Médias participatifs et relations communautaires

Dans mon billet parlant de l'animation des espaces de commentaires, je vous faisais part de ma volonté de discuter avec vous de textes relatifs au participatif dans les médias. L'idée est de débattre ensemble des recherches universitaires ou des approches de professionnels afin de mieux appréhender votre vision et vos attentes concernant la place des abonnés au sein de Mediapart.

Ce texte a été écrit par Marielle Metge, maitre de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication à l’université du Sud Toulon-Var. Il fait partie du livre « Entre communautés et mobilité : une approche interdisciplinaire des médias », paru entre 2010 aux Presses des Mines et dirigé par Serge Agostinelli, Dominique Augey et Frédéric Laurie. Vous pouvez retrouver le texte complet de Marielle Metge ici. C'est un texte assez généraliste que vous pourrez retrouver ici.

Metge explique que produire, diffuser et / ou consommer l’information dans le même temps est devenu chose courante depuis l’avènement du web 2.0. L’intérêt de ces espaces participatifs est que l’information y est très rapide et souvent alternative. Outre la publication d’articles, les individus peuvent y réagir pour dire qu’ils sont d’accord ou non, et peuvent ainsi débattre, sans forcément avoir de qualification particulière ni de prérequis dans le domaine rédactionnel et journalistique ou le sujet traité.

Elle a mené une étude empirique sur 70 étudiants d’une formation multimédia, pour essayer de définir un nouveau type de relation, qui semble démanteler la relation émetteur-récepteur, là ou le lecteur est aussi rédacteur. L’usage du média participatif modifie en profondeur les relations de groupes humains car il bouscule complètement les relations hiérarchiques et les relations de pouvoir au sein de nos sociétés. Elle nous autorise aussi une approche de l’information « non-journalistique ».  Metge estime aussi qu’il faut comprendre les opportunités pour les médias « traditionnels » d’appuyer et de s’appuyer sur ce nouveau système d’échanges.

D'une façon plus générale, elle s'interroge sur le fonctionnement des différents types de médias participatifs.

 

Les médias aujourd’hui

   Elle montre qu’il est devenu souhaitable de privilégier les processus interactifs et participatifs plutôt que la production et la diffusion brutes d’information, isolés des processus communautaires. De nouveaux dispositifs apparaissent donc aujourd’hui : médias participatifs, journalisme citoyen, audience active, médias alternatifs. Les médias participatifs sont des espaces informatisés en ligne regroupant sous un même nom de domaine des textes édités de façon continue et interactive. Ce ne sont plus uniquement des journalistes et rédacteurs professionnels qui écrivent des articles, mais toutes les personnes qui le souhaitent. Mais elle estime qu’il s’agit souvent d’un vecteur d’opinion plus que d’un vecteur d’information. Cependant, plus proches des internautes, ils créent un lien direct et interactif entre rédacteurs et lecteurs. On peut distinguer plusieurs grands types de médias participatifs : les médias autoproduits et autogérés et les médias autorégulés.

 

Les médias autoproduits et autogérés

   Ce type de site compte uniquement sur l’investissement bénévole de citoyens pour l’alimenter en contenu et créer une dynamique communautaire : il repose sur l’autoproduction et l’autorégulation. Chaque individu est à la fois consommateur et producteur du média. L’autorégulation est essentiellement pratiquée par des catégories de super-utilisateurs dont le pouvoir et le degré d’implication dépassent amplement ceux des simples participants. L’idée essentielle est de se baser sur des citoyens et non des professionnels.

 

Les médias autorégulés

   Une équipe rédactionnelle clairement définie publie du contenu. Il s’agit de journalistes professionnels. La participation se fait au niveau des commentaires. Il s’agit alors plus de conversation-débat sur le sujet d’actualité de l’article. Le contenu résulte d’une enquête journalistique réalisée dans les règles de l’art, et ouvre la voie à un débat entre citoyens et journalistes. Même si la qualité et la démarche quasi-professionnelle des internautes sur certains médias citoyens sont avérées, la question reste posée quant aux frontières permettant d’accéder au statut de journaliste. Tout le monde a la possibilité d’être un « capteur de l’information » : le rôle de lecteur s’est amplifié et son statut a changé, de passif, il est devenu actif. Le journaliste professionnel garde toutefois toute sa crédibilité car les exigences de sa profession l’amènent à suivre une démarche de recherche, d’investigation, de veille, de tri et de sélection, et donc de contextualiser son propos.

 

Etude empirique de l’utilisation d’un média participatif

   Pour tester ces dispositifs, Metge et son équipe ont mis en place une étude empirique avec des étudiants de formation multimédia, dans le cadre de la production et de la diffusion d’un article sur un média participatif de leur choix. Ils ont été interrogés sur la démarche d’édition, sur les représentations de ce nouveau dispositif, l’esprit communautaire et sa dynamique, les aspects déontologiques de l’information diffusée et enfin la différence avec l’information diffusée par les médias traditionnels. Le choix du média n’a pas été imposé et plus de 70% d’entre eux ont privilégié le commentaire d’un article plutôt que la création directe. Le constat que fait Metge est que, sur un plan personnel, ces individus prennent leur contribution à l’article comme l’aboutissement d’une réflexion, leur permettant de se rendre visible, de se représenter via le web : « Cela m’a permis d’exprimer mon opinion et de la confronter à celle des autres ». L’inconvénient majeur de ces dispositifs est la véracité de l’information et donc sa crédibilité. Ce dispositif apparaît comme un outil majeur de promotion de l’esprit communautaire, puisque la participation implique l’individu non seulement au titre de ses opinions, mais aussi au sens de membre de cette communauté partageant l’information.

 

Médias participatifs : quelle(s) relation(s) ?

    Cette étude permet de définir un nouveau type de relation, qui semble démanteler la relation émetteur-récepteur. L’usage du média participatif modifie en profondeur les relations de pouvoir et renforcent les médias dans leur rôle de médiation et de transformation des relations entre les producteurs (énonciateurs) et les consommateurs (usagers) de l’information. Ce qui importe, ce n’est plus le contenu du message lui-même, mais le moyen ou le canal par lequel il est transmis : le medium. Cette démarche participative procède de deux dimensions qui transforment les relations :

·      La connexion avec ses audiences pour cultiver une relation de proximité. L’objectif est ici de partager le temps et l’espace, les intérêts et les inquiétudes d’une même communauté.

·      La participation, ou le but n’est plus simplement de dialoguer avec les lecteurs, mais pour laquelle les médias doivent construire des contextes d’action familiers pour le public qui peut s’identifier et créer un réseau communautaire en toute confiance.

Si avant nous parlions d’un public qui recevait l’information d’une façon passive, aujourd’hui on peut parler d’une audience interactive. Le but est de créer un espace commun à travers l’information qui favorise le niveau de socialisation. Ici le social se trouve relié à l’activité. L’individu ne peut s’approprier les situations et les informations que s’il est actif. L’action est indissociable du contexte, de ses circonstances, de la compréhension, de la communication et du savoir mutuel qui implique un partage d’intention et la compréhension d’une action dans ses interactions avec son contexte.

 

De la relation à la compétence de communication

   Force est de constater que ce relationnel mouvant est ouvert et donc constructeur de nouveaux contacts, de changements d’opinions, d’idées nouvelles quelle que soit la manière de les faire émerger. La compétence communicative a semblé un point d’entrée incontournable, tant elle permet d’avoir une vision globale de la situation dans sa complexité. Elle implique d’être en mesure de relier l’information de façon cohérente pour les lecteurs et auditeurs, lien direct avec la compréhension du lecteur et donc aspect incontournable. Les aspects pragmatiques de la compétence communicative ont à voir avec la façon dont le langage est utilisé dans des situations de communication, pour permettre à l’orateur ou à l’auteur d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixé.

·     La compétence fonctionnelle fait référence à la capacité d’accomplir les buts de la communication mise en œuvre.

·    La compétence sociolinguistique est la capacité d’interpréter la signification sociale des différents choix linguistiques et d’utiliser la langue avec la signification sociale appropriée pour la situation de communication.

·   La compétence interactionnelle implique de connaître et d’utiliser les règles non écrites pour la plupart, pour l’interaction dans diverses situations de communication au sein d’une communauté.

·  La compétence culturelle est la capacité à comprendre le comportement du point de vue des membres d’une culture et à se comporter d’une manière qui serait comprise par ces membres dans le sens souhaité.

La compétence de communication correspond à « ce dont un locuteur a besoin de savoir pour communiquer de manière effective dans des contextes culturellement significatifs ». Elle renvoie à « une capacité performative ». L’idée centrale est l’adéquation des messages verbaux à leur contexte, ou leur acceptabilité au sens le plus large. On comprend ici l’importance de la compétence communicative dans les communautés, qui ne peut s’acquérir que par l’expérience sociale.

 

Comment Mediapart, journal fondé sur l'idée de participation des abonnés, pourrait-il au mieux impliquer ces derniers à son activité ?

Quelles devraient-être, au sein de Mediapart, les relations entre les journalistes et les abonnés ?

Comment inciter la communauté des journalistes et la communauté des abonnés à plus intéragir ?

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