Richard Descoings, un gourou ?

La question a été posée par Jade Lindgaard de Mediapart, dans un formidable dossier dont j'ai eu connaissance le week-end dernier. C'est en fait la conclusion de cette série de reportages sur la Planète Sciences-Po.

J'en suis issu et, d'une certaine façon, j'en paye les conséquences jusqu'aujourd'hui. Les gens sont éblouis par ce firmament et cela est universel. Les "insiders" sont d'un légitimisme dont vous n'avez peut-être pas idée...Alors, y a-t'il un culte de la personnalité Richard Descoings ?

L'intéréssé s'en défend et il est d'une habileté extraordinaire, dans un tête à tête, pour vous convaincre que vous êtes dans une relation de pouvoir on ne peut plus classique pour un établissement de cette nature. Mais pourquoi alors ces soirées où l'intéressé se met en scène en transe et l'ensemble de ses disciples communiant avec l'extraordinaire et si charismatique Directeur.

Du temps pas si lointain où j'y étais, le système se mettait en place. C'était au début des années 2000. J'ai coutume de dire que j'en ai vu les prodromes. Histoire de dire qu'avant moi on était encore dans la bonne école de formation des élites, bien endormie, tapie confortablement au coeur du 7ème. Que le déréglement des moeurs est venu plus tard. C'est très probable mais j'expliquerai une autre fois pourquoi. Pourquoi la relation "gourou/disciple" a trouvé sa place dans la très rationnelle école où l'on apprend (justement) l'équilibre des pouvoirs, l'anti-totalitarisme, la nécéssité de "corps intermédiaires" entre le bon peuple et ses représentants....Le problème jusqu'ici était le manque d'intérêt. Vous parliez de Sciences-Po en des termes critiques ? On vous regardait d'un air étonné. Sciences Po était sous-critiquée parce que sous-critiquable (par manque d'informations filtrant de ses murs capitonnées) dans un pays où l'on n'a pas coutume de parler des riches et de la manière dont ils vivent, s'ils vivent dans la discrétion et font scintiller la France. Sciences Po, c'est un peu comme la Tour Eiffel ou Louis-Vuitton: cela fait partie des marques universelles de la France, de l'universalisme résiduel de cette "puissance moyenne". Donc pas touche...

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