Selon une étude, les américains craignent plus leurs dirigeants que les terroristes

Selon l'étude 2016 sur « Les Peurs Américaines », menée par la l'Université Chapman de Californie, les étasuniens craignent davantage leurs propres dirigeant que la maladie, les catastrophes naturelles, les araignées et même les terroristes !

1511 adultes venus des quatre coins des Etats-Unis et de tous milieux sociaux, ont répondu à l'enquête de l'Université Chapman. Interrogé sur ce dont ils avaient le plus peur, parmi une quinzaine de thèmes, leurs réponses apportent une preuve supplémentaire de l’abyssal faussé qui s'est creusé entre les américains et leurs élites dirigeantes.

© Chapman University

L'angoisse de Big Brother

Comme en 2015, leur principale crainte est « la corruption des membres du gouvernement ». Vient, en seconde position, les attaques terroristes et en troisième la peur de manquer d'argent.

Autres réponses étonnantes : la crainte de « restrictions gouvernementales sur les armes à feu » arrive en 5ème position et, en 10ème place : l'Obamacare (assurance santé). Ce mélange des genres, où « la peur de voir de voir ses proches mourir » côtoie des politiques publiques apparaît contestable.

Selon le sociologue Christopher Bader, qui a dirigé l'étude, ces bizarreries s'expliquent par le complotisme qui gagnerait la population américaine. « Les données nous montrent que les principales craintes sont fortement liées au phénomène Big Brother ». Ce qui effraye les américains dans le Obamacare est donc moins la crainte de voir leurs impôts augmenter que de se voir fichés par le système médical. « Les gens ont peur de ce qu'ils ne peuvent pas contrôler », ajoute le professeur Bader.

Paranoïde Amérique

Nouveauté de l'enquête 2016 : un test sur les théories du complot. Résultat : la moitié des Américains interrogés croit que des complots sont derrière l'assassinat de JFK et les attaques du 11 septembre. 40% sont persuadés que la vérité est ailleurs concernant les extra-terrestres et doutent de la réalité du réchauffement climatique. Un tiers doute que Barack Obama soit américain ou que l'alunissage de 1969 ait réellement eu lieu.

« La société américaine est fortement conspirationniste », conclu le docteur Bader. « Nous voyons un fort degré de paranoïa chez les près d'un tiers du panel », précise-t-il.

L'étude dresse ensuite un portrait robot du parano américain : un homme, faiblement diplômé, employé, républicain et catholique non pratiquant. Ceci explique le succès du discours sur « l'élection truquée », ânnoné par Donald Trump depuis plusieurs semaines. Par ailleurs, ce portrait robot coïncide trait pour trait à celui des 13% d'Américains qui croient en l'existence de Big Foot, selon une autre partie de l'enquête dédiée au paranormal.

La peur du musulman

Pour autant, le terrorisme reste une des principales craintes des américains. À la suite des attentats d'Orlando et de San Bernardino, ils sont 60% à craindre qu'une « événement terroriste à grande échelle » ne s'abatte sur le pays.

Après l'attentat de San Bernardino, la Sécurité Intérieure a lancé l'opération « If you see something, say something » qui encourage les gens à signaler les situations et les comportements terroristes. Cette campagne a soulevé une vague de dénonciations de diverses croyances, pensées, idées, associations ou discours, sous prétexte qu'elles pourraient inspirer des actes terroristes. « Plus d'éducation est nécessaire » affirme le docteur en Sciences Sociales Ann Gordon, qui a participé à l'étude.

Depuis deux ans, la communauté musulmane américaine est de plus en plus discriminée.

L'étude montre qu'une grande part de la population américaine se méfie des musulmans et exige qu'ils soient davantage surveillés. Plus d'un Américain sur deux éprouverait un malaise à voir une mosquée se construire dans son quartier. « Pour une nation qui vante les mérites de son engagement à la liberté religieuse, c'est inquiétant », a déclaré le docteur Ed Day, président du département de sociologie de l'Université Chapman.

Les réponses à cette questions dévoilent très clairement l'opposition totale entre les Amériques rurale et urbaine qui se déchirent dans l'actuelle élection présidentielle.

*Toutes les citations sont issues de cette source.

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