Ziba

Ziba a offert de m'héberger pour une nuit à Téhéran. C’est le bout d’un long cheminement à travers …

photo soumise à copyright © Tinus photo soumise à copyright © Tinus

 

Ziba a offert de m'héberger pour une nuit à Téhéran. C’est le bout d’un long cheminement à travers le pays. Dans le bus elle me confie les déchirures de son âme et ses pensées les plus précieuses. On se connaît depuis cinq minutes. Défile un quartier de pentes, de mauvaise voirie, de carrefours animés et de centres commerciaux. Elle vit avec sa mère et son frère. Sur une petite table de l'entrée, il y a le visage d’un homme jeune qui sourit dans un petit cadre ouvragé.
Au soir Ziba m’emmène dans un parc où elle revient toujours. Plutôt un immense terrain vague, qui monte de la ville jusqu'aux confins de la montagne. Le temps tourne à l'orage. Nous croisons les promeneurs qui rentrent par petites groupes et laissent les sentiers vides. Elle parle alors de son père, l'homme de l'entrée. Emporté par la guerre contre l'Irak avant qu’elle eût un an.
Dans mon souvenir il y a aussi les cerfs-volants accrochés au ciel gris foncé. Leur immobilité impressionnante m’avait fait dire : "on est dans une photo". Je ne croyais pas si bien dire.
Cette photo m’apparaît maintenant avec évidence. Je l’avais prise quelques semaines avant cette promenade, loin de Téhéran. On y voit, au milieu du désert, le visage d’un homme. On me dit que ce devait être une zone de combat et que ce soldat est mort par là. Mais sous son nom, là où devrait être écrit "martyr", on lit "père du martyr". Et c'est absurde.
En m’emmenant dans le parc désert méditer sur son père absent, Ziba se transposait dans cette photo qu'elle n'avait jamais vue , et me la désignait.

 

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