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Billet de blog 24 juillet 2018

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Les victimes et les resposables

Un de mes lecteurs sur Facebook juge "curieux" que les victimes de Benalla n'aient pas porté plainte.

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Les victimes et les responsables

On nous explique que la malheureuse police de Gérard Collomb était « dépassée » par les événements du 1er mai. Le ministre lui-même nous explique qu'elle avait du mal à faire face au « contexte » du moment, Notre-Dame-des-Landes, etc. Diable ! Qu'aurait-elle fait en mai 1968, dont c'est le cinquantenaire ? La police étant « dépassée », telle Jane perdue dans la jungle du 1er mai, il fallait donc bien que Tarzan Benalla volât à son secours. Il a secouru la police comme on secourt une vieille dame sans défense attaquée par des voyous. N'écoutant que son courage, Rambo Benalla a mis hors d'état de nuire un couple de manifestants, dont rien ne permet de penser qu'ils étaient de dangereux émeutiers, car il est bien évident que si tel avait été le cas, l'Elysée, le ministère de l'Intérieur, les dépités de LREM n'auraient pas manqué d'en faire état. On note, non seulement que Rambo Benalla a mis le couple hors d'état de nuire, mais qu'il les a « « interpellés », ce dont les pauvres CRS étaient bien incapables, pour les remettre aux policiers, qui ont donc été bien obligés de les auditionner. Or à l'issue de cette audition, le dangereux couple a été aussitôt relâché, sans même une heure de garde à vue, ce qui donne à penser que les policiers, qui sans doute n'ont pas le flair du limier Benalla, n'ont rien trouver de bien répréhensible à leur reprocher.

Mais pourquoi, me demande-t-on sur Facebook, la victime, (ou plutôt les deux victimes, puisqu'il y en a deux, puisque je rappelle qu'il s'agit d'un jeune couple) n'ont-elles pas porté plainte ? N'est-ce pas « curieux ? » Je ne suis pas certain de bien comprendre le sens de ce propos. S'agit-il de suggérer que les victimes ne seraient pas irréprochables, que d'une certaine façon elles auraient mérité ce qui leur arrive, comme quand on nous dit que la victime d'un viol portait un jupe trop courte, et que cela pourrait excuser les agissements du dénommé Benalla et de ses acolytes ? J'ignore, pour ma part, si les victimes ont ou non porté plainte. Si elles ne l'ont pas fait, c'est peut-être parce qu'elles étaient traumatisées par ce qu'elles avaient vécu, on le serait à moins. Ou peut-être ont-elles considéré qu'il serait vain de porter plainte, puisqu'on sait qu'au pays dit des droits de l'homme les plaintes pour violences policières sont rarement suivies d'effets, comme on le voit encore avec l'affaire Adama Traoré, ce pour quoi le pays des droits de l'homme, rappelons-le, est régulièrement rappelé à l'ordre par la Cour européenne du même nom. Force est bien de constater en tout cas que pendant plus de deux mois personne, je dis bien personne, que ce soit place Beauvau ou à l'Elysée, ne s'est préoccupé de les retrouver, ce qui ne devait pas être bien difficile dès lors qu'elles avaient été entendues par la police, et de savoir ce qu'elles avaient à dire. Personne ne venant les chercher, ce sont elles, il faut le souligner, qui ont demandé à être entendues. Elles vont l'être. Attendons au moins, avant de commenter leur comportement, de savoir ce qu'elles ont à dire.

Personne, découvrent un peu tard les têtes pensantes de la « République en marche », n'est au-dessus des lois. Benalla a pu croire qu'il l'était. C'est pourquoi, aujourd'hui, il tombe de haut, et se déclare « abasourdi ». Il a pu croire que le fait d'être « intime » de Manu et Brigitte lui donnait tous les droits. On le lui a laissé croire. Tous ceux qui, étant au courant de ses précédents dérapages, ont fermé les yeux, tous ceux qui lui ont fait croire qu'il pouvait, comme le dit le député Marc Le Fur, « obtenir tout ce qu'il souhaitait », tous ceux qui lui ont laissé croire qu'il pouvait impunément coûter à la République un pognon de dingues (et l'on apprend qu'il était question de faire pour 80 000 € de travaux dans la masure du quai Branly), ce sont ceux-là qui sont les véritables responsables de l'affaire Benalla, C'est sa seule excuse. Elle n'est pas négligeable.

On comprend que Jupiter se terre. Ce n'est plus l'aigle volant de clocher en clocher, le plus jeune chef d'Etat depuis Bonaparte. Ce n'est même plus l'albatros que ses ailes de géant empêchent de marcher. C'est un volatile englué dans une marée noire, cette marée que Mélenchon appelait de ses vœux, mais dont personne ne prévoyait qu'elle prendrait cette forme. Et l'on mesure ici les inconvénients du ni droite ni gauche. Car la droite et la gauche sont requinquées, et ni l'une ni l'autre ne lui fera de cadeau.

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