La « ville 2.0 », effet de mode ou nouvelle politique émergente ?

  (Revue de Presse)   « Avec la diffusion des objets communicants, naît une nouvelle ville numérique, où il devient difficile de se perdre et de se cacher. »1  Source : http://www.ladepeche.fr/article/2008/10/24/484065-La-ville-numerique-se-dessine.html  L'expression « ville 2.0 » renvoie à deux choses bien distinctes. Tout d'abord, il s'agit d'un programme concret de la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération) qui se propose d'étudier, en partenariat avec les collectivités locales, les champs d'action que les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) peuvent inspirer à l'urbanisme et aux politiques de la ville d'aujourd'hui et de demain.Par extension, cependant, une lecture de la presse nous montre que cette expression tend à être employée comme un concept, qui suggère que l'ensemble des répercussions des NTIC dans le champ de l'urbanisme peut s'envisager comme un modèle cohérent sur tous les niveaux. Il s'agirait dès lors du nouveau paradigme de la ville de demain, qui décrit l'émergence conjointe de trois éléments inédits : de nouveaux comportements urbains, une autre façon de structurer l'espace et un nouveau genre de politique de la ville.

 

 

(Revue de Presse)

 

 

 

« Avec la diffusion des objets communicants, naît une nouvelle ville numérique, où il devient difficile de se perdre et de se cacher. »1

 

source : http://www.ladepeche.fr/article/2008/10/24/484065-La-ville-numerique-se-dessine.html

 

Source : http://www.ladepeche.fr/article/2008/10/24/484065-La-ville-numerique-se-dessine.html

 

 

L'expression « ville 2.0 » renvoie à deux choses bien distinctes. Tout d'abord, il s'agit d'un programme concret de la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération) qui se propose d'étudier, en partenariat avec les collectivités locales, les champs d'action que les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) peuvent inspirer à l'urbanisme et aux politiques de la ville d'aujourd'hui et de demain.

Par extension, cependant, une lecture de la presse nous montre que cette expression tend à être employée comme un concept, qui suggère que l'ensemble des répercussions des NTIC dans le champ de l'urbanisme peut s'envisager comme un modèle cohérent sur tous les niveaux. Il s'agirait dès lors du nouveau paradigme de la ville de demain, qui décrit l'émergence conjointe de trois éléments inédits : de nouveaux comportements urbains, une autre façon de structurer l'espace et un nouveau genre de politique de la ville.

Pour autant, et au-delà de l'enthousiasme que suscitent souvent les immenses possibilités liées aux nouvelles technologies mobiles et à la révolution du numérique, quel recul réel a t-on aujourd'hui sur l'objet d'étude de la FING pour avancer de telles suppositions ? Car il faut situer cette idée dans son contexte : celui d'une pensée prospective, voire spéculative, qui explore des futurs probables à partir de données extrêmement récentes.

En effet, le programme « ville 2.0 » de la FING remonte à décembre 2007, et ce n'est que depuis cette date qu'on commence à trouver cette expression dans la presse pour faire référence au concept qu'elle suggère. Auparavant, on rencontrait déjà l'idée de « ville numérique » pour désigner une conception approchante de la « ville connectée » du futur ; mais cette expression plus ancienne n'avait pas la même richesse de sens, et cela s'explique par un état moins avancé du développement des NTIC, qui suit depuis la naissance d'Internet une courbe exponentielle.

Ainsi depuis plusieurs années déjà, des projets « ville numérique » prennent acte du développement et de la démocratisation progressive de l'Internet, et proposent des moyens de développer l'accès à l'information pour tous afin de lutter contre la « fracture numérique ». Avant même l'apparition de l'idée de « ville 2.0 », c'était déjà l'époque de la diffusion des hot-spots wi-fi gratuits dans les lieux publics, et de l'exigence d'une plus grande transparence des administrations à travers la mise à disposition de services et de documents sur Internet.

Or à l'heure actuelle cette phase n'est pas achevée, mais elle s'est enrichie de nouvelles innovations, permettant de pousser la réflexion plus loin. L'expression de « ville 2.0 » a ainsi pris le relais dans la presse au moment précis, vers la fin 2007, où que se généralisait l'Internet « seconde génération », dit « 2.0 ».

Cette analogie de la « ville 2.0 » avec l'Internet 2.0 mérite que l'on s'y attarde, car elle donne tout son sens à notre concept : en effet, l'Internet 2.0 propose des fonctionnalités d'un nouveau genre qui induisent une approche plus interactive de l'Internet. Cela relève, dans le rapport des citoyens à l'information, d'une philosophie qui est à rapprocher de l'idée de démocratie participative, car dans l'Internet 2.0 les utilisateurs ont un pouvoir d'action démultiplié. Dans une logique inversée, les internautes deviennent ainsi acteurs à part entière du traitement de l'information : ils ne sont plus les réceptacles passifs d'une information venant « d'en haut » mais disposent des outils pour produire et relayer celle-ci d'une manière toujours plus active.

Ces innovations ont fait de l'Internet 2.0 un véritable concept, que l'on retrouve par analogie dans notre idée de « ville 2.0 » : l'idée que ce nouveau rapport des citoyens à l'information pourrait apporter à la « ville numérique » une dimension supplémentaire, des enjeux inédits que l'on ne pouvait que très difficilement deviner il y a encore 2 ou 3 ans.

Pourtant, du fait du caractère récent de ces innovations, peut-on déjà parler de l'émergence d'une nouvelle forme de politique urbaine ? Ne prend-on pas le risque de conceptualiser ce qui n'est peut-être qu'un effet de mode ? Pour répondre à cette question il nous faut nous en tenir aux réalisations concrètes du travail de la FING, tant sur le plan théorique que pratique, en analysant d'une part ce qu'elle peuvent contenir de substantiel (et de potentiellement structurel), et d'autre part ce que notre manque de recul nous interdit de généraliser.

Les articles parus dans la presse à ce sujet apparaissent comme d'inégales ressources pour préciser cette question. L'analyse qu'ils donnent du phénomène oscille en effet entre une énumération enthousiaste d'exemples rapidement interprétés comme autant d'éléments structurants, et un cadrage dans l'utopie, souvent très abstrait et très vaste. Un certain nombre enfin se borne à ne citer que les expériences concrètes et très actuelles du programme « ville 2.0 » et semble refuser de donner un avis sur l'impact réel que l'on pourrait en attendre en matière d'urbanisme.

En définitive, et du fait de ce manque de recul, c'est souvent au lecteur de tirer ses propres conclusions et se faire sa propre idée sur la question, ce qui renforce le caractère spéculatif de ces considérations. Cependant il existe des constantes et des éléments transversaux observables à travers les différents articles de presse qui nous permettent d'apporter à la synthèse un avis général.

De ce point de vue, le premier élément frappant est la réalité concrète des exemples que donnent ces articles sur la manière dont les nouvelles technologies numériques changent nos comportements dans notre environnement urbain. Ces exemples font écho à notre propre expérience ou à ce qu'une connaissance empirique de la situation actuelle nous permet d'admettre. Ainsi, les situations décrites dans le récit utopique d'un des articles1 trouvent déjà un écho dans le quotidien de tout citadin possédant un smartphone et qui conditionnent son comportement vis-à-vis de son environnement : de la prévision météo à l'information en temps réel sur les conditions de circulation, en passant par le calcul d'un trajet alternatif en transports en commun, ou encore par l'information sur les lieux à proximité de l'utilisateur du terminal grâce à la fonction de géolocalisation, le smartphone permet d'ores et déjà d'organiser son emploi du temps en fonction de variables qui n'ont pu être prises en compte que grâce à la dernière technologie, par la mise à profit d'informations qui n'étaient pas à notre portée il y a encore 3 ans. Ces exemples renvoient donc à une réalité concrète et en voie de démocratisation rapide.

On peut ainsi admettre qu'une réelle transformation des comportements urbains semble effectivement en cours, qui aura très certainement un impact significatif sur nos modes de vie. Pour autant, peut-on considérer que ces exemples s'organisent en un ensemble cohérent, susceptible de révolutionner l'organisation de la ville de demain ?

Dans les articles on peut repérer un premier élément structurant pour envisager de manière globale l'incidence du progrès des NTIC sur le champ de l'urbanisme. Il s'agit des questions de mobilités : la mobilité de nos terminaux numériques et de nos connexions à Internet, et l'influence de ce phénomène sur nos propres mobilités en tant qu'individus. Autant d'éléments que la convergence numérique transforme en concentrant toujours plus de fonctionnalités dans nos téléphones portables : achat et échanges de billets sur nos mobiles, informations en direct sur le transit et la météo, guidage GPS automobile et piéton... Bientôt la réalité augmentée nous offrira des informations en temps réel sur notre environnement immédiat à travers nos terminaux numériques. La mobilité est ainsi l'exemple type de cet enjeu transversal entre les nouvelles technologies, l'aménagement du territoire et les politiques territoriales : érigé en paradigme des nouveaux modes de vie urbains, c'est à coup sûr une tendance lourde dans le temps long, qui était à l'œuvre bien avant les dernières innovations de la « ville 2.0 » et devrait continuer de structurer notre rapport à l'espace.

L'étude des nouvelles mobilités est ainsi un angle d'approche intéressant pour appréhender de façon sérieuse l'idée de « ville 2.0 ». Dans cette optique, une ressource intéressante est sans doute à rechercher dans l'analyse de la société en réseaux du sociologue Manuel Castells. A l'aide d'une démarche transdisciplinaire, « reliant l'analyse de l'espace, des mouvements et des acteurs sociaux à une étude du rôle des technologies et de l'information dans la production de la ville et des sociétés contemporaines »2, Manuel Castells montre en effet que les nouvelles mobilités appuyées sur le progrès technologique ont une incidence concrète sur l'organisation des territoires, et doivent inspirer les politiques afin de tirer le meilleur parti de ces transformations.

On peut ainsi situer assez aisément la problématique de la « ville 2.0 » dans ce cadre théorique, et cette analyse de la société en réseaux semble mettre en perspective les différents enjeux que comporte notre concept. Pour autant, quels sont les domaines concrets, dans l'organisation des territoires comme dans l'élaboration des politiques de la ville, où les NTIC exercent des transformations ?

Dans l'hypothèse de Manuel Castells, les NTIC, en tant qu'instrument de la mobilité des citadins, doivent être vues comme l'instrument de la constitution des villes en réseaux métropolitains structurés à l'échelle mondiale. Il faut bien comprendre ici l'importance de l'information, car c'est elle, par le biais des nouvelles technologies, qui structure de plus en plus notre rapport à l'espace – et non les nouvelles technologies en elles-mêmes. Ces technologies doivent être considérées toujours dans l'optique d'un moyen par lequel de nouvelles politiques peuvent être élaborées, dans un rapport différent à l'information, et non comme une fin en soi.

Par cette approche, de nouvelles politiques urbaines peuvent être effectivement envisagées, et un certain nombre de cas concrets ont déjà commencé à structurer l'organisation de la ville dans l'esprit de « ville 2.0 ».

Le principal enjeu étant, comme nous l'avons dit, la mobilité des individus, les premières réalisations de ce type sont à rechercher du côté des transports. En effet, s'il est certain que le numérique est en train de changer notre rapport à la mobilité, c'est d'abord par la manière dont il facilite la gestion des transports urbains et inter-urbains. Ainsi ce sont les innovation dans les NTIC qui ont permis l'apparition de nouveaux modes de transport doux, comme le vélov' à Lyon : la mise à disposition de vélos publics nécessitait en effet la possibilité d'implanter sur le territoire urbain des bornes interactives capables de transmettre une grande quantité d'informations en temps réel.

Dans cet exemple des Vélov' on remarquera que les NTIC ont été à l'origine d'une structuration conséquente de l'espace dans la ville, car cette nouvelle offre de services urbains à engendré de nouveaux besoins : l'apparition des vélos en libre service a engagé les villes à accélérer le partage de la voirie, la sécurité des cyclistes nécessitant la construction d'un grand nombre de pistes cyclables. Enfin, les comportements urbains ont été modifiés par l'apparition de l'option du vélo dans l'offre globale de transports en commun. C'était là l'un des objectifs de cette politique, qui entendait participer à la réduction de la place de la voiture dans la ville en modifiant les comportements des usagers des transports en commun. Si l'efficacité réelle de cette mesure peut être discutée, il n'en reste pas moins que cette innovation liée aux NTIC a donné lieu tout à la fois à une politique urbaine originale, à une modification des comportements urbains et à de nouveaux enjeux dans la structuration de l'espace. Prochainement, les voitures en libre service contribueront à leur tour à modifier la ville sur la base de ces différents éléments, avec encore, à la clé, l'espoir de lutter contre la domination de la voiture en ville.

Cet exemple classique du vélo en libre service est antérieur aux préoccupations de la « ville 2.0 » : il est encore plus largement un élément de la « ville numérique ». Mais il pourra s'intégrer pleinement dans l'idée de « ville 2.0 », dans la mesure où il s'agit d'une innovation technologique dans laquelle la circulation de données est essentielle.

En effet, l'idée de tirer parti d'une circulation toujours plus importante des données (qui est une des préoccupations majeures du programme « ville 2.0 » de la FING) donne aux politiques de la ville numérique une nouvelle dimension structurante. L'enjeu pour la production de nouveaux services urbains n'est plus seulement d'être en mesure de récolter et traiter un grand nombre de données réparties sur le territoire : il s'agit à présent de rendre ces services plus interactifs en permettant le partage de l'information avec les utilisateurs, afin de faciliter certains aspects de la vie en milieu urbain. Dans le cas des Vélov', cette volonté s'incarne dans l'implantation, en des endroits stratégiques, de panneaux d'affichage électronique qui renseignent les utilisateurs sur le nombre de vélos et de places disponibles dans les stations voisines. Une autre innovation est la mise à disposition d'un programme téléchargeable sur les téléphones portables les plus récents, qui permet de trouver les stations les plus proches avec la fonction de géolocalisation et indique, en temps réel également, le nombre de vélos et de places disponibles.

Ces éléments ne sont qu'un exemple de politiques déjà existantes et qui trouvent leur fondement dans le concept de « ville 2.0 ». Dans les articles de la sélection on pourra trouver d'autres exemples tout aussi intéressants. Certains d'entre eux explorent les nouvelles possibilités de participation des citoyens à l'élaboration d'outils collectifs via les NTIC et notamment les nouvelles technologies mobiles. Ainsi une réalisation emblématique de la FING dans le cadre du programme « ville 2.0 » visait à augmenter de manière exponentielle le nombre de capteurs de pollution dans une commune en dotant les citoyens de montres-capteurs. Autre exemple : un programme de téléphone mobile décrit dans l'un des articles permet à ses utilisateurs de trouver tout type d'établissement à proximité, et de lire un compte-rendu des commentaires déposés par les autres utilisateurs qui l'ont testé. Enfin, il a en retour la possibilité de participer à cette base de données, en localisant et en publiant ses impressions sur chaque établissement visité.

L'innovation principale dans ce dernier cas tient dans un nouveau rapport à la cartographie : le numérique permet en effet de la réinventer en permettant à chacun d'intervenir sur des cartes interactives en ligne, qui permet de « prendre le pouls de la ville » en croisant tous types de données instantanées. Selon l'un des articles, on a ainsi à notre disposition les outils d'une « cartographie des émotions populaires » qui peut s'avérer extrêmement intéressante dans le cadre d'une politique de la ville.

La valeur ajoutée de ces différentes initiatives réside dans le fait qu'elles peuvent être initiées et exploitées aussi bien par des acteurs publics que privés. Il est à peu près certain qu'elles commencent tout juste à structurer de nouveaux modes de vie métropolitains qui, en plaçant les citoyens dans un nouveau rapport à leur environnement et à l'espace, pourraient avoir un impact significatif sur la morphologie de la ville de demain et inspirer toutes sortes de politiques urbaines.

Cependant un certain nombre de freins et de limites se posent encore et nous empêche, pour l'heure, d'accorder davantage de crédit à ce modèle.

Avant tout, et même si le numérique se démocratise à grande vitesse, il est évident que nous ne sommes pas égaux devant les NTIC. La « fracture numérique » reste une réalité ; or pour que de nouveaux comportements urbains se développent massivement autour du numérique il est nécessaire, à court terme, de proposer des innovations qui ne vont pas à l'encontre de cette réalité, et à long terme de lutter contre cette « fracture » pour assurer l'égal accès de tous aux contenus interactifs.

Au-delà de cette gageure, et une fois encore en dépit de la démocratisation toujours plus rapide des innovations dans le domaine du numérique, il subsiste également des réticences dans la population vis-à-vis du numérique lui-même. La fracture numérique n'existe pas seulement pour des raisons d'inégalités sociales : elle est aussi l'expression de choix ou de non-choix, qu'il nous faut rechercher dans les comportements des individus et dans leur relation personnelle aux NTIC. Il y a notamment une fracture d'ordre générationnelle qui ne se résout pas par l'accès de tous aux contenus ; et enfin, quelque soit la génération, on trouve de nombreuses réticences d'ordre personnel face aux nouvelles technologies. Dans cette optique, la FING mène un important travail pédagogique de sensibilisation sur les enjeux du numérique, qui s'adresse en priorité aux élus et vise les acteurs de la politique de la ville.

Un dernier type de réticences se base sur des raisons éthiques. Celles-ci s'expliquent principalement par les transformations parfois inquiétantes qu'opèrent les nouvelles technologies dans les rapports entre vie privée et vie publique. Ainsi, comme l'indique un des articles3 : « Avec la diffusion des objets communicants, naît une nouvelle ville numérique, où il devient difficile de se perdre et de se cacher ». Et l'auteur de poser cette question : « Dans cette ville "transparente", y aura-t-il encore un espace pour l'invisibilité, fondamentale pour la démocratie comme l'est l'isoloir ? »

Pour finir, et en dépit de la tendance de certains articles à envisager le programme « ville 2.0 » de la FING comme un vaste concept englobant tous les champs de l'urbanisme du futur, il faut garder à l'esprit que sa pertinence en tant que tel n'est pas évidente dans le cadre d'une montée un peu trop rapide en généralités : en effet, ces nombreux éléments prometteurs que nous avons mentionnés ne sont pour l'instant que des cas isolés. C'est ici que le problème du manque de recul vis-à-vis de cet objet d'études prend tout son sens, car si nous disposons d'ores et déjà d'un bon nombre d'exemples sporadiques d'utilisation du numérique et de l'internet mobile dans le domaine des politiques de la ville – ces exemples abondamment décrits dans les articles – il semble difficile pour l'heure d'en dégager un modèle de développement cohérent et substantiel. Comme le reconnaissent certains articles, à l'heure actuelle la « ville 2.0 » n'a pas d'autre existence que dans les nouveaux comportement urbains qu'elle amorce, ainsi que dans l'imagination qu'elle stimule.

Cependant, on pourra objecter que l'émergence de nouveaux comportements est déjà un premier pas conséquent vers la consolidation d'un nouveau modèle de politique. D'autre part, on ne peut que reconnaître qu'il existe déjà des politiques territoriales prometteuses calquées sur les enjeux des NTIC, et basées sur les idées de la « ville 2.0 ». En cela on peut dire que ce concept, tout comme le programme de la FING, offre aujourd'hui un répertoire de politiques, à défaut de constituer d'ores et déjà un nouveau genre de politique

Ainsi il peut paraître prématuré d'envisager d'ores et déjà une révolution à une ampleur telle que le suggère ce concept. Même si l'idée est prometteuse, la « ville 2.0 » doit encore faire ses preuves en tant que modèle d'organisation du territoire, et cela passe nécessairement par un temps de recul pour mesurer la portée réelle de ces nouvelles technologies.

Au-delà d'éléments structurels indiscutables, il nous faut avant tout être certain que nous ne sommes pas sous l'effet d'une mode passagère. Cette certitude ne pourra s'acquérir qu'après un temps de maturation, qui doit par ailleurs nous permettre de bien distinguer les nouvelles technologies numériques comme un moyen, et de préciser cette idée. D'ici là, il nous faudra nous débarrasser de la tentation de les ériger comme une fin en soi, dans des spéculations enthousiastes sur un modèle de ville et de société hyperconnectée.

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1Marie Lechner, « Liaisons Urbaines ». Libération, 27 mai 2009.

2 Manuel Castells, « The Networked City : Réseaux, espace, société. », EspacesTemps.net, Textuel, 20 janvier 2009

3Marie Lechner, « Liaisons Urbaines ». Libération, 27 mai 2009.

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Présentation des articles de presse


Les articles sont classés en fonction de leur approche du concept de « ville 2.0 » du plus généraliste au plus particulier, et du plus théorique au plus pratique.

Dans cette sélection à vocation synthétique, la qualité a été préférée à la quantité : le caractère récent et émergeant du sujet aurait permis une revue quasiment exhaustive de la presse généraliste ; cependant un certain nombre d'articles au contenu similaire ont été supprimés lorsqu'ils n'apportaient pas d'idée supplémentaire pour la mise en perspective du débat.

 

  • ARTICLE DE REVUE SCIENTIFIQUE

 

Manuel Castells, « The Networked City : Réseaux, espace, société. », EspacesTemps.net, Textuel, 20 janvier 2009

 

Cet article spécialisé présente les enjeux dans lesquels s'inscrit la « ville 2.0 » : à l'« Ere de l'information », l'espace s'organise de plus en plus en fonction d'un réseau global complexe et multiforme, qui trouve ses relais dans des métropoles de plus en plus interconnectées – et de plus en plus déconnectées des frontières des Etats. Dans ce cadre, les nouvelles technologies jouent un rôle croissant dans l'organisation de l'espace urbain : elles structurent la transformation de la ville, dans le sens d'une nouvelle « dynamique spatiale de la société en réseau ».

Manuel Castells, sociologue et co-fondateur de l'Ecole française de sociologie urbaine, adopte généralement une démarche transdisciplinaire, « reliant l'analyse de l'espace, des mouvements et des acteurs sociaux à une étude du rôle des technologies et de l'information dans la production de la ville et des sociétés contemporaines ». Analysant ces espaces en interaction, il donne ici des pistes de réflexion sur les leviers d'action les plus pertinents, selon lui, pour tirer le meilleur parti de ces transformations sur les plans de l'aménagement urbain et de la gouvernance des territoires.

 

  • ARTICLES DE PRESSE GENERALISTE

 

Arnaud Devillard, « Dans les projets du Grand Paris, il n'y a rien sur le numérique. », entretien avec Bruno Mazloff, Les actualités de 01Net, 9 juillet 2009.

Il s'agit d'un entretien avec le sociologue Bruno Mazloff, auteur du livre « Les Médias urbains dans la ville 2.0 » (Ed. FYP, 2009). Bruno Mazloff y donne la définition originelle de l'expression « ville 2.0 », qui avant d'être érigée en concept était avant tout un programme de la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération). Il en retrace ensuite l'historique récent et évoque certains de ses champs d'application. Il situe l'idée dans le temps court : « nous n'en sommes qu'aux prémisses ». Ce premier article est ainsi une parfaite introduction au concept en permettant un premier cadrage général, et rappelle le manque de recul dont nous disposons pour étudier ce phénomène.

 

Marie Lechner, « Liaisons Urbaines ». Libération, 27 mai 2009.

Cet article est un récit utopique de ce que serait la vie d'un citadin dans une « ville 2.0 ». On y suit le parcours quotidien d'une jeune fille hyper connectée à son environnement urbain. Cela permet à la journaliste d'énumérer les principaux champs d'application du concept, et de présenter les principales innovations déjà disponibles ou attendues dans ce domaine. Elle postule, avis de scientifique à l'appui1, que les transformations à court terme changeront la ville « pas tant leur aspect physique que la vie urbaine, les comportements ». Dans cette analyse, elle pose la question de l'espace laissé à la vie privée, à la possibilité de se perdre et de se cacher, qui sont autant d'arguments reliés à une thèse selon laquelle « il est essentiel de ne pas pouvoir tout savoir ».

 

Cédric Duval, « Dans la ville 2.0, c'est le citadin qui fournit l'info ». Les Echos, 23 février 2009

Cet article analyse la ville numérique sur le plan des nouveaux comportements urbains qu'elle implique : une sorte de démocratisation participative de l'information. Avec le développement de la technologie mobile, les citoyens sont en effet à même de relayer toute information en temps réel de l'endroit où ils se trouvent, contribuant à l'élaboration de nouveaux services urbains. Cette agrégation de comportements crée un nouveau genre de cartographie urbaine : une « cartographie des émotions populaires » qui informe en temps réel sur des tendances liées au mode de vie des habitants, comme par exemple les concentrations de personnes.

Pour les institutions, il s'agit de tirer parti de cette nouvelle donne et de permettre la mise à disposition et le partage de l'information. Pour les entreprises, c'est également une manne en matière de marketing et de ciblage des nouveaux besoins urbains, permettant en outre « d'utiliser la ville comme un laboratoire d'essais bon marché ».

 

« La ville numérique se dessine », La dépèche.fr, 24 octobre 2008

Cet article synthétique réalise un intéressant tour du sujet en revenant sur les nouvelles cartographies interactives. Il s'interroge par ailleurs sur les enjeux de la démocratisation et évoque la nécessité d'une régulation au nom de principes éthiques.

 

Yan de Kerorguen, « La ville de demain en chantier... virtuel », La Tribune, 12 décembre 2007

Laurent Péricorne, « Anticiper la ville numérique de demain », La Tribune, 12 janvier 2008.

Ces deux articles issus de la même publication émettent un avis optimiste et enthousiaste sur les transformations sociales à l'œuvre dans la ville numérique. Premier article paru dans la presse généraliste à mentionner l'expression de « ville 2.0 »2, il a été publié au moment de la mise en place de ce programme par la FING, contribuant à populariser l'expression et l'employant comme un concept. Il introduit l'idée que le numérique permet « d'impliquer les usagers dans la production de services urbains pour l'avenir », et que ceux-ci sont moteurs de ce changement en attendant des collectivités locales qu'elles leur permettent cette prise de parole. Selon l'auteur, « les liens numériques recréent des liens sociaux ».

 

« Futurs en Seine , festival en quarante lieux ». Libération, 27 mai 2009.

Cet article est un exemple illustrant la médiatisation et la festivalisation récentes d'un thème qui peut ainsi passer pour un phénomène de mode.

 

Cédric Duval, « Quand les citoyens se transforment en capteurs environnementaux ». Les Echos, 12 juin 2009

Cet article fournit un exemple concret d'application du concept de ville 2.0 : l'expérimentation de capteurs au bras de citadins pour les faire participer à la production des données de la ville numérique – en l'occurrence des données sur la pollution de l'air et sur la pollution sonore. Cette expérience est un élément emblématique du travail de la Fondation Internet Nouvelle Génération, et celui qui a été le plus médiatisé. On peut se demander s'il s'agit d'un effet de communication ou si cela revêt une utilité réelle qui sera réutilisée dans le cadre de politiques ultérieures. L'enjeu majeur pour cette technique est donc avant tout de gagner en crédibilité.

 

  • ARTICLES DE MEDIA SPECIALISES

 

Ariane Beky, « Villes 2.0 : l'utilisateur au centre de la ville de demain », Neteco.com, 7 novembre 2006

Cet article spécialisé cite le projet « villes 2.0 » avant même sa mise en place, lorsqu'il ne s'agissait que de rencontres nationales réunissant industriels et collectivités. Il présente l'avantage d'expliciter le concept en mettant en lumière l'analogie avec le « web 2.0 ».

 

Daniel Kaplan, Fing : « La ville numérique 'idéale' serait un ensemble ouvert et fluide », Neteco.com, 13 janvier 2009

 

Cet entretien avec Daniel Kaplan, délégué général de la FING, revient sur la réalité du projet « ville 2.0 » et en établit une sorte de bilan à l'heure de la clôture du programme. Il donne ensuite un aperçu de l'agenda de la FING pour les années à venir. On réalise en le lisant l'ampleur du chantier, et le caractère ponctuel et sporadique des initiatives menées. Il reste une vraie gageure dans la sensibilisation des élus sur les enjeux du numérique, d'où un important travail pédagogique de la FING.

 

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1Carlo Ratti, du Senseable City Lab, au MIT (Massachussets Institute of Technology).

2Source : DowJones (Factiva.org)

 

 

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