Suicide par le travail : Alerte rouge !

Une constant chez toutes les catégories socio professionnelles ; il n’existe aucune statistique fiable comme si ce problème devait être évacué par un silence gêné mais complice de toutes les strates décisionnelles du monde du travail français.

Dans l’Entreprise, la psychanalyste Marie Pezé dans son livre « Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés » témoigne de la cruauté des rapports sociaux, de la dissolution des solidarités traditionnelles dans l’entreprise et de la nocivité de certaines formes de management. Elle y fait état d’une grande violence sociale dont sont victimes nombre de ses patients : des abîmés de l’évaluation individualisée des performances, des fracassés du harcèlement.

Coté fonctionnaires, comment cela se passe t-il ?

France5 avait donné la parole à Alina Paragyios, avocate le 16 mars dernier, pour évoquer le harcèlement moral dans la fonction publique.

Plus de 50% des plaintes pour harcèlement moral proviennent d’ailleurs d’agents de la fonction publique. « Il n’est pas certain qu’il y ait plus de harcèlement moral dans le public que dans le privé. La différence tient au point suivant : s’ils sont confrontés à une telle situation, les salariés du privé peuvent se tourner vers un autre employeur, tandis qu’il est beaucoup plus difficile de changer de poste dans le public. Même en cas de mutation, les dossiers administratifs vous suivent. Lancer une action en justice est alors la seule issue. »

Les suicides dans la Fonction Publique : Briser la loi du silence

Suicides et travail : l'épidémie cachée au ministère de l'Ecologie et de l'Equipement : Retenu par la direction, un document élaboré il y a un an révèle un nombre effarant de gestes suicidaires parmi les agents du ministère. Ce document reconnaît « qu’aucune évaluation à ce jour ne peut informer sur le nombre réel de suicides par an dans cette institution ». Mais il avance des chiffres effarants : chez les agents de l’équipement et de l’environnement, le nombre de tentatives de suicide par an serait de 150 à 250 et le nombre de décès par suicide serait de 15 à 25 ! Le rapport indique que le taux annuel de suicides parmi les agents du ministère serait de 25/100 000, sensiblement supérieur à celui de la population française en général.

Pour les Impôts et les Douanes en juin 2009, le rapport annuel de la médecine de prévention avait provoqué un électrochoc, en répertoriant pour la première fois « 1 872 situations de souffrance (…) et 35 cas de suicides (dont cinq sur le lieu de travail) » en 2008.

A L’Education Nationale, le chiffre est inquiétant : 39 cas par an pour 100 000 enseignants, selon une étude épidémiologique de l’Inserm de 2002. Il s’agirait donc de la profession la plus touchée. Malheureusement, ici on a plus de chiffres après 2002. Ce sujet ne doit pas intéresser notre gouvernement.

Il y a eu 48 suicides chez les Policiers en 2006

La Gendarmerie dénombre en moyenne chaque année, 31 suicides et 58 tentatives, pour une population de près de 105 000 personnels militaires et civils en activité.

En 2009 17 Gardiens de prison se sont suicidés ;

"Les suicides d'agents de l'Etat, ça arrive tous les jours, et les facteurs sont multiples et complexes", souligne M. Pavageau, secrétaire confédéral FO, mais "la nouveauté c'est qu'on constate désormais des suicides sur le lieu de travail ou corrélés par une note ou une lettre laissée (...) mettant en cause les phénomènes de réorganisation".

Pour les personnels hospitaliers c’est l’enfer : On parle de « burn-out » qui est un syndrome d’épuisement professionnel, de dépersonnalisation et de réduction de l’accomplissement personnel qui apparaît chez les individus impliqués professionnellement auprès d’autrui. Les causes en sont multiples (surcharge de travail, relation avec le patient, la sécu…) Il faut savoir que le taux de suicides chez les médecins est de 69 sur 492 décès en 5 ans, soit 14%, ce qui est inquiétant. Le médecin est une espèce en voie de disparition.

Je n’ai trouvé aucun élément chiffré concernant le suicide dans la Fonction publique Territoriale où pourtant le nombre de plaintes pour harcèlement moral est en croissance constante.

 

Et puis voilà qu’un syndicat se révolte chez France Télécom !

Alors, oui, on n’a pas pu continuer à taire les suicides chez France Télécom et les médias se sont emparés du sujet…pour un temps…pour un temps seulement… Oui vous savez, entre la poire et le fromage, entre la BURKA et la Vie Sexuelle Des Bleus.

Oh, tiens, hier les agriculteurs ont manifesté ! Propos recueillis dans le Figaro :

« Ne supportant plus la pression des fournisseurs ou celle de leur banquier, les paysans, pour échapper à leur enfer quotidien, commettent parfois l'irréparable. Comme ce producteur de céréales de 55 ans qui s'est donné la mort la semaine dernière en Dordogne. Rien qu'en Basse-Normandie, la MSA (Mutualité sociale agricole) a recensé neuf décès d'agriculteur par suicide sur les trois premiers mois de 2010. Malheureusement le sujet reste tabou et la MSA dit ne pas consolider ces données au niveau national. Seul le Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès, le Cepidc, dépendant de l'Inserm, recense officiellement les statistiques dans ce domaine mais avec plus de trois ans de décalage et seulement dans la tranche d'âge 25-59 ans.

Seule certitude : les agri­culteurs se suicident plus que les autres professions. «Le taux de suicide des agriculteurs exploitants est le plus élevé des catégories socio­professionnelles, à 32 pour 100 000, contre 28 pour 100 000 chez les ouvriers et 8 pour 100 000 pour les professions intellectuelles supérieures», indique un porte-parole du Cepidc. De son côté, l'Apli (Association des producteurs de lait indépendants) avance le chiffre de 800 suicidés en 2009 mais, d'après les recoupements et l'avis des spécialistes, le chiffre d'environ 400 suicidés, soit en moyenne plus d'un par jour, est plus proche de la réalité.»

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/04/26/01016-20100426ARTFIG00654-un-paysan-francais-se-suicide-chaque-jour-.php

Et pourtant, parallèlement à tout çà, une réforme des services de santé au travail est en cours.

Il s’agit de la mort de toute réelle prévention en santé au travail. Il s’agit de « démédicaliser » la seule spécialité dont l’objet est le lien entre la santé et le travail. Il s’agit de prendre prétexte de la pénurie (réversible) de médecins du travail en les remplaçant par des infirmiers alors que ceux-ci ne peuvent pas se substituer aux médecins et qu’ils n’ont pas de statut protégé. I

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