AESH-R : De qui se moque-t-on ?

Réaction sur la fiche de poste absurde et méprisante visant à recruter des Accompagnant-es d' Elèves en Situation de Handicap référents dits AESH-R

Lundi 5 juillet 2021

Monsieur Jean Michel Blanquer, Ministre de l’Education Nationale,

Mesdames et Messieurs les IA DASEN,

Je me permets de vous interpeller au sujet de la fiche de poste AESH – référent (AESH-R) que nous, AESH, avons reçu dans nos boîtes mails le vendredi 25 juin 2021.

Je ne vais pas tergiverser : je suis furieuse à propos de cette nouvelle mission que vous nous proposez de remplir et ce courrier va clairement vous expliquer pourquoi. Bien que je vous invite à venir voir comment nous travaillons sur le terrain, je m’emploie de ce pas à vous faire l’exposé des raisons de ma colère.

Pour commencer et parce que cela aura toute son importance dans la suite de cette lettre, je vais vous expliquer quelles sont les conditions physiques de mon activité d’AESH.

Allons droit au but, je porte sur mon dos toute la journée un sac à dos dans lequel je range une pochette A4 à rabats au sein de laquelle il y a 2 dossiers (un pour chacun des élèves que j’accompagne), deux cahiers petits formats (qui me permettent de prendre des notes pour le suivi de mes élèves). J’y range aussi une trousse sacrément agrémentée dont je vous épargnerai les détails, une gourde, mon agenda, des feuilles A4 grands carreaux perforées, des feuilles blanches en plus de quelques documents généraux administratifs du collège. Il m’est même arrivé de transporter dans ce sac-à-dos, deux petits dictionnaires, mais là je vous avoue avoir vite abandonné tellement le poids en était devenu insupportable.

En plus de ce sac-à-dos, j’ai mon sac à main, que je porte avec moi toute la journée aussi, ainsi qu’un sac contenant mon déjeuner (la cantine me coûterait trop cher), mais ce dernier, j’ai la chance de pouvoir le laisser dans mon petit casier en salle des profs.

De salle en salle, d’heure en heure, tout au long de la journée, je porte ce sac à dos qui me permet d’accompagner du mieux que je le peux mes deux élèves.

Je suis encore assez jeune, pour le moment cela ne me gêne pas de porter mon sac tous les jours, je suis en forme et je considère que ce métier que j’exerce est une chance. Être au contact des élèves et des professeurs (ainsi que de l’ensemble du personnel qui compose un établissement scolaire) me réjouit. Voir les enseignants en plein acte de transmission, être au cœur de la pédagogie, est un moment d’une richesse infinie pour moi. La majeure partie des enseignants font leur travail avec cœur en plus d’être des personnes hautement intelligentes et sensibles. Pouvoir contribuer (aux côtés des enseignants) à faire grandir les esprits des jeunes générations est un honneur, être présente et leur permettre d’accéder à la liberté de penser en étant pleinement conscients du monde dans lequel ils vivent (bien que ce monde que nous leur transmettons ne soit absolument pas celui que j’ai envie de leur transmettre) me semble fondamental. Pour faire court et en terminer avec ce paragraphe, je considère qu’être l’un des membres de l’école publique française est à bien des égards un acte de résistance.

Concernant l’organisation de mon temps de travail, je dois vous dire d’emblée que pour bien faire mon travail, il me faudrait en plus des heures d’accompagnement (30 heures par semaine) avec mes élèves au moins 2 heures par élèves et par semaine d’aide individualisée et au moins 5 heures hebdomadaires de travail seule sans élève afin de concevoir des fiches, fabriquer des outils, élaborer des documents spécifiques, créer des exercices, simplifier quelques contenus pédagogiques ou les modifier (agrandissements de cartes, mises en couleurs de graphiques et de tableaux, dessiner et schématiser quelques notions), toutes ces choses que je n’arrive pas forcément à faire ou qu’il m’est impossible de faire en classe avec mes élèves, car le temps pédagogique n’est pas le temps didactique !

Tout cela va sans dire que pour être efficace et juste sur l’accompagnement de mes élèves, il me faudrait des connaissances précises sur les troubles qui ont été identifiés chez mes élèves (cela sans que je n’ai moi-même à chercher quels sont ces troubles, c’est-à-dire qu’on me donne clairement en début d’année les raisons pour lesquelles tel élève est en besoin d’un AESH et ce que je peux faire pour lui). Connaissances que je pourrais acquérir en formation proposée et organisée par vos soins, par exemple sur les définitions de l’hyperactivité, des Dys en tout genre, des troubles de l’attention, de l’autisme….

Connaissances qui pourraient être couplées de réponses théoriques sur les aménagements à mettre en place pour soulager les élèves mis en difficultés à causes de leurs troubles, et les accompagner du mieux possible vers leur autonomie dont nous sommes garants !

Pour que vous puissiez vous représenter simplement une situation, voici un « récit d’expérience ». L’élève que j’accompagnerai encore l’an prochain en 3ème, je le suis depuis sa 6ème.

Lorsque je suis arrivée au collège à la suite de mon recrutement l’année scolaire avait déjà commencé et je n’avais aucune information sur les troubles de l’élève que j’allais accompagner. Ni même un PAP, il n’en a pas (comme je n’étais pas formée, je ne savais pas qu’il était possible de demander à l’équipe pédagogique de concevoir un PAP, je ne connaissais de toute façon même pas cet acronyme.). Il m’a fallu quelques mois pour comprendre exactement de quoi il avait besoin. Bien entendu, je me suis immédiatement tournée vers ses parents avec lesquels j’ai pu longuement échanger. Mais cela ne me donnait pas pour autant les clés dont j’avais besoin. C’est seulement au milieu de son année de cinquième que j’ai réussi à trouver quelques aménagements qui permettaient à mon élève de progresser. Et je n’ai pas terminé mes recherches…

Passons maintenant à l’étude de votre fiche de poste AESH-R. Cette partie de ma lettre est celle qui va tenter de vous faire comprendre à quel point j’ai la sensation que de vos hauts postes vous êtes absolument ignorants de notre réalité.

Sur la fiche de poste, en haut du tableau à la ligne : « identification du poste », sous ligne : « Place du poste » il est dit : « L’AESH référent (…) exerce (…) sous la responsabilité des pilotes de PIAL en étroite relation avec les coordonnateurs de PIAL et les enseignants référents (pour la scolarisation des élèves handicapés). »

Lorsque vous écrivez cela, vous pensez que l’ERSEH qui, chez nous, est aussi pour le moment le coordonnateur PIAL (on ne sait pas qui est le pilote de PIAL, on ne l’a jamais rencontré) a le temps de nous venir en aide en cas de difficultés, de répondre à nos mails, de nous guider ?

L’ERSEH, avec les familles des élèves à gérer, en plus de la charge du recrutement AESH et du placement des AESH sur les établissements, les RESS à organiser et à tenir, et sans doute d’autres tâches et missions dont je n’ai même pas conscience, l’ERSEH n’a absolument pas le temps d’être là pour coordonner quoi que ce soit sur l’accompagnement des élèves au cas par cas. Vous planez complètement. L’ERSEH, il est juste sous l’eau, il n’a pas un secrétariat et deux assistants, il est tout seul. L’ERSEH il gère la transmission des dossiers des élèves aux chefs d’établissements, il fait le lien avec la MDPH et puis il en peut plus l’ERSEH, mais laissez le tranquille !

Dans les faits, nous, les AESH, nous sommes seuls et vous mettez en place un système qui fait qu’on restera encore plus cantonné dans notre isolement. Entre AESH au sein d’un établissement, on n’a déjà pas le temps de se croiser plus de deux minutes par-ci par-là dans la journée…

Et, je pense que vous le savez, il n’y a pas assez d’AESH pour le nombre d’élèves avec notifications MDPH d’accompagnement ! Certains élèves sont seuls, incapables de prendre le cours ou de le suivre en autonomie. Quand on peut, on les prend sous nos ailes quand on a deux minutes à arracher à nos élèves attribués et cela si cet élève sans AESH attribué est dans la même classe que le nôtre, sinon, c’est impossible.

Dans la partie : « Profil du poste », sous partie : « Missions », il est écrit : « La mission s’exerce en parallèle de l’accompagnement auprès des élèves. »

A lire cette phrase, je comprends qu’en plus des heures d’accompagnement prévu dans son contrat initial, l’AESH-R devra effectuer ces nouvelles missions de référent. Nouvelles missions mentionnés en 6 points précisés juste après dans votre tableau. Puisqu’il est écrit : « Elle peut se décliner ainsi : » juste avant que les 6 points précisant les missions, ne soient explicités, il me semble être en droit de considérer que ce sont de potentielles missions car le verbe que vous utilisez laisse penser d’un point de vu sémantique que la liste des missions n’est pas exhaustive, sinon vous auriez formulé de la manière suivante : « Elle se décline ainsi », bref…

Les 6 points de cette fameuse liste non exhaustive sont les suivants :

  • « accompagner de manière ponctuelle ou suivie les AESH nouvellement nommés 

  • Participer à la formation initiale et continue des AESH en repérant des besoins spécifiques ou en apportant un témoignage d’expérience 

  • Contribuer à l’élaboration, partager et diffuser les outils et les bonnes pratiques professionnelles

  • Soutenir les AESH en difficulté

  • Apporter une aide professionnelle et technique relative aux missions des AESH ; contribuer lorsque nécessaire, à la compréhension de situations »

Lorsque je m’attarde sur le terme « parallèlement », deux questions me viennent immédiatement à l’esprit : à quel moment aurions-nous du temps pour suivre les nouveaux AESH les former, leur transmettre nos outils ? A quel moment pourrions-nous soutenir un collègue AESH ?

Admettons le cas suivant pour que je me fasse bien comprendre : j’ai commencé à 8h25, et j’ai terminé ma matinée après 4 heures de cours à 12h30. Je suis en devoirs faits avec mon élève de 13h à 14h, il ne me reste donc qu’une demie heure de pause entre 12h30 et 13h puisque je reprends à 13h et que je termine à 17h. Je prends ma voiture en sortant à 12h30 et je fonce dans l’autre collège de la ville pour aller rencontrer un AESH en difficulté, j’arrive et je me gare 10 minutes plus tard, il est donc 12h40, le temps de trouver mon collègue AESH, il est 12h45. « Oh ! Mais il est déjà 12h45, désolée cher collègue, je dois repartir, mon élève va m’attendre ! Désolée, je reviendrai, courage ! »

Conclusion : j’ai juste brûlé du carburant et usé la gomme de mes pneus… Accessoirement, je n’ai pas déjeuné et je n’ai pas non plus pu prendre quelques minutes pour souffler…

Un autre cas de figure est possible me direz-vous : nous devrions peut-être aller à la rencontre des AESH après nos heures de travail auprès de nos élèves ? En effet, si je termine ma journée à 16h00, je devrais pouvoir prendre 1h00 à 1h30 supplémentaire ce jour-là pour remplir cette nouvelle mission d’accompagnement des AESH. Et cela à raison de combien d’heures supplémentaires par semaine ?

Ou bien encore, autre cas de figure, puisque l’expression « en parallèle de l’accompagnement » reste très floue pour moi, je peux me dire : « Ah tiens, là, comme mon élève n’aura pas cours de Maths entre 10h35 et 11h30, puisque le prof est absent (et au lieu d’en profiter pour le prendre en aide individualisée), je devrais aller conseiller tel AESH qui est actuellement à l’école maternelle de l’autre ville de mon district. »

Ben oui voyons pendant qu’il est en atelier motricité avec son élève de petite section atteint de troubles du spectre autistique, c’est sûr que c’est le bon moment, et même le meilleur.

S’il vous plait, soyons sérieux ! Vous rendez vous compte de ce que vous nous demandez ?

Et puis bon c’est vrai que pour cette merveilleuse « indemnité de fonction particulière annuelle d’un montant de 600 (versée mensuellement) » soit 50 € par mois, je suis prête à faire 2 heures supplémentaire par jour, soit 10h supplémentaire par semaine soit 40h/hebdomadaire au total de travail effectif ! Ça va finalement ce n’est pas si mal payé 5 € de l’heure… Je suis déjà si bien payée avec mon salaire à 1090 € net / mois, je ne vais quand même pas me plaindre…

Ah mais non, mais peut-être que ce n’est pas un vrai salaire en fait… Peut-être que les 50 € par mois ne font que nous dédommager des tickets de bus ou des frais de carburant pour notre véhicule personnel. Je ne sais pas, ce n’est pas précisé sur la fiche de poste, on nous demande d’ « avoir une certaine mobilité sur le district » sans plus de précision quant aux frais de déplacement.

Il me semble légitime de vous mettre devant le fait accompli de la rédaction scandaleuse de cette fiche de poste. Néanmoins, je ne veux pas croire qu’elle témoigne du reflet d’une insolence dont vous feriez preuve à notre égard en créant un poste pareil ! Alors, je parlerai plutôt de mépris, en me disant que le pire est que ce mépris n’est sans doute pas conscient, tant vous (rédacteurs de cette fiche de poste) êtes éloignés de la réalité de notre métier.

A aucun moment sur cette fiche de poste, il n’est précisé que nous serions déchargés d’un certain nombre d’heures d’accompagnement de nos élèves pour effectuer cette nouvelle mission de référent. Vous nous laissez penser que vous considérez que nous sommes corvéables à merci ! Bien entendu, que certains AESH vont postuler parce qu’ils sont fragiles économiquement et que 50 € supplémentaire sur sa paie à la fin du mois c’est énorme pour certains foyers.

En nous demandant de : « contribuer à l’élaboration, partager et diffuser les outils et les bonnes pratiques professionnelles », vous devez sans doute vous imaginer que chaque AESH s’est constitué une banque de fiche outils qu’il peut réutiliser d’année en année avec les différents élèves qu’il accompagne. J’ai le regret de vous annoncer, Mesdames, Messieurs, que le terrain vous fait cruellement et vilainement défaut. Tout ce que je crée pour mes élèves, comme outils, je les donne à mes élèves au moment où ils en ont besoin, dans le feu de l’action, pendant le cours, ou au plus tard quelques jours après lorsque le document que je crée est long à réaliser. Vous devez penser que les AESH ont une salle de travail rien qu’à eux, avec des dossiers bien rangés dans des armoires. Des étagères avec des documents par matières et par niveau de classe que nous pourrions alimenter à notre guise ! Et qui (là ce serait un monde idéal) seraient (ces armoires) déjà fournies en amont par des professionnels, des orthophonistes par exemple, des pédo-psy, des ERSEH, des Ergothérapeutes, des Enseignants d’ULIS, ou même (permettons nous de rêver un peu) par des formateurs spécialisés sur la prise en charge d’élèves en situation de handicap inclus dans les écoles, collèges et lycées.

Ou bien vous pensez peut-être que nous avons du temps en dehors de nos heures de travail pour nous former, tels des autodidactes, et créer tous ces outils. Oui bien sûr ! Au pays des licornes ça se passe peut-être comme ça, mais là c’est la vraie vie en fait, on n’est pas dans Fantasia.

Maintenant, j’aborde un point crucial. A la ligne « contexte administratif », puis sous ligne « pré-requis » il est écrit : « avoir suivi des formations dans le champs de l’école inclusive ».

Là c’est la meilleure des mauvaises plaisanteries de toute la fiche de poste. Si vous aviez voulu être cyniques (je vous pense bienveillants dans le fond), vous n’auriez pas fait mieux. Je suis AESH depuis septembre 2018, je réclame à mon ERSEH plusieurs fois par an d’être formée et la réponse que j’obtiens depuis 3 ans est toujours la même : il n’y a pas de formation à venir. Aucune formation, je dis bien aucune formation ne m’a été proposée.

Ou sont les 60 heures de formation promises sur la fiche de poste AESH sur le site internet de l’éducation nationale ?

De toute façon, même si j’avais suivi des formations je n’aurai pas pu postuler, je ne suis pas éligible puisque je n’ai pas de Contrat à Durée Indéterminée. Mais bien sûr, je m’adresse à vous pour tous les autres AESH et pour tous les élèves fragiles que nous accompagnons !

Depuis que j’ai commencé en tant qu’AESH je fais tout à l’intuition. Je fais forcément des erreurs. De nombreuse fois, j’ai eu la sensation que je ne pouvais pas faire mieux, que j’étais impuissante à accompagner efficacement mes élèves parce que je n’ai pas les outils, je n’ai pas les connaissances pour faire mieux. Je suis bloquée par l’incompréhension de leurs incompréhensions. Leur cerveau et le mien ne fonctionnent pas de la même manière et avec toute l’empathie dont je suis capable à certains moments je suis devant un mur. Il me manque des données pour réfléchir et franchir avec eux les obstacles qu’ils rencontrent. Pour vous donner une image, c’est comme si on me demandait de sauter un obstacle avec un cheval aveugle à qui on aurait coupé les tendons des postérieurs sans m’en avertir. Je serais alors là à m’énerver sur mon cheval, sans pourvoir simplement lui dire : « ok attends, tu ne peux pas sauter là, on contourne par là et tu vas voir on va y arriver autrement ». Non, je m’entêterais et lui ne comprendrait pas pourquoi je ne lâche pas prise. Vous comprenez mon image ? Il est aveugle, il ne peut pas me dire de passer à gauche, et comme ma consigne c’est « saute » mais qu’il ne peut pas sauter, et bien il est bloqué. Et moi avec lui. Bref…

Les AESH sont en grande souffrance, nous sommes livrés à nous-même avec pour mission, l’une des plus complexe, aider et amener vers l’autonomie les élèves les plus fragiles, les plus en difficultés. Vous allez recruter des gens comme moi qui ne sont pas qualifiés pour la mission que vous leur confiez, vous le savez pertinemment, c’est une honte !

J’entends encore l’ERSEH me dire au téléphone quand elle a reçu ma candidature, ce sont des gens comme vous dont on a besoin (comprendre : « avec un niveau doctorat »).

C’est quoi cette histoire ? Et alors pourquoi officiellement le seul niveau de diplôme demandé quand on veut devenir AESH est le niveau IV soit le BAC ? Si l’ERSEH était content de voir ma candidature c’est parce qu’il savait que je ne serai pas formée comme il le fallait, alors il était rassuré que mon niveau d’études soit élevé.

Il me faut ajouter que les AESH ne sont pas nombreux à se sentir inclus dans les équipes pédagogiques, tout comme les AED, nous ne sommes pas nécessairement reconnus par les équipes pédagogiques. Dans le collège ou j’exerce, nous avons la chance d’avoir une équipe ouverte qui ne nous laisse pas de côté, mais je vous assure que ce n’est pas le cas partout. Certains AESH, comme de nombreux surveillants peuvent être considérés par les équipes comme des incapables, non dignes de leur poste, des personnes incompétentes qui ne méritent pas que l’on s’y intéresse. Cela n’engage pas à aller chercher les « personnes ressources » en cas de besoin, et cela ne fait que renforcer le sentiment d’isolement déjà présent pour toutes les autres raisons énoncées plus haut.

Pour les AESH qui se sentent à l’aise, il n’y aucun mal à se tourner vers les personnes ressources au sein des établissements scolaires. Nous discutons sur nos pauses avec les Chefs, les Psychologue EN, les Professeurs, les Infirmiers, les CPE, les Surveillants, les Enseignants d’ULIS et les AESH Co, (s’il y en a), entre AESH aussi. Mais ce n’est pas ça qui va nous faire avancer sur l’expertise qui devrait être attendue de notre fonction. Les enseignants nous aiguillent, mais leur travail c’est d’enseigner à leurs élèves pas de nous former sur le terrain. Et ce n’est pas entre AESH non formés que nous allons nous en sortir. On a besoin de formations, d’experts sur les troubles : de Pédiatres, d’Orthophonistes, d’Ergothérapeutes, de Pédopsychiatres, de Psychologues, d’Educateurs spécialisés, de Neurologues, d’Enseignants spécialisés ou pas, et même d’Art-thérapeutes. Votre devoir est de faire en sorte que l’inclusion des élèves en situation de handicap soit une chance et non un échec programmé.

Je souhaiterai à présent que nous nous penchions sur le délai laissé aux AESH pour envoyer leur candidature. Tout à fait en bas du tableau, il est mentionné : « Envoi d’une lettre de motivation et d’un curriculum vitae par voie électronique exclusivement AVANT le 30 juin 2021 à (…) ». Sachant que nous avons reçu la fiche de poste sur nos boîtes mails le 25 juin 2021, il ne nous restait donc que 4 jours pour vous adresser nos candidatures. Êtes-vous au courant que bon nombre d’entre-nous, étaient convoqués pour accompagner des élèves pour le DNB ou pour surveiller des salles d’examen les 28 et 29 juin ? Vous ne nous avez laissé que 4 jours pour postuler, si je retranche les deux jours de DNB, il ne restait donc que deux jours et ces deux jours étaient ceux de notre week-end. C’est encore une plaisanterie, en cette fin d’année chaotique ou nous sommes tous sur les rotules, vous vous moquez de nous, c’est très clair ! Qu’est-ce que cela vous aurait coûté d’allonger le délai au moins à une semaine ?

Petite digression pour cette fin de lettre, afin que vous puissiez mesurer un peu mieux les conditions dans lesquelles nous travaillons dans les établissements scolaires.

Mesdames, Messieurs, je vous annonce qu’il n’y a pas assez de tables ni de chaises dans les salles ! Parce que vous n’ouvrez pas de classes ! Parce que les effectifs que vous imposez sont trop élevés ! Quand il y a plusieurs élèves d’un même niveau de classe avec notification MDPH d’AESH, il faut nécessairement faire attention à ce qu’ils ne se retrouvent pas dans la même classe, parce que deux élèves accompagnés ça fait deux AESH dans la même salle ! Et bien deux AESH dans la même salle avec un effectif de 29 élèves, d’un point de vue purement logistique, il se peut que ce soit impossible. C’est un vrai casse-tête lors de la constitution des classes, les enseignants s’arrachent les cheveux.

Et puis, il est nécessaire de comprendre que même si cela était possible, en admettant qu’il y ait assez de tables et de chaises dans les salles, pour un enseignant qui donne cours ce n’est pas très agréable d’avoir deux AESH dans sa salle en plus de ses 29 élèves. Deux adultes accompagnants, ce sont deux adultes qui vont chuchoter de temps à autres (certains temps plus que d’autres d’ailleurs…) à l’oreille de leurs élèves. Cela signifie clairement que pour l’enseignant, s’il a à faire avec une classe agitée, la présence de l’AESH peut le gêner d’autant plus. Il se peut que l’AESH se mette à chuchoter au mauvais moment pour que l’enseignant soit excédé, c’est humain.

Si vous voulez inclure des élèves fragiles en grandes difficultés, il va falloir arrêter de réduire le nombre de classe. Va falloir sortir de l’argent, des moyens matériels et humains ! Et des humains formés !

Bien entendu, je ne signerai pas cet écrit par peur de votre pouvoir et des représailles qu’il pourrait entraîner ! Mais je serai attentive aux prochaines propositions que vous ferez. Et je ne cesserai pas d’exercer mon métier avec tout l’engagement qui lui incombe.

Pour finir avec humour, je me suis fait la réflexion suivante, sans doute à la rentrée de septembre 2021, je serais obligée de m’acheter une chaise pliable type trépied de camping pour être sûre de pouvoir m’assoir à côté de mes élèves. Ça ne pèse qu’un kilo, ça ira bien avec mon sac-à-dos et mon sac-à-main, j’ai vu de chouettes couleurs. Allez… Allez… Souriez… Mais réfléchissez…

Cordialement,

Une AESH en colère.

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