Le Ministère de l'Intérieur fait les frais de la gestion douteuse de son compte Twitter

 

 

Tout a commencé par cet étrange tweet (mini-message) émis par le compte officiel du Ministère de l’Intérieur (@PlaceBeauvau) sur le réseau social Twitter :

 

Place Beauvau

La mobilisation restera totale la nuit prochaine pour empêcher les voyous sans scrupules de gâcher ce moment de fête & de concorde nationale.


Au vu de la réactivité des internautes sur le réseau, la réaction ne s’est pas faite attendre. Le mini-message s’est vu “retweeté” (relayé) par plus de 150 personnes en 2 heures seulement - étant entendu que chaque personne est à elle seule un mini-média d’une audience de 0 à 5000 lecteurs en moyenne. Un instant de méditation sur ces chiffres permet à peine de se faire une idée du potentiel de “buzz” (propagation virale) d’une telle maladresse officielle sur un réseau social. Le simple fait que cet article puisse être rédigé 2 heures à peine après le début de cette histoire en est un parfait exemple.

Suite du roman-feuilleton avec quelques extraits des réactions des internautes :

@gillesbruno : "Hallucinant tweet de @Place_Beauveau"

Il parle des journalistes de Médiapart ?

J'ai cru que @Place_Beauvau était une parodie. Puis, j'ai vu que c'était un « compte vérifié », et j'ai ri.

@Place_Beauvau (ministerio interior de #fra) = [estaremos de guardia para impedir que matones sin escrúpulos..]

@AlexHervaud : "Soit @Place_Beauvau a été récupéré par @humourdedroite, soit celui qui l'anime a commencé l'apéro un peu trop tôt".


A la va-vite, l’animateur du compte Twitter de Place Beauveau se justifie, s’il ne s’enfonce pas davantage :

@AlexHervaud : Ni l'un, ni l'autre. Les derniers tweets sont tirés d'une communication de Brice Hortefeux disponible sur http://bit.ly/cnt8Z4.


Il jouera même la bravade en conversant avec certains internautes.
L’un d’eux a ainsi remarqué : “Jamais @Place_Beauvau n'a été autant RT” (retweeté). Ce à quoi le média de la Place Beauvau répond :

@ahmedmeguini Nous avons enregistré plus de RT lors des deux soirées d'élections régionales en mars dernier...


Effectivement, la communication était officielle. Et la communication sur Twitter ne permet pas la diffusion de messages de plus de 140 caractères. Mais indépendamment de la valeur de ces mots douteux dans leur source même (la communication de Brice Hortefeux), l’animateur de @PlaceBeauvau semble s’être rendu compte qu’une fois sortis de leur contexte, les “morceaux choisis” les plus marquants ont vite fait de se retourner contre l’envoyeur... Visiblement prélevés à des fins éditoriales par le canal médiatique officiel lui-même, ces “mots chocs” n’ont même plus besoin d’être relayés par ces canards qualifiés récemment de “sites de ragots” par Nadine Morano... Ainsi, à l’image du député Tardy qui s’est illustré en “LiveTweetant” l’audition à huis clos de Raymond Domenech, le “sensationnalisme public” est-il devenu un genre médiatique inédit pour appuyer ce qui semble être devenu le nouveau style au sommet de l’Etat ? Ce qui est certain, c’est qu’avec cette innovation la Place Beauvau n’a plus rien à apprendre des pratiques des journalistes de la nouvelle génération... elle ne fait pas que se mettre en concurrence : elle fait mieux !

 

 

Heurs et malheurs de la com' institutionnelle sur l'Internet.

Le “buzz immédiat” et ses risques : un sensationnalisme public ?

 


Aujourd’hui, c’est férié. Et de toute manière, les “buzzs” du net ne sont répercutés qu’avec un certain décalage dans la presse en ligne ou papier plus classique. Mais il ne fait aucun doute que ces mots donneront du grain médiatique à moudre dans les prochains jours ; ou en tout cas, ils auront eu le mérite de faire réfléchir des milliers de gens sur les enjeux des nouveaux médias et leur réactivité.

L’occasion de réfléchir aussi sur le numéro d’équilibriste joué par les institutions publiques, entre leur volonté d’exploiter les canaux démocratiques et informels du web pour leur communication - et les dangers auxquels cela peut les exposer en termes d’image. Des dangers encore méconnus par la plupart des politiques “lambda” en dépit des aventures de ces derniers temps (que l’on songe au débat sur l’interdiction de Twitter dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale qui fait suite à l’initiative originale du député Tardy !)
Ces dangers ne sont pourtant pas à négliger dans une stratégie de communication par les réseaux sociaux, ce média à la mode réputé pour avoir participé à l’élection de Barack Obama - à tel point que les Américains parlent déjà de TwitGov. D’ordinaire, une telle stratégie de communication est réputée nécessiter l’attention particulière d’un nouveau genre de spécialiste de l’information sociale : le “Médiateur de communication”, ou Community Manager.

Nul doute que les qualités de Community Manager du responsable Twitter de la Place Beauvau risquent d’être quelque peu remises en question dans les jours qui viennent... surtout s’il s’agit, comme c’est souvent le cas, d’un jeune stagiaire - même bardé de diplômes.

 

 

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17 millions d'utilisateurs de Twitter en France...
(source de l'image)

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