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Billet de blog 30 oct. 2022

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Les enjeux de l’élection brésilienne dépassent les frontières du pays

Un collectif d'associations alerte sur les enjeux de l’élection au Brésil, et le danger que représente une réélection de Jair Bolsonaro.

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Illustration 1
© André Coelho/EFE

Voici la reproduction de la tribune publiée dans le journal La Croix le 27 octobre dernier.

Au terme d’une campagne électorale caractérisée par une forte polarisation et la recrudescence de la violence politique, l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva a réussi à rassembler 48,4 % des voix. Toutefois, l’actuel président Jair Bolsonaro a créé la surprise en dépassant les 43 % des suffrages exprimés. La vigueur de cette extrême droite violente, antidémocratique, ouvertement sexiste, raciste et xénophobe semble avoir été sous-estimée. La composition du futur Parlement reste un motif de préoccupation majeure.

L’extrême droite confirme son pouvoir de nuisance et son ancrage social. Les trois secteurs qui, depuis 2018, ont activement soutenu le gouvernement Bolsonaro au Parlement (Chambre des députés et Sénat) sortent confortés des élections législatives. Les groupes parlementaires liés au lobby des armes, à l’agrobusiness et au fondamentalisme religieux évangélique se voient par ailleurs renforcés par la présence d’anciens ministres de Bolsonaro qui ont activement participé à « l’écocide » institutionnalisé de ces quatre dernières années.

Leur élection acquiert un caractère symbolique, au vu du bilan meurtrier de Bolsonaro en matière de droits humains (et de droits des peuples autochtones en particulier), d’environnement et de santé publique. Paradoxalement, les causes soutenues par la société civile brésilienne se trouveront aussi davantage représentées au Parlement, bien que ce soit de manière très minoritaire. La représentation des femmes s’est accrue (tout en restant encore loin de la parité).

Des mouvements sociaux comme le MST (Mouvement des travailleurs sans terre), l’APIB (Articulation des peuples indigènes du Brésil) ou la Coalition noire ont réussi à faire élire plusieurs représentants proches de leurs causes. Ainsi, la réforme agraire, la défense des peuples autochtones, les droits de femmes, des personnes LGBTQI+, l’environnement et l’agroécologie seront en débat au Congrès national. La capacité d’articuler leur présence au Parlement avec les luttes sociales de terrain permettra l’émergence de politiques sociales sensibles aux besoins de la population.

Un bilan accablant, marqué par une augmentation vertigineuse des violences, le retour de la faim et une déforestation record.

Dans son dernier baromètre d’alerte sur la situation des droits humains au Brésil 2019-2022, la Coalition Solidarité Brésil attirait l’attention sur le bilan de quatre ans d’incitation à la violence ciblant particulièrement les femmes, les populations autochtones et noires et les personnes LGBTQI+.

Le retour de la faim, l’aggravation des inégalités sociales et la destruction de l’environnement y sont aussi analysés sous le prisme du démantèlement des institutions publiques promu par le gouvernement Bolsonaro. De nos jours, plus de 33 millions de Brésiliens souffrent de la faim, soit plus que les populations du Portugal et de la Roumanie réunies.

Avec la complicité du pouvoir législatif, le gouvernement climatosceptique de Bolsonaro a par ailleurs accéléré la destruction de l’environnement : entre 2019 et 2021, l’équivalent de la surface de la Belgique a ainsi été rasée en Amazonie. La culture et l’éducation ont été durablement attaquées, subissant une asphyxie budgétaire qui a eu pour principale conséquence de paralyser la création et d’entraver le bon fonctionnement des établissements scolaires et universitaires, ainsi que des institutions de recherche.

La France, solidaire de celles et de ceux qui se battent au Brésil

Les enjeux des élections brésiliennes dépassent les frontières du pays. Notre attachement aux valeurs démocratiques et notre sens des responsabilités planétaires face aux changements climatiques, nous invitent à rester aux côtés de celles et ceux qui résistent au Brésil à la destruction des droits et de l’environnement. Partout où l’extrême droite est au pouvoir, les mouvements féministes, LGBTQI+ et écologistes, les personnes migrantes ainsi que les minorités se retrouvent davantage stigmatisées et voient leurs droits reculer. L’exemple des démocraties confisquées par des gouvernements ultraconservateurs, comme en Hongrie, nous rappelle que le recul des libertés s’accentue avec un deuxième mandat. La réélection de Bolsonaro signifierait l’aggravation des politiques écocides qui nous menacent tous.

Nous, organisations de la société civile française, demandons aux responsables politiques de notre pays de rester vigilants lors du deuxième tour des élections brésiliennes et des semaines et mois qui suivront. Nous vous demandons de rester, comme nous, solidaires de celles et ceux qui se battent au quotidien pour le respect des droits humains, de l’environnement et de la démocratie au Brésil !


Associations signataires :

Khaled Gaiji, Les amis de la Terre-France ; Alice Picard, Attac ; Erika Campelo, Autres Brésils ; Marcia Camargos, Alerte France Brésil ; Mélanie Toulhoat, Association pour la recherche sur le Brésil en Europe (Arbre) ; Suzete de Paiva Lima Kourliandsky, Almaa ; Sarah Laisse, Amar ; Sylvie Bukhari-de Pontual, CCFD-Terre solidaire ; Celina Whitaker, Cedal ; Gustave Massiah, Cedetim ; Céline Méresse, Crid ; Aurélie Journée, Comité de solidarité avec les Indiens des Amériques (CSIA-Nitassinan) ; Adrien Chaboche, Emmaüs International ; Fabien Cohen, France-Amérique latine ; Nelma Barreto, Femmes de la résistance ; Elie Pucheral, Réseau européen pour la démocratie au Brésil (RED.Br) ; Véronique Devise, Secours catholique-Caritas France

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