La fin du dernier monde connu - Faudrait pas qu'on s'habitue

Les réflexions essaiment en cette période de confinement et les voies d'un autre monde possible s'esquissent. Emmanuel Macron l'a promis lui-même : « le jour d'après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d'avant ». Ensemble parcourons ces alternatives qui émergent.

Dans le Diois (Drôme), les incuries du gouvernement sont depuis longtemps pointées du doigt. © Tim Buisson Dans le Diois (Drôme), les incuries du gouvernement sont depuis longtemps pointées du doigt. © Tim Buisson

 Bastien : Troisième chronique de La fin du dernier monde connu avec Tim Buisson pour penser le monde d'après confinement. Bonjour Tim ! Cette semaine tu crains que nous prenions de mauvaises habitudes avec nos quotidiens bouleversés !

Tim : Faudrait pas qu'on s'habitue à tout ce temps que l'on a (enfin!) pour nous. Pour réfléchir. Pour penser à ces métiers vraiment importants. Pour se demander s'ils sont rémunérés à leur juste valeur. Pour imaginer une économie avec plus de sens et de solidarité comme l'évoquait Thomas Piketty sur France Inter lundi.

Faudrait pas qu'on s'habitue à ce Vercors verdoyant et au soleil sur l'Ardèche se couchant. A voir nos doux jardins sous les cieux du printemps fleurir. Et le vent caresser nos cheveux sans coup férir. A la campagne comme en ville, voir nos potagers se remplir. A repenser aux grands espaces qui nous attirent. A ces visages au doux sourires.

Faudrait pas qu'on s'habitue à ces jeunes de la cité des Indes à Sartrouville qui apportent paniers repas et produits d'hygiène au personnel soignant. Loin des clichés des ados de banlieue qui ne respecteraient pas le confinement. Dans Politis, on apprend que ce collectif de citoyens existe depuis août 2019 et aidait déjà SDF et migrants au gré des maraudes. On ne s'étonne pas alors que les soignants les applaudissent et les remercient lorsqu'ils viennent les voir. « Vous êtes des héros pour les héros » lâche un internaute sur leur page Facebook.

Faudrait pas qu'on s'habitue à cette conscience collective du danger. A cette capacité, malgré quelques errements à la marge, de faire face. De s'organiser tous ensemble face aux défis. Notamment le défi climatique qui pourrait venir percuter nos quotidiens. A ces petites attentions et cette inquiétude pour nos proches et nos amis.

Faudrait pas qu'on s'habitue, comme le craint le centre patronal Suisse, à la situation actuelle, voire de se laisser séduire par ses apparences insidieuses : beaucoup moins de circulation sur les routes, un ciel déserté par le trafic aérien, moins de bruit et d'agitation, le retour à une vie simple et à un commerce local, à la fin de la société de consommation.

 

Faudrait surtout pas qu'on s'habitue …

Tim Buisson.

Animateur : Bastien Enard.

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