ISIS ET LA LIMITE DES BONS SENTIMENTS (de John Carlin)

John Carlin est un scénariste et écrivain Anglais, né en 1956, d'un pére anglais, et d'une mére espagnole. Je pense que son point de vue sur la situation que nous vivons ces jours-ci mérite attention. Article paru dans le journal "El Paìs"

 

La limite des bons sentiments

 Les  critiques irresponsables  de ceux qui n'ont jamais exercé le pouvoir, et qui ne pensent jamais l'exercer.

(G.ORWELL)

 

  Dans le film Mars Attacks!, une hilarante comédie noire de 1996, lorsque le leader les envahisseurs extraterrestres qui ont déjà liquidé la moitié de la planète, pénètre  avec ses deux gardes du corps, dans le bureau du président des États Unis, qu'interprète Jack Nicholson, le président, seul dans son bureau, en appel au bon sens, et à la bonté de ces ennemis de l'humanité. " pourquoi ne pas essayer de construire, au lieu de détruire?'" leur demande t'il, pourquoi ne pourrions nous pas tous nous entendre? A l'instant, le chef des martiens l'abat, puis s'approche du cadavre pour le saluer, par un ridicule salut militaire.

 

Il n'est pas absurde de supposer que l'idéaliste de gauche qui préside actuellement le parti travailliste britannique Jeremy Corbyn, essaierai de répondre de façon similaire au factice président, au cas où il se verrai coincé par un de ces terroristes de l'ISIS. Ce serait un geste en adéquation avec sa vision du monde, qu'il partage avec beaucoup  en Europe aux USA comme en Amérique Latine. Étant anglais il lui proposerai probablement une tasse de thé.

 Corbyn comme Bernie Sanders, l'États-Unien qui aspire à la candidature présidentielle du parti démocrate, comme beaucoup qui partagent ce pavlovien anti-impérialisme à travers le monde, insistent avec opiniâtreté sur le fait que les attentats de Paris, sont la désastreuse conséquences des interventions militaires occidentales au moyen-orient, qui créèrent le phénomène djiadiste. Sanders l'a dit tel quel lors d'un récent débat avec Hillary Clinton "la désastreuse intervention en Irak à conduit à l'ascension de l'État Islamique"  

 

Il n'a pas tout a fait tort. Le psychopathe ex vice-président des Etats Unis, Dick Cheney et ses toutous -par ordre de grandeur, GW Busch,Tony Blair et J.M Aznar-rompirent le tyrannique équilibre de la région, par leur stupide invasion de l'Irak. On ne sait pas ce qui se serait passé aujourd'hui si Sadam Hussein était resté au pouvoir, peut être que la situation aujourd'hui serait encore plus anarchique qu'elle ne l'est, mais on ne peut écarter l'hypothèse qu'il aurait freiné le Djiad à sec, en combattant la terreur comme à son habitude, avec plus de terreur.

 

Par ailleurs on peut également penser que si Barack Obama n'avait pas retiré ses troupes, l'ISIS n'aurait pas été en mesure  d'imposer  son "califat" en Syrie et en Irak. Et puisque nous en sommes là, pourquoi ne pas aller plus loin dans les suppositions. Si les États Unis, le Royaume uni, la France et les autres alliés n'avaient imposé des conditions de paix aussi revanchardes après la première guerre mondiale aux allemands, il est probable qu'Hitler n'aurait put arriver au pouvoir, et le monde aurait économisé les horreurs de la deuxième guerre mondiale, et l'extermination des six millions de juifs.  

 

Le problème qui se pose pour ceux qui suivent le chemin selon lequel la faute reviens à l'attitude des gouvernements occidentaux, est qu'ils désignent comme axe original du mal, ceux qui défendent ce que l'État Islamique rejette, et que les nazis rejetaient également: la liberté d'expression, le pouvoir de la loi, et tous les éléments basiques de la démocratie, qui permettent que les Corbyn, Sanders, Podemos, Syriza comme le Front National et d'autres qui s'opposent au statu quo, puissent s'affronter sur le terrain de la politique, sans la peur d'être pris en otage ou assassinés.

En attribuant la responsabilité des massacres de Paris à des gouvernements élus en Europe et aux États Unis, une grotesque équivalence morale est établie avec ces tarés, ex-junckies ou petites frappes de banlieue, qui ont trouvé leur rédemption personnelle dans une idéologie qui voue un culte à la mort, qui croient compter sur l'appui du ciel lorsqu'ils décapitent des infidèles, jettent des homosexuels depuis le haut des immeubles, lapident des femmes supposées adultères, ou violent et contraignent à l'esclavage des enfants de 13 ans.

Il est évident que les bombardements de la coalition on provoqué la mort de civils. De beaucoup, de trop. Mais il y a une différence lorsque cela survient, Obama le premier le regrette et ne cache pas  son embarras. Mais chez ISIS on fait la fête. 

 

Le fait est, comme le déclara la semaine passée le chef des services d'intelligence allemand, que nous sommes face à une "guerre terroriste mondiale".  Il faut prendre position, on ne peut pas rester dans les eaux douillettes du bon sentiment. Tout un chacun peut se sentir satisfait avec lui même, en s'opposant à la guerre, à l"impérialisme neolibéral"  à la vigilance policiére etc… mais les temps exigent des débats constructifs, des réponses concrètes, sans fermer les yeux sur la dure réalité. Dans le monde politique réel, il n'y a parfois d'autre solution que de se salir les mains, sacrifier sa pureté morale et choisir entre le mal et le pire. Il n'est pas adéquat dans ce moment d'urgence actuel, déclarer que la paix est un principe non négociable, la paix n'est pas un principe, c'est une circonstance, ou que nous devrions plus lutter contre l'ennemi en nous, que contre  un ennemi extérieur.

 

L'argument irréfutable  contre la thèse selon laquelle la conséquence de la politique extérieure des pays riches occidentaux serait l'ascension de l'ISIS comme un simple rapport de cause à effet, est que l'énorme majorité des victimes d'ISIS ne sont pas des occidentaux, sinon des habitants de Syrie ou d'Irak principalement musulmans.

Ceux qui se sentent gênés à l'idée de se positionner  aux cotés d'Obama, Cameron, Hollande  et compagnie, qu'ils gardent à l'esprit que c'est surtout de ces damnés de la terre, qui sont la cible quotidienne d'ISIS qu'ils sont en compagnie. 

Il est temps que les idiots utiles tentent de l'être un peu moins et prennent position, en définissant sans ambiguité qui aujourd'hui est le principal ennemi de l'humanité. Car lorsqu'un djiadiste se présenterai avec une kalachnikov, dans un bar, un théâtre ou un supermarché tuant les gens un par un, il ne se demandera pas si sa prochaine victime est de gauche ou de droite, progressiste ou néo-libéral, impérialiste ou anti-impérialiste. Il tuera comme la peste, sans pitié ni états d'âme.  

 

 

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