M'sieur François Rollin, c'est trop cher !

Vous l’ignorez peut-être, et dans ce cas je suis désolé de vous tirer de cette heureuse situation, mais Monsieur Rollin, François de son prénom, est un humoriste. Enfin, serait un humoriste. Il a dû l’être autrefois, je me souviens de l’avoir croisé en tant qu’auditeur, il y a plutôt longtemps, c’était sur les antennes de France Inter, et effectivement il faisait à l’époque force démonstrations d’une saine verve caustique, rafraîchissante, et donc pleine d’un humour dont je me rappelle avoir ri.

Je ne me suis jamais beaucoup soucié de la carrière de Monsieur Rollin. Il semble en tout état de cause qu’il ne manque d’occasions de faire valoir d’éventuels talents.

Je l’ai retrouvé, si j’ose dire, sur les ondes de France Culture, et notamment l’année dernière, alors qu’on lui confiait le soin de remplacer quotidiennement, du lundi au vendredi, vers 17h55, une chronique que tenait depuis plusieurs années l’excellent Professeur Albert Jacquard, remercié en raison de sa voix devenue, parait-il, trop faible dans le micro…

Je n’ai gardé de ces interventions de Monsieur Rollin, coincées entre une émission que j’aime bien et une autre que j’aime bien aussi, que le souvenir vague de déblatérations ahuries, godichement ponctuées des glougloutements gallinacés d’une certaine « Simone », sorte de faire valoir probablement destiné à ce qu’on sente grâce à la niaiserie d’une femme l’intelligence et la finesse d’esprit d’un homme. Vu le contexte crétinisant qu’affectèrent régulièrement ces chroniques, je ne vois pas d’autre explication.

Cette année, c'est-à-dire depuis le mois de septembre, Monsieur Rollin tient crachoir, toujours sur France Culture, vers 13h25. Toujours entre un programme que j’aime bien et un autre que j’aime beaucoup, et qu’au passage je vous recommande chaudement : « Les pieds sur terre » de Sonia Kronlund.

Cette année la chronique de Monsieur Rollin, toujours plus ou moins flanqué de sa gourde habituelle, s’appelle « Pain de campagne » : vous l’avez compris il s’agit d’accompagner de l’humour supposé de Monsieur Rollin le feuilleton de la campagne électorale.

Monsieur Rollin pouvait-il faire plus mauvais que l’an dernier ? Oui. Et il le prouve largement, longuement et je dirais même hautement. Je vous passe le détail, je ne suis d’ailleurs pas le premier auditeur à m’interroger sur la dépense inutile et superflue que constitue la rémunération que perçoit le Sieur Rollin pour ces productions insipides, sur une radio nationale.

Un point dans la bêtise a cependant culminé ce mardi 10 avril dernier.

Nous apprenant qu’il emprunte fréquemment le TGV pour certains de ses voyages, Monsieur Rollin nous conte une de ses mésaventures ordinaires, survenue à la voiture bar lors d’un de ses déplacements. Monsieur Rollin commande un café, dont le prix est de 2,50€, et tend pour le payer, à la jeune femme qui le sert, un billet de 50€. Celle-ci, peut-être pas très commercialement, c’est possible, proteste d’avoir à rendre tant de monnaie.

Et voilà notre pauvre Monsieur Rollin, qui pour stigmatiser le comportement de la serveuse se met, dans sa chronique, donc on ne peut plus publiquement, à la traiter de conne à plusieurs reprises : avec cette gourmandise un peu fétide qu’on retrouve souvent chez les supposés humoristes lorsque, trop démunis d’esprit, ils espèrent compenser en disant des gros mots.

Tout fier de finir son histoire en nous précisant qu’une voyageuse, derrière lui dans la file d’attente, lui a finalement, par solidarité sans doute, et qui sait même ayant reconnu le « Grand Homme », offert son café, Monsieur Rollin conclut en fustigeant pêle-mêle tout le personnel des voitures bar de la SNCF, « obtus, débile, discourtois, incompétent », en menaçant de ne voter prochainement que pour un candidat qui ordonnera que la SNCF concède son service de bar-restauration TGV à une société qui sache le gérer.

Ah comme il est aisé, et sûrement jouissif pour un pseudo amuseur de cent vingt cinquième catégorie, bénéficiant pour d’obscures raisons, forcément obscures, d’une tribune médiatique à une heure de grande écoute, de jeter son dévolu chafouin sur une catégorie de personnes qui n’en saura peut-être rien, et n’aura probablement pas la possibilité de se défendre.

Dans un premier temps rectifions deux erreurs commises par ce pauvre Monsieur Rollin.

Premièrement la SNCF délègue, depuis fort longtemps d’ailleurs, son service bar dans les TGV à une société prestataire. Actuellement la société qui exploite ce marché s’appelle Cremonini. Sauf sur le réseau Est où c’est la Société Newrest Wagons Lits qui le détient.

Secondement tout achat, même très modeste, peut, au bar d’un TGV, être réglé par carte bancaire. Pour des raisons évidentes, s’il est opportun que la personne qui tient le bar dans un TGV dispose d’un fond de caisse, elle ne peut pourtant pas s’y assurer du nécessaire à rendre la monnaie à on ne sait combien de voyageurs qui se présenteraient comme Monsieur Rollin avec un billet de 50€ pour payer un café.

Admettons cependant que Monsieur Rollin soit trop occupé à besogner, à une ou deux mains, le rédactionnel superflu des ces chroniques inutiles pour trouver le temps de parfaire son information avant de dire des âneries.

Admettons également que Monsieur Rollin soit trop occupé à montrer de lui-même en payant un café avec une grosse coupure plutôt que de le régler plus simplement avec une carte bancaire, à supposer que Monsieur Rollin soit au fait de l’existence de ce moyen de paiement moderne, fort pratique dans les circonstances dont il est question.  

Il n’en demeure pas moins que je veux ici faire part d’un étonnement qui touche au caractère purement urbain de l’anecdote que Monsieur Rollin a cru devoir nous relater pour justifier son salaire surévalué. Forcément surévalué.

Citoyen ordinaire il m’arrive fréquemment d’avoir à faire avec un ou une préposée à un guichet, un ou une serveuse dans un bar ou un restaurant, dans un train, dans un avion, etc…

Aussi surprenant que cela puisse paraître, surtout pour un quelconque Monsieur Rollin ou autre congénère en quête de fournir à son mépris quotidien une proie facile et rassasiante, je n’ai pratiquement jamais le moindre problème, la moindre difficulté pour échanger avec ces préposées ou ces serveurs. Et soit obtenir ce dont j’ai besoin, dans de bonnes conditions, soit convenir de ce qui est possible et de ce qui ne l’est pas compte tenu d’aléas, de réglementations, d’obligations dont régulièrement le préposé, la serveuse, n’est pas à l’origine et que simplement son rôle consiste à observer ou à appliquer, pour des rémunérations beaucoup moins importantes que celle dont on gratifie sur fonds publics les vacuités oratoires de Monsieur Rollin.

Las, il arrive, c’est vrai, de tomber, comme on dit, sur une préposée ou un serveur dont l’humeur du jour soit franchement peu avenante. En ce qui me concerne, et comme j’ai le goût inné des relations humaines, je ne lui en tiens pas vraiment rigueur, naturellement conscient d’être en présence d’une personne, et non d’une machine, dont les conditions de travail peuvent être difficiles, fatigantes, stressantes, notamment si on fait le compte du nombre de Monsieur Rollin auxquels ces employés peuvent être confrontés en une seule journée.

Pour tout dire, et lorsque l’occasion s’en présente, ce qui n’est finalement pas si rare, et ce sans effort particulier, comme d’une seconde nature, je me plais à agrémenter toute situation de ce type d’une petite pointe d’humour souriant qui soit apte, et ça marche presque à chaque fois, à faire sentir à la personne que j’ai en face de moi, que peu ou prou nous sommes dans le même bateau. Ca détend, et le préposé ou la serveuse, ainsi que moi-même ne nous en trouvons que mieux. J’ajoute même que cela aide parfois efficacement à aboutir à une solution satisfaisante au problème qui se pose.

Juste une petite pointe d’humour.

Matière spirituelle dont Monsieur Rollin, prétendant à la fonction d’en produire, fonction qui plus est grassement salariée, forcément grassement, ne semble pourtant pas disposer, ni en quantité ni en qualité.

Je me doute de ça depuis un bon moment au sujet de Monsieur Rollin : il y a donc bel et bien tromperie … sur la marchandise.

 

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