Mélenchon avec nous !

Voilà !

Jean-Luc Mélenchon, qui suit depuis longtemps ce qui se passe du côté d'Alcatel, d'Alstom, en gros des fleurons industriels français, a appelé à la création d'une commission d'enquête parlementaire (www.jean-luc-melenchon.fr/2015/04/16/alcatel-assez-de-honte/) sur Alcatel-Lucent, une commission élargie à Alstom (entreprise rachetée par General Electric), suite à nos révélations publiées sur le site d'Atlantico (http://www.atlantico.fr/decryptage/comment-etats-unis-ont-discretement-pille-et-destructure-alcatel-franck-decloquement-antoine-dreyfus-2095848.html).

Avec Franck, cela fait deux ans que nous suivons le dossier, que nous rencontrons des anciens cadres, des ex-dirigeants, des spécialistes de l'intelligence économique et que nous tirons le fil de cette sacrée pelote, avec une idée, confirmée par l'enquête, que les Etats-Unis ont pillé et déstructuré Alcatel, intéressés par la position de leader mondial des télécommunications, et en lorgnant, en particulier, sur les 29 000 brevets, propriétés d'Alcatel.

Obsédés par l'idée de pénétrer le marché américain, les dirigeants d'Alcatel, au moment de la fusion avec Lucent, en 2006, ont pensé que les "frenchies" allaient "bouffer" les Américains. C'est tout l'inverse qui s'est passé. C'est le canard boiteux Lucent qui a tout raflé et qui s'en est sorti dans cette histoire. Certains nous ont dit, sans vraiment nous le dire, mais en le pensant très fort, que nous étions « complotistes » (je rappelle juste que j'ai écrit un livre, en 2007, qui s'intitule "Les fils d'Al Qaida" et que toujours pour Atlantico, j'ai réalisé un sujet sur les étranges lubies des "complotistes" du 11 septembre), qu'Alcatel était déjà une entreprise mondialisée et que les procédures qui consistaient à signer des accords NSA (National Security Agreement), rappelant étrangement le sigle de la NSA (National Security Agency, les grandes oreilles de l'Amérique) étaient purement formelles. Nous avions répondu qu'en effet Alcatel était déjà une entreprise mondialisée, mais qu'elle demeurait de culture française. Après la fusion, dans les usines d’Alcatel en région, les ouvriers et les techniciens ont vu débarquer des auditeurs qui les auditaient en anglais...Quant au fait de signer chaque année, des formulaires NSA, pour se conformer aux règles américaines, elles n'étaient pas purement formelles : ceci correspondait à un formatage, à une volonté délibérée de formater les esprits des salariés d’Alcatel. Si cette signature est purement formelle, pourquoi le faire, pourquoi désigner des responsables de la procédure, pourquoi embaucher des gens pour respecter ces règles, pourquoi solliciter la hiérarchie pour faire pression sur les employés d'Alcatel ? On peut retourner l'argument à l'envers. Qu'auraient dit les Américains si nous les avions forcé à signer chaque année des documents similaires, émanant d'une agence gouvernementale française ? Les auraient-ils signé les yeux fermés sans se poser de questions ? 

La position de Jean-Luc Mélenchon est courageuse, car à la gauche de la gauche, ces thèmes-là ne sont pas les plus populaires et arrivent souvent en queue des préoccupations de cet électorat. Pourtant, à y regarder de plus près, ces thèmes-là concernent tout le monde, puisqu'il s'agit avant tout d'emplois...Nous rappelons, dans notre enquête, que depuis la fusion Alcatel-Lucent, l'entreprise a perdu plus de 30 000 emplois directs (sans compter les emplois indirects chez les sous-traitants, les fournisseurs, etc.). Soit, en fait, l'équivalent d'une ville moyenne française. Nous attendons qu’un homme politique à droite s’empare du sujet. Car qui peut raisonnablement dire que ce n'est pas préoccupant, alors que la France est passée, dans le classement, de la 5ème à la 6ème puissance mondiale ?

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