Repentez-vous !

Ce n’est pas très simple de commencer un blog, dans les temps pré-électoraux où nous sommes : par quel bout prendre les choses ? Dans la situation économique et surtout sociale où nous nous trouvons, avec un sujet, La Crise, devenu au fil de ces dernières années une sorte de monstre démesuré formé de membres ici désarticulés, là tentaculaires, sommé d’un bouquet de têtes hirsutes et menaçantes, d’où aboient, vitupèrent, grincent, les mille voix d’un même chœur pour brailler d’un même concert obsédant et cauchemardesque : « Repentez-vous ! Souffrez ! Expiez ! A genoux ! A genoux ! A genoux on vous dit ! Vilains profiteurs d’un modèle social intenable ! Infâmes profiteurs de providence imméritée ! Détestables jouisseurs de lois protectrices ! Immondes pêcheurs d’hybris démocrate ! »

Oui, j’exagère un peu. Je fantasme. J’ai peur. Oui, j’ai peur. Au fond de moi c’est clair que cette sale sensation qui s’est mise à ramper de plus belle depuis ces derniers mois, ces dernières années, c’est une peur. Pour le moment elle s’exprime comme elle peut. Elle délire sensiblement quelquefois. Et puis parfois elle arrive à se marrer d’elle-même dans certaines circonstances. Il faut dire que ces circonstances ne manquent pas !

Par exemple ce matin, gentil lundi 12 décembre 2011, en écoutant sur France Culture, vers 8h15, (vous pouvez écoutez ou ré-écouter sur le podcast), le gentil Monsieur Brice Couturier. Oh ! Monsieur Brice Couturier n’aboie certes pas. Il ne vitupère pas non plus. Pas davantage qu’il ne grince. Non. Monsieur Brice Couturier distille. C’est sa fonction. Et d’une voix somme toute assez musicale, Monsieur Brice Couturier fait ses gammes. Le contenu de sa chronique quotidienne, (qui ne devrait pas déplaire à Monsieur Philippe Ries – blogueur que j’ai récemment découvert dans la belle demeure électronique où nous sommes en ce moment), cette chronique donc, quelque sujet qu’elle aborde, n’en aborde finalement qu’un seul : le peuple Français sera d’autant plus puni qu’il ne s’auto-flagellera pas suffisamment lui-même, de son propre consentement. Un consentement qui sera libéral ou ne sera pas. Car si Monsieur Brice Couturier distille, ça a une fonction annexe, évidemment : celle de prêcher. Et pas dans le désert soyez-en sûrs ! Monsieur Brice Couturier prêche pour sa chapelle, que dis-je, pour sa cathédrale, son Vatican à lui et à tous celles et tous ceux qui comme lui sont les adeptes inconditionnels de l’idole suprême en promotion permanente : le Marché. L’Alpha et l’Omega de toute société qui se voudrait un avenir. La voix sacrée de tout devenir économique dans nos sociétés. Le modèle indépassable. Le ciel au dessus des cieux.

Certes, certes… Mais pourquoi Monsieur Brice Couturier : il y en a tant d’autres.

Oh juste parce que ce matin-là donc, 12 décembre 2011, Monsieur Brice Couturier nous a assené un psaume sur « le pays qui dégringole », la France, en appuyant sa démonstration à grand renfort de chiffres. Car il est une habitude intangible dans le clergé libéral : on y agite du chiffre comme on manie un encensoir : la fumée a son utilité dans tous les cultes où le mystère doit prendre sa part.

Monsieur Brice Couturier nous a donc appris, ou plutôt a voulu nous apprendre, que le PIB de la France qui occupait 4,1% du PIB mondial en 1980, n’occupe plus trente ans plus tard que 2,9% de ce même PIB mondial. Non ? Si ! Horreur ! Que suppose Monsieur Brice Couturier ? Eh bien c’est clair : la France ne fout plus rien ! Depuis le temps qu’on nous le dit !

Monsieur Brice Couturier n’a-t-il rien oublié dans sa démonstration ? Ne présente-t-il pas les choses avec artifice ? Ce serait étonnant non ?

Non, ce ne serait pas étonnant.

Ajoutons donc juste que dans la même période que cite Monsieur Brice Couturier le PIB mondial a plus que doublé : ce qui rend logique que celui de la France, sans avoir baisser du tout dans les proportions que Monsieur Brice Couturier veut nous faire croire, (notre pays n’a même jamais été aussi riche que ces dernières années), ce qui rend logique donc que celui de la France n’occupe plus la même proportion du PIB mondial.

Je viens de dire « veut nous faire croire » : oui, c’est exactement ça : on veut nous faire croire : c’est l’objectif de tout catéchisme. Nul doute qu’au train où ça va Monsieur Brice Couturier n’aura pas trop à attendre avant d’obtenir un chapeau de cardinal. Ou de point cardinal. Amen.

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