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Billet de blog 8 juin 2012

Notes sur un portrait de plain-pied et en mains

Ce qu'il y a de fascinant dans cette photo officielle, c'est l'abondance et la diversité des commentaires qu'elle suscite depuis quelques jours. Sa grande force serait moins …

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© Raymond Depardon

Ce qu'il y a de fascinant dans cette photo officielle, c'est l'abondance et la diversité des commentaires qu'elle suscite depuis quelques jours. Sa grande force serait moins sa projectivité, que sa disponibilité.

Pour moi, il y a d'abord une surprise. Quelque chose de pas sérieux dans la pose. L'impression d'un Playmobil pas très mobile, abandonné sur la moquette du salon et qu'un photographe, forcément géant, aurait ramené à notre vue. Avec ce corps qui s'impose, très présent mais un peu frêle, ce visage rond à l'expression indéfectiblement bonhomme, et, tout autour, la vacuité gazonnée du jardin.


Puis ce sont les mains qui captent mon regard. Elles seules résument tout le suspens de la pose. Prêtes à prendre, en cela pareilles aux jambes que je devine prêtes à partir, le corps déjà un peu porté sur l'avant. Mais bizarrement, ces mains sont vides. Elles me donnent l'impression d'un président plein de volonté mais qui cherche comment s'employer. Malgré, ou à cause des aspects inoffensifs du personnage, les mains ne me disent finalement rien qui vaille. Ici bien plus que le visage, elle sont le pouvoir, le sceptre. Accrochées à cet homme en attente, elles me semblent prêtes à tout.

Je le regarde à nouveau, j'ai l'impression étrange qu'il vient de se retrousser les mains.


Je regarde encore. Le palais est lointain, idéalisé par la surexposition et atténué par le flou. Par opposition, Hollande me semble très proche, présent, rejoignant l'ombre intime du photographe, ou mon espace à moi qui regarde la photo. Rien qu'en tendant le bras il pourrait changer les réglages de l'appareil, ou pourquoi pas traverser l'image et m'étrangler. Plus probablement, comme son léger sourire et son statut encore récent de candidat le suggèrent, il s'attend à ce que je lui tende ma propre main.
Si la pose est ambiguë et porte à l'interprétation, la composition reste simple, redoutablement efficace. Dans un carré parfait se répartissent également une zone supérieure claire et une zone inférieure verte, presque deux aplats, sur lesquels tranche un personnage sombre. Cette image est tellement simple qu'on pourrait aisément décliner une signalétique, un drapeau, un blason. Sept termes suffisent pour improviser une description héraldique : bannière coupée d'argent et de sinople, à un homme en pal de sable.

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