ESPAGNE L'ESPOIR

La situation politique en Espagne en Janvier 2016.

 

L'Espagne est en train de modifier son modèle institutionnel, dans une ambiance de drame familiale pour séries américaines, mais aussi    dans une ambiance courtoise, voir souvent chaleureuse au niveau des relations entre citoyens, et élus des deux camps. (je ne parle pas de la lutte des classes) C'est une bonne chose de revoir la philosophie induite par les rédacteurs de cette constitution espagnole, à l'ombre d'une crainte, plus ou moins justifiée, à l'égard d'une armée. Le Roi les avait rassuré, et divine surprise, après l'avoir rédigé, des événements montrèrent un 23 Février que le roi était sincère. Surprise  d'ailleurs qui semble aujourd'hui trop surprenante, pour certains amateurs de complots, très à gauche certes.

L'Espagne majoritairement est à gauche, et sa population veut repenser son vivre ensemble. Les communistes de IU se sont alliés à Podemos au parlement, malgré qu'ils aient moins de députés que le PSOE, ils ont plus de votants, et surtout ils sont en tête dans les grandes villes, et parmi la jeunesse, ils ont l'avenir devant eux.

Les partis cherchent des alliances, Podemos face au PSOE campe sur des positions qu'il présente comme des lignes à ne pas franchir, comme la tenue d'un referendum en Catalogne, ou le souhait de constituer des groupes parlementaires différents par régions…..,   une philosophie.

La constitution d'une grande alliance PSOE/PP à l'allemande, n'est souhaitée que par une minorité des espagnols, les gens préfèrent une coalition à la portugaise, moins merkelo-compatible.

Ces lignes rouges qu'ont posé ceux de "Podemos", d'un coté poussent à la rupture, on dit qu'en cas de nouvelles élections ils  augmenteraient leur nombre d'élus (comme le PP)  Mais aussi surtout, reflètent un courant profond toujours présent dans la société espagnole, courant plus ou moins issus de traditions pas toujours progressistes, selon qu'on les regarde (carlisme). Mais aussi un courant libertaire, qui renoue avec cette tradition de luttes et d'avancées radicales, en matière de justice et de solidarité. 

L'Espagne  a étonné par la sérénité de sa transition, par ses avancés sociétales, par sa tenue à l'égard des immigrés, elle a l'opportunité de confirmer et d'approfondir ce que  disait d'elle Ban Ki Moon, exemple en matière de respect des langues, et des cultures minoritaires. Respect en fait ancré chez une majorité d'espagnols.  

Si l'on ajoute les nationalistes plus ou moins de gauche, basques et catalans, l'union de la gauche au delà des clivages territoriaux est  faisable, alliés à "podemos"  et au PSOE ils sont les leviers  d'un nouveau vivre ensemble en Espagne. Ces partis de gauche nationalistes mais qui ne se reconnaissent pas nationalistes ont l'opportunité  avec "podemos", de peser plus lourd que le PSOE. Reste à savoir s'ils sont d'abord de gauche, ou d'abord nationalistes, et indépendantistes. Ils vivront leur nuit des longs couteaux, dans la bonne humeur très probablement. Et là il sera possible de parler de référendums, mais aussi et surtout de justice.  Ils seraient les leviers d'une deuxième transition.On parlera peut être de moins en moins d'hypothétique indépendances devenue de fait infaisable, d'abord parce que la Catalogne et le reste des autres communautés, ou nations pour les plus romantiques, sont interdépendantes. Et que toutes sont de fait dépendantes de quelqu'un de plus important, face à qui il vaut mieux arrivé très uni. Il y a plus de gens lucides en Catalogne que l'inverse, et "podemos" est arrivé avant le PS Catalan, et aussi avant les indépendantistes de gauche comme de droite, malgré qu'ils aient qualifié Iglesias d'oiseau unioniste conservateur. On voit bien ce qui en fait ferait consensus en Catalogne.

L'Espagne par son architecture territoriale  peut devenir un exemple  pour la construction européenne,  elle est déjà le pais d'Europe où les régions gèrent les budgets délégués les plus importants, en revoyant la procédure par laquelle  ces budgets sont alloués, a peu de frais ils arriveront à renforcer la solidarité, la vrai. En finir aussi avec les stupides compétitions fiscales entre régions, qui font partir des entreprises de Catalogne vers Madrid, non par peur de l'indépendance, ils n'y croient pas, mais pour payer moins d'impôts, ou comme d'Aragon et Cantabrie vers le Pays Basque ou la Navarre.

Mais surtout sur le plan de l'approche à l'égard du capitalisme déjanté, l'Espagne peut se retrouver moteur d'une alternative au sud de l'Europe, avec le Portugal et la Grèce, probablement ce choc aura des répercussions chez nos amis italiens, lorsque l'humour ne sera pas l'essentiel dans la vie pour eux.(avec autre chose)  C'est peut être pour ça que je les aime d'ailleurs. C'est une blague.

En résumé , il faudra que les vrais gauches si elles existent, s'entendent, et ne pas refaire d'élections, car la composition actuelle du parlement reflète la réalité de l'Espagne, avec l'importance décisive qu'à toujours eu la Catalogne avec les élus catalans de Podemos et les élus indépendantisrtes de gauche.  

Il est intéressant de noter l'activisme de ciudadanos, ne fermant pas les portes à Podemos, et discutant ferme avec tous les acteurs, établissant des ponts, avertissant que leur programme n'est pas un dogme. Peut être le sens de l'État, le souvenir des fondateurs du forum de Babel, ancêtre de ciutadan's, anti-franquistes historiques en première ligne pendant la transition, et aussi catalans.

De gauche comme de droite, de la mairie de Madrid comme de Barcelone, de La Galice à Valence, c'est de mon point de vue,  un vent d'espoir qui viens d'Espagne, et une énorme opportunité.

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