PODEMOS Un échec instructif

Tous les journalistes en Espagne s'interrogent, sur le million de voix que Podemos a perdu entre décembre et juin. Les plus pertinentes des critiques, portent sur la conduite du mouvement, et l'attitude même du leader maximo, en l'occurrence Pablo Iglesias.

Issu du mouvement des "indignés", Pablo Igesias avec "podemos", a symbolisé un projet politique, qui allait au-delà  des clivages traditionnels gauche contre droite.  Dés le départ il prenait ses distances par rapport aux partis traditionnels de la gauche. Bien qu'issu de la gauche dite radicale, il a  rejeté le folklore communiste et ses drapeaux rouges. Avant Ada Colau, Iñigo Erejon ou Carolina Bescansa, c'est bien Pablo Iglesias qui a été l'artisan de ce projet, et sa figure la plus visible. 

Depuis le début, les vieux communistes historiques, ceux qui avaient connu la clandestinité, s'étaient sentis humiliés par les prises de position de Pablo contre leur parti. Ils assistèrent médusés à la montée d'un parti, qui tout en se déclarant porteur d'une nouvelle façon de faire de  la politique,  adoptait avec les mois, mutatis mutandis, toutes les vieilles ficelles de la politique politicienne en régime parlementaire, entre pragmatisme et roublardise. 

 Après les élections du 20 Décembre 2016,  ces militants historiques souvent prestigieux, apprécièrent  peu le revirement de Pablo Iglesias à leur égard, lorsque Podemos enfin, s'ouvrit à une alliance électorale avec eux, ce rapprochement a été perçu comme du parfait électoralisme, de l'opportunisme grossier. Et beaucoup on préféré se réfugier dans l'abstention.

Les électeurs que Pablo avait sut séduire, ont été choqués par sa superbe après les élections de décembre, Ils n'ont pas beaucoup apprécié l'humiliation qu'il a infligé à Pedro Sanchez, du PSOE. Lors d'une conférence de presse, à la sorti de son entretien avec le roi, et sans en avoir averti le PSOE au préalable, Pablo dont le parti arrive en troisième position, désigne Pedro Sanchez comme futur président du gouvernement, et sans complexe pose les termes d'un accord sur la composition du futur gouvernement de coalition,  où il s'octroie le rôle de tout puissant vice-président, et propose de confier à Podemos le contrôle des services d'intelligence. Comme ça, au flan.

Mais Pablo ne s'arrête pas là, lors d'une conférence, Pablo incendie le PSOE. Inconscient, il évoque le parti de la "cal viva". (1)

Mais la "cal viva" et le PSOE des GAL c'était il y a plus de trente ans. Et ces rappels aujourd'hui sont devenus les dérisoires armes de la dialectique que les derniers mohicans d'ETA, utilisent contre les socialistes. C'est de fait pour l'immense majorité des espagnols, une vieille histoire, une évocation destiné exclusivement aux militants indépendantistes inconditionnels. 

Pablo a eu du mal à adapter le caractère de fraicheur que porte souvent le massage dit "gauchiste" à la dimension national conciliante et constructive. Les rhétoriques tiers mondistes utilisés par les indépendantistes, et qu'il a souvent allègrement repris, ne sont pas transposables au niveau national, elles sont à l'usage des plus radicaux des indépendantistes, sinon souvent des plus racistes. 

Beaucoup de ses prises de position, comme  celles de son ami JC Monedero (son ancien prof de science po) sortent tout droit de ce vivier rhétorique . Un respectable idéalisme, mais décalé, perçu comme de l'infantilisme par son coté arrogant. Incompatible avec la conduite d'un pays, qui on le reconnaisse ou non, est à l'international, unanimement reconnu, comme une démocratie consolidée, (dans le cadre des limites de la mondialisation) Ce qui n'est pas le cas du Venezuela, pays dont les Monedero et Iglesias se sont dit si proches, (pour un temps) JC Mondero est également devenu un des plus ardents critiques de la transition démocratique, qui certes est imparfaite, mais qui ne mérite pas le rejet hautain qu'ils expriment. Les anciens du PC, comme ceux du PSOE, n'ont jamais apprécié. 

Petit à petit l' image de Pablo se dégradait selon les enquêtes, mais paradoxalement dans les sondages, les intentions de vote pour Podemos, ne reflétaient pas cette tendance. Les communicants de Podemos, sentant le danger, avertirent Pablo, qu'il semblait être à peine mieux considéré dans les enquêtes d'opinion, que Mariano Rajoy. Sa véhémence et sa désinvolture, passaient de plus en plus pour de l'arrogance. 

 Et c'est alors soudain, que Podemos, décida de changer de message,  subitement Pablo fit référence à la dimension social-démocrate de son projet, ce qui tout bien considéré n'est pas absurde, mais qui après des mois d'un discours , et une sémantique de pure coupe gauche radicale, faisait désordre. 

Et ce nouveau message fut présenté enveloppé, d'une nouvelle communication, axée sur le "sourire" , il n'était alors plus question d'attaques et de revanches, contre les ennemis sociaux-libéraux, mais de confluence.  Mais c'était trop tard, le changement apparut à un nombre trop important de votants de Podemos et IU (ecolo-communistes) de décembre, comme du machiavélisme scolaire. Plutôt que de voter pour un parti de la "caste", beaucoup le 23 juin, se sont réfugiés dans l'abstention. Comme également, à l'autre bout de l'arc des votants, ces pionniers de Podemos, souvent venus de l'abstention, déçus par l'ascendant pris par Pablo pour le contrôle de ce mouvement, d'abord assembléaire, libertaire  et horizontal,  qui critiquait les vieilles méthodes de la politicaillerie, qui plaçait l'individu au centre des préoccupations politiques, avant que Pablo ne l'instrumentalisme, et en fasse un parti plus ou moins comme les autres, et un parti pour lui même.

Ceux de Podemos, ont un important travail de redéfinition de leur identité, et d'élaboration d'une nouvelle stratégie devant eux. Dommage, car avec Podemos, l'Espagne présentait à l'Europe une alternative politique de rupture, bien plus constructive, que la plupart des partis dit populistes sinon racistes, ont en ce moment à proposer. Ces mouvements avec lesquels les gagnants du système actuel, aiment à comparer Podemos, affolés en voyant les intellectuels pour une fois en Europe dans un pays important, faire la jonction avec les perdants du système, et parler d'un projet universaliste et social pour l'Espagne et pour l'Europe.

(1) "cal viva" ce terme se réfère au titre d'un livre récent, écrit par un ancien des services de lutte anti-terroriste espagnol, qui mena la sale guerre contre ETA, au nom des GAL. Et que Baltazar Garzòn envoya  en prison. Le titre fait référence au cas de deux jeunes militants d'ETA, (Lasa et Zabala) qui furent enlevés en France par des policiers hors contrôle, qui les torturèrent avant de les assasiner, leurs corps furent retrouvés au cimetière d'Alicante, après avoir été recouverts de chaux vive (cal viva) Le PSOE de Felipe Gonzalez était alors au gouvernement.

 

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