La fin du dernier monde connu - Les jours heureux

Les réflexions essaiment en cette période de confinement et les voies d'un autre monde possible s'esquissent. Emmanuel Macron l'a promis lui-même : « le jour d'après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d'avant ». Ensemble parcourons ces alternatives qui émergent.

Ces derniers jours les nuages s'amoncellent au dessus de nos têtes. © Tim Buisson Ces derniers jours les nuages s'amoncellent au dessus de nos têtes. © Tim Buisson

 Bastien : Troisième chronique de La fin du dernier monde connu avec Tim Buisson pour penser le monde d'après confinement. Bonjour Tim ! Cette semaine tu as décidé d'ouvrir de nouveaux horizons !

Tim : Ces derniers jours, le ciel s'obscurcit. L'orage a grondé au loin sur les contreforts du Vercors dont on n'aperçoit plus les cimes noyées dans le brouillard. Les nuages s'amoncellent au dessus de nos têtes et ne laissent rien augurer de bon. La pluie redouble et entrave l'horizon. Ce monde semble perdre de sa superbe. Aujourd'hui confinés face au virus. Demain il nous faudra affronter de nouvelles catastrophes.

La crise climatique nous guette et la vague sera encore plus puissante à affronter. Et les décideurs ne semblent pas avoir pris la pleine mesure de ce qui nous attend. Geoffroy Roux de Bézieux, le patron du MEDEF, nous enjoint déjà, dans les pages du Figaro, à produire plus. A reconstruire l'économie en sacrifiant des congés payés et en augmentant le temps de travail. Il nous faudra « mettre les bouchées doubles » affirme la secrétaire d’État à l'économie, Agnès Pannier Runacher. Comme des hamsters en cage. Faites tourner la roue.

Bastien : Sombre portrait que tu nous dresses aujourd'hui mais pour toi Tim, les jours heureux sont devant nous !

Tim : Oui, du moins j'ose espérer. En 1944, au sortir de la Seconde guerre mondiale, le Conseil National de la Résistance (CNR) a élaboré un programme magnifiquement nommé « Les jours heureux ».

A l'intérieur : la création de la Sécurité Sociale, le rétablissement du suffrage universel, « l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalitées économiques et financières de la direction de l'économie », ce qu'on appelle des nationalisation. Des mesures sociales avec un ré-ajustement des salaires.

Aujourd'hui, 18 responsables d'organisations lancent un appel : « Plus jamais ça, préparons le jour d'après ». Attac, Greenpeace, Oxfam, Les Amis de la Terre ou encore la CGT souhaitent un futur écologique, féministe et social. La pétition signée par plus de 130 000 personnes vise à lutter contre les inégalités que cette crise a mis en lumière et repenser notre système productif pour protéger la planète et nous même face aux changement climatique.

Bastien : Mais Tim, est-ce que ce n'est pas un programme utopique ?

Tim : « L'utopie ou la mort ». C'est le titre d'un des livres de René Dumont, premier candidat écologiste lors de la présidentielle de 1974. Tiens puisqu'on parle d'utopie, me revient cette phrase de Jean Ferrat qui disait lors d'une interview « L'utopie elle est utopie jusqu'au moment ou elle se réalise ». Allez j'en profite pour terminer cette chronique en vers (et contre tous) sur ces belles paroles du poète ardéchois :

 

« Regardez-le l'enfant qui se dresse et qui dit,

Je ne connaissais pas la beauté des colères,

Je veux faire tomber ce vieux monde tomber en poussière,

L'avenir, l'avenir ne sera pas maudit. »

 

Un jour Futur de Jean Ferrat © Jean Ferrat

 

Tim Buisson.

Animateur : Bastien Enard.

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