas Saint-Cricq
Journaliste à Mediapart

www.espagne-indignee.com

captureecranpodem © Crédits A. Sanial. AO/LF/TSC

Fini l'indignation, place à la négociation. Ce 20 décembre, l'entrée spectaculaire de Podemos au Parlement marque la fin de trente ans de démocratie bipartite, où les formations issues de la transition post-franquiste prenaient tour à tour le pouvoir.

Avec 20,7% des voix récoltées, la formation de Pablo Iglesias n'a pas réalisé le coup de balai qu'elle espérait. Mais l'entrée de 69 députés issus de la société civile, professeurs, avocats ou simples militants associatifs, met le bloc de droite d'un côté, parti socialiste de l'autre, en minorité. Pour gouverner, il faudra désormais sceller d’improbables alliances entre partis de droite (Partido Popular, Ciudadanos) et nationalistes basques du PNV ; bloc de gauche (PSOE, Podemos, IU) et indépendantistes catalans ; ou bien un pacte contre-nature dans une grande coalition à l'allemande réunissant conservateurs du PP et socialistes du PSOE.

Pablo Iglesias et l'état major de Podemos après les résultats le 20 décembre © Amandine Sanial

Une Espagne nouvelle

Le bipartisme à l'espagnole est enterré. Il appartient au passé. L'indignation de masse aussi. Les mouvements de contestations spontanés apparus le 15 mai 2011sur la Puerta del Sol à Madrid (appelé ici le 15-M) avaient essaimés dans tout le pays. Mal-logement, précarité, inégalité entre les sexes, dénonciation de la corruption, ces mouvements rassemblaient toutes les luttes pour mettre fin à un système à bout de souffle. Ces Indignés ont déserté les rues espagnoles depuis plus d'un an. Mis à part quelques sursauts comme le 7N, la marche contre les violences machistes en novembre, les grandes protestations peinaient à rassembler la foule des grands jours comme au lendemain du 15-M.

Les Indignés n'avaient pas abandonné. Ils se structuraient. Pierre par pierre, certaines de ses composantes participent à la construction d'une Espagne nouvelle. Par ici, le 15MpaRato, un groupe d'activistes webs, rencontrés durant la 15-M, s'est mis en tête de traquer la corruption. En silence et derrière leur écran, ces huit activistes ont fondé un Wikileaks ibérique et réuni suffisamment de preuves pour faire inculper Rodrigo Rato, figure historique du PP, ex-président du FMI et ancien numéro deux gouvernement. L'affaire a fait de la lutte contre la corruption un sujet prioritaire aux yeux de l'opinion.

Par là, la Plataforma de Afectados por la Hypotheca (PAH), un collectif catalan pour le droit au logement qui s'est propagé dans toute l'Espagne lors de l'apparition des Indignés. Avec ces 260 antennes, ce collectif d'inspiration libertaire prône des méthodes musclées : occupation de banques, recours au squat de logements vacants, actions coup de poing au Parlement. En coulisse ces deux dernières années, la PAH a fait condamner une poignée de banques, et voter une série de lois renforçant le droit au logement dans plusieurs parlements régionaux. Son ancienne porte-parole, Ada Colau, est désormais maire de Barcelone.

Enfin, en janvier 2014 est apparu Podemos. Fondés par des professeurs de sciences politiques issus du 15-M, le parti revendiquait vouloir « convertir l'indignation en changement politique » dès sa création. Grâce à une série d'alliances avec des personnalités locales issues de la société civile, le mouvement avait déjà conquis les plus grandes villes du pays aux élections municipales de juin 2014. Il rêve de se muer en machine électorale classique, prête demain à gouverner, tout en conciliant l'esprit novateur et égalitaire des Indignés.

Ces mouvements passés du bitume à la table des négociations, de l'action coup de poing à la barre des tribunaux, nous les avons suivis pendant quatre mois. Jeunes journalistes indépendants de 25 à 27 ans, nous avons voulus comprendre comment ces citoyens, parfois à peine plus âgés que nous, pouvaient rénover profondément leur pays et leur démocratie. Comment se structurer quand on vient de la rue ? Comment y parvenir au sein même du système sans trahir ses idéaux initiaux ? Nous avons tenté de répondre à ces questions, modestement, et de manière indépendante à travers une série de reportages, dans les pas de ces Indignés.

Vous pouvez lire nos séries d'articles sur notre site :www.espagne-indignee.com

Amandine SanialAdrien OrtaventLudovic Ferro et Thomas Saint-Cricq

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