Le réchauffement climatique est un paradoxe temporel : court-métrage "le rayon vert"

La réception du dernier rapport du GIEC révèle un paradoxe temporel de plus en plus flagrant : comment peut-on être alerté de la catastrophe future tout en ne changeant rien à notre présent ? Le court-métrage "rayon vert" utilise le thème de SF du voyage temporel pour raconter les relations entre ces deux temporalités, entre l'(in)action et l'(in)certitude.

Lorsque j’étais au lycée, déjà j’entendais parler du réchauffement climatique et de la responsabilité des activités humaines dans ce phénomène, ainsi que des très probables catastrophes qui seraient amenées à se répéter si on ne faisait rien. Déjà on savait. Je me souviens notamment d’un débat en classe d’économie où notre enseignant essayait de nous démontrer circuits logiques à l’appui qu’il fallait faire confiance au marché pour trouver une solution technique.

15 ans plus tard on a rien fait.

Beaucoup de personnes qui militent pour des mesures ambitieuses de réduction des gaz à effet de serre ont été profondément déçus par la très mauvaise réception par les médias mainstream et les décideurs politiques du dernier rapport du GIEC. Ce dernier augmente davantage le signal d’alerte, plus que jamais il faudrait appuyer fort sur la pédale de frein d’un système de production qui s’est emballé. Mais les prises de parole en France et dans le monde continuent majoritairement de faire confiance au marché pour trouver une solution technique.

15 ans plus tard, aura-t-on fait quelque chose ?

Ce qui a changé en quinze ans c’est que le niveau de doute est passé de “très probable” à “certain à 100%.” Juste le principe de précaution adopté mondialement à Rio en 1992 devrait nous suffire pour agir. Plusieurs sommets mondiaux plus tard, plusieurs déclarations du type “notre maison brûle”, et je fais le constat que c’est difficile psychologiquement de tenir autant d’années avec l’annonce de la catastrophe. Difficile pour soi car on a quand même souvent envie de baisser les bras (“à quoi bon ?” ou "foutu pour foutu...”). Difficile aussi pour les autres qu’on essaie de convaincre, car ils ne voient pas dans leur vie quotidienne le danger, au contraire d’un “sentiment d’insécurité” mis en scène par les médias contre les statistiques qui font état d’une baisse continue des crimes violents.

C’est l’histoire de la grenouille qui ne sent pas que l’eau se réchauffe jusqu’à bouillir, car le changement est trop progressif. C’est aussi l’histoire de nos histoires, le constat que notre esprit adore tellement la narration qu’il peut nous éviter de nous confronter le réel si on nous raconte une histoire suffisamment crédible. Pour comprendre la société il faut analyser les images et les histoires qui la traversent, mais pour la changer il faut en fabriquer de nouvelles.

Image du film "le rayon vert" © Thomas Coispel Image du film "le rayon vert" © Thomas Coispel
"le rayon vert"

“le rayon vert” raconte en accéléré ce changement progressif, mais aussi met en image certains paradoxes qu’on a du mal à mettre en mots. Par exemple, je suis régulièrement frappé qu’on puisse s’émerveiller des couchers de soleil magnifiés par les gaz en suspension lors des pics de pollution. Mais bon, être humain c’est aussi prendre le meilleur dans le pire.

“le rayon vert” raconte par les entrées d’un journal de bord d’un scientifique, l’arrivée de phénomènes atmosphériques d’abord attirants puis de plus en plus inquiétants. C’est justement en cherchant à mieux comprendre ces phénomènes, qu’un espoir est encore possible. A condition de recevoir le message à temps…

Je trouve la recherche scientifique passionnante, je crois en grande partie que c’est une des aventures humaines qui rend notre passage sur Terre spécial. Je crois aussi à notre capacité en tant qu’espèce à trouver des solutions (parfois techniques, parfois sociales, parfois les deux) à des problèmes difficiles, voire apparemment inextricables. Par contre je ne crois pas à la “magie” du marché libéral qui par le seul appât du gain motiverait le changement. Nous ne pourrons pas échapper à un débat démocratique sur notre modèle de production économique si nous voulons sortir de l’impasse dans laquelle nous sommes. Parfois il vaut mieux freiner et faire marche arrière que foncer dans le mur en espérant que quelqu’un bricole un airbag d’ici le choc. Ça s’appelle la décroissance, et on devrait commencer sérieusement à en parler.

Voir le film “le rayon vert” : https://youtu.be/efzhvvDvXdM

Chaîne YouTube : ciné-chamanisme : faire / voir les films autrement

Instagram : @cine.chamanisme

Facebook : @thomas.coispel.realisateur

Twitter : @thomas_coispel

"le rayon vert" © Thomas Coispel "le rayon vert" © Thomas Coispel

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.