L'amertume... mais l'espoir !

Alors ce ne serait que ça : que ce choix-là ! Celui, d’une pire ou d’une moins pire façon, du maintien d’un système économique qui mène tous les peuples d’Europe et d’ailleurs à la faillite sociale et surtout humaine, ou celui d’une clique haineuse de vieilleries dont les panses transpirent de tous les racismes, de toutes les peurs les plus minables, de tous les rejets les plus vils, de toutes les ignorances les plus puantes.

C’est qu’alors que nous nous imaginions peut-être avoir déjà franchi un horizon indépassable, nous n’avons pour le moment qu’atteint le rivage et qu’il nous reste à traverser encore des immensités. Avec les noblesses et les duretés qu’exige et que nous impose la réalité. Avec les horreurs et les brutalités que ses plus lâches serviteurs ne manqueront jamais  de mettre en travers de notre chemin.

Nous n’avons pas rêvé durant tous ces derniers mois.

Nous étions là. Chaque semaine, chaque jour, plus nombreuses et nombreux.

Chaque fois plus fervents. Non pas comme une masse d’illuminés fanatisés par un seul homme, ainsi que se sont plus à l’insinuer les bataillons dociles d’une certaine journalisterie à base d’actionnariat privé ; et fréquemment privé même de toute décence. Mais bien plutôt comme le nombre intelligent, le nombre divers et uni, le nombre, multiple et énergique qui sait se grouper, se regrouper, pour devenir une force consciente, un projet mûr et généreux, un possible destin, un exemple, un modèle.

Nous laissons de cette campagne qui s’achève, pour toutes et pour tous, y compris pour celles et ceux qui ne nous aurons pas rejoints par crainte, par timidité, par gêne, la démonstration d’une histoire semblable plus souvent à celles dont nous avions entendu parler qu’à d’aucune que nous ayons eu la chance de vivre nous-même.

Ca ne s’oubliera pas. Ca ne doit pas s’oublier. Et pour mieux faire encore il faut que cela continue.

Nul n’a jamais raison définitivement. Le temps est toujours trop long pour ça. Mais ce dont nous ne devons pas cesser d’être absolument convaincus c’est qu’actuellement, c’est nous qui avons le plus raison, et de loin, depuis déjà longtemps, et pour très longtemps encore.

En ce début de siècle, nous sortons toutes et tous, y compris par deux ou trois générations interposées, des ombres abominables qui ont hanté et dévasté le siècle précédent. Des ombres qui resurgissent ici et là à travers le monde. Continuant à fabriquer des morts par milliers, de la misère à perte de vue, du ressentiment le plus noir, et toujours de la peur, encore plus de peur, et de la souffrance, toujours plus de souffrance.  

Certains on appris les leçons de l’Histoire : difficilement, douloureusement. Et ça a demandé beaucoup de temps. Parce que des faits injustifiables, des conséquences inacceptables couvraient un rêve, une espérance, une haute idée de l’être humain, qui n’auraient jamais dû être confiés aux épouvantables personnages qui s’en sont servi pour écraser des peuples. Les mutiler. Les affamer. Les torturer. Les éliminer.

Heureusement il y a aussi en héritage de ce rêve, de cette espérance, de cette haute idée de l’être humain, les grands noms et les grandes voix qui ont traversé les époques avec un message d’humanité authentique qui nous est parvenu, intact et plus juste que jamais, et dont le suc nourrit toutes celles et tous ceux qui le défendront sans restriction, becs et ongles.

Les leçons de l’Histoire certains les ont apprises de travers : et ils se comportent comme si on pouvait composer avec les dominants brutaux et inflexibles qui figurent aujourd’hui ceux qu’autrefois déjà ils n’avaient pas su combattre. S’accommoder avec eux sous prétexte qu’ils reviennent dans des habits tous neufs, avec du style dans l’arrogance et de jolis formats verbeux, des références philosophiques passées aux calibreurs de chiffres, et des élans universels pour repeindre la marchandisation de tout, de tous, de toutes, sans foi ni loi.

Et certains n’ont appris de l’Histoire que pour en déduire comment faire afin que la bête immonde puisse ressortir de leur ventre qui toujours la couve, et cette fois-ci vaincre définitivement.

Je nous compte parmi les premiers de celles et ceux que je viens d’énumérer.

Nous avons appris.

Quelque distance à laquelle chacune et chacun puisse se sentir, se tenir, du rêve dont je parle, de cette espérance. De cette haute idée de l’être humain qui, elle, a toujours survécu. Ainsi que de ce dont elle fut l’alibi.

Et je n’oublie pas que dans ces temps d’ombres que j’évoque, les dominants brutaux et inflexibles ont toujours aussi bien su séduire ceux qui apprennent de travers les leçons de l’Histoire que ceux qui couvent la bête immonde.

Il est commun de prétendre, surtout dans certains cénacles aux mœurs désabusés, que le pessimisme serait une attitude lucide et traduirait un juste sentiment que l’être humain est fondamentalement mauvais. Selon moi, (selon nous ?), le pessimisme est une défaite de la pensée : quand bien même emprunterait-il les modes les plus savants, les plus sophistiqués, pour s’exprimer.

Seul l’optimisme offre l’espace nécessaire à la liberté de penser, bien plus encore que de croire. Seul l’optimiste sait travailler cette paradoxale absence de choix au moment où pourtant il faut débattre sans fin et convaincre sans cesse : nous n’avons d’autre alternative que de progresser. En dépit du pire. A quelque noirceur que se heurtent nos marches et nos cheminements.

Nous sommes là. Vivants.

Nous sommes là. Et nous savons bien qui nous sommes.

Nous n’avons cessé d’apprendre.

Comme nous l’a dit cet homme à qui nous avons confié le soin d’être en première ligne pour porter la parole, la notre, nous nous sommes retrouvés.

Nous n’avons pas encore écrit un livre. Il se peut même que nous n’ayons écrit que le prologue. Ou un premier chapitre. C’est qu’il nous reste beaucoup à faire. Et nous savons, chacune, chacun, comme c’est à la fois exaltant et épuisant.

Nous allons continuer à nous polleniser les uns les autres. Et autour de nous. A semer. A ensemencer.

Parce que oui, notre raison doit l’emporter.

Ne nous perdons plus !

Et ne lâchons rien !

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