Le Sacrifice humain, une pratique qui perdure

article paru dans http://impactmagazine.fr/sacrifice-humain-une-pratique-qui-perdure/

Nous avons tous l’image de ces pauvres diables au sommet des pyramides aztèques se faire arracher le coeur par un prêtre fanatique. Venue du fond des âges, nous pensions raisonnablement que cette pratique y était restée. Mais certaines croyances mortifères ont la peau dure… Le gouvernement tanzanien a officiellement interdit, le 13 février, la sorcellerie sur son territoire. Pas par crainte des mauvais sorts de sorciers mal intentionnés à leur égard, mais pour protéger les albinos, dont le teint lunaire de la peau leur confèrent une visibilité dont ils se passeraient bien. Des croyances ancestrales prêtent aux albinos des attributs divins, faisant d’eux des sortes de demi-dieux aux puissants pouvoirs bénéfiques ou maléfiques et cela pour leur plus grand malheur. Certains adeptes de la sorcellerie procèdent en effet à leur enlèvement pour s’attribuer leur soi-disante propriété magique. Pour ce faire, ils n’hésitent pas à leur «prélever» un membre, un organe ou du sang. Les parties génitales sont aussi particulièrement prisées. Et pour ajouter l’horreur à l’horreur, la « tradition » veut que la victime soit encore vivante durant les mutilations. Elle est ensuite sacrifiée. "Voilà une fortune qui passe  » Si cette phrase est entendue sur leur passage par des nombreux albinos tanzaniens, c’est qu’ils sont aussi victimes d’un commerce macabre : leurs membres ou leurs organes peuvent être vendus 600 dollars pièce, un corps entier atteignant parfois la somme de 75 000 dollars. Plus de 70 victimes dans le pays ont été recensées par l’ONU depuis l’an 2000. L’enlèvement d’une fillette albinos de 4 ans en décembre 2014 a décidé le gouvernement tanzanien à prendre le problème à bras le corps. Appuyé par la communauté internationale, il a lancé une campagne de recensement des albinos, et a fait constituer un corps de police spécialement détaché à leur protection. Malgré ces mesures récentes, le trafic d'organe sévit sur des victimes toujours plus jeunes. La Tanzanie est actuellement confrontée à une résurgence de ce phénomène et elle n’est pas la seule. La Côte d’Ivoire sombre actuellement dans la psychose suite à une série d’enlèvements de vingt-cinq enfants depuis le mois de décembre. Cinq corps atrocement mutilés ont été pour l’instant retrouvés. Les enfants pré-pubères sont aussi considérés par certains féticheurs comme porteurs de pouvoirs magiques S’il n’est pas rare que les faits divers de cet acabit défraient la chronique dans certains pays africains, le phénomène s’amplifie de manière inquiétante durant les périodes électorales. En l'occurrence, la Tanzanie et la Côte d’Ivoire sont en pleine campagne présidentielle. Pour beaucoup, cette coïncidence signifierait que certains politiciens, soucieux de mettre toutes leur chance de leur côté, seraient les commanditaires de ces crimes. Suspicion renforcée par l’incapacité des autorités à endiguer le phénomène. Outre le caractère terrifiant de cette hypothèse, cela ne fait qu’augmenter la défiance des populations à l’égard de leur dirigeant. En conséquence, les gens n’hésitent plus à se faire justice eux-même : en Tanzanie, 700 personnes au moins depuis 2013 ont été exécutées, le plus souvent brûlées vives, par des foules les accusants de sorcellerie. Tandis qu’en Côte d’Ivoire, des sois-disants suspects qui avaient pour seul tort de « rôder » autours d’enfants ont été lynchés sur la place publique. Burkina Faso, Nigeria, Burundi, Gabon… Nombreux sont les pays dans la région concernés par le problème du sacrifice humain dont la pratique se propage. Les albinos du Sénégal par exemple, jusque-là épargnés par ce phénomène, ont y été pour la première fois confrontés en 2012 durant les élections présidentielles. Mohamadou Bamba Diop, président de l’association des albinos du Sénégal, a relevé sept assassinats et dix tentatives d’enlèvements au cours de cette période mouvementée. D’abord confiné à certaines peuplades est-africaines, la pratique du sacrifice humain s’est diffusée sur le continent à la faveur de la mobilité toujours plus forte des populations africaines. Des marabouts de pacotilles et autres manipulateurs «maléfiques» en transhumance ont ainsi vu un moyen de se faire de l’argent facile dans des États en construction, s’acoquinant parfois avec des politiciens ou hommes d’affaires sans scrupules prêts à tout pour conquérir pouvoir et fortune. Asamoah Gyan, star du football ghanéen, a récemment été accusé d’avoir fait sacrifier un de ses proches. Bien que cette dernière anecdote ne soit pas pour l’heure avérée, cela révèle le genre d’individus potentiellement concerné par cette pratique… Au Congo, également touché par ce fléau, le travail en commun entrepris par des associations locales, des ONG et le gouvernement a fait ses preuves. Au travers des campagnes de sensibilisation efficaces, les albinos et autres victimes potentielles sont de moins en moins considérés comme de la chair à gris-gris par cette frange de la population versée dans la magie noire.

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