Macron n'est pas sorti de sa rentrée

La rentrée politique s'annonce sous les meilleurs auspices : cote d'amour de l'exécutif en hausse, baisse spectaculaire du chômage, effet prestigieux de l'organisation du G7 à Biarritz... Hélas il y a aussi le problème des urgences, celui de la SNCF, les retraites, la PMA, l'immigration, les Gilets jaunes en embuscade, et l'affaire Alstom. Les auspices auraient-ils examiné des boeufs avariés ?

Incroyable mais vrai : l'hôte du fort de Brégançon caracole dans les sondages !

Oui, oui ! Jusqu'à 41% d'opinions favorables le 31 juillet dernier, +10% en dix mois, selon Harris Interactive, largement commenté par Le Figaro. Un vrai miracle. Qui, comme tous les miracles, reste inexplicable.

D'autant plus qu'il a été démenti par un autre sondage effectué par YouGov et publié par le Huffpost le 2 août suivant, qui donne Emmanuel Macron à 22 % d'opinions favorables. Deux fois moins que pour Harris Interactive. Sacré retournement de tendance en 48 H, ils ont sondé dans le même pays ? Plus précisément : pour YouGov 70% des sondés jugent Macron négativement, et 72% ont une opinion négative du gouvernement, un chiffre en hausse de 3%.

Le mois dernier, la compilation de sept grands instituts de sondages donnait une moyenne de 33,42% d'opinions favorables pour le prince de Brégançon.

L'ensemble des médias qui en avaient fait des tonnes à propos de cette miraculeuse "embellie" sont restés début août d'une discrétion de violette. L'édito du Monde du 19 août reprend de surcroît les chiffres avantageux pour étayer son analyse politique. Pas très sérieux tout ça.

Il paraît aussi que la rentrée 2019 s'annonce sous de meilleurs auspices que celle de 2018. Ah bon...

La baisse du chômage, par exemple : 8,5% selon l'INSEE  le taux le plus faible depuis dix ans. Un résultat qui tombe à pic, comme les bons sondages. La ministre du travail s'en félicite. Mais la Dares, l'organisme officiel qui fournit ses chiffres au gouvernement, comptabilise de son côté près d'un million de chômeurs de plus sur ces mêmes dix dernières années. Va savoir...

Le résultat des élections européennes ? Certains commentateurs y voient un score "honorable" pour l'exécutif. Ben voyons ! Tout le monde sait qu'il est honorable pour un pouvoir en place d'arriver en seconde position derrière son opposition d'extrême-droite. C'est même recommandé pour être réélu dans un fauteuil aux élections suivantes. Épouvantail, fais ton office !

Quant aux dossiers de rentrée : PMA universelle, réforme des retraites, trouver des économies pour boucler le budget selon les exigences de Bruxelles..., le mage de Brégançon a déjà prononcé la formule magique : Abracadabra ! Place au "dialogue" et à la "proximité". Place au théâtre ! 

Les personnages sont en place, le décor planté, le texte déjà écrit, la claque des médias dominants est au premier rang et bruisse d'excitation. Les invités de marque du fort de Brégançon-Trianon :  Vladimir Poutine, Donald Trump, Angela Merkel, Boris Johnson, participent du déguisement monarchique à l'usage du bon peuple.

Une rumeur de foule venue du dehors menace pourtant de gâcher, voire d'interrompre, la représentation : grève des urgences qui s'étend, grève annoncée à la SNCF, plaintes de parents à propos du bac dans l'Education nationale, contestation prévisible de la PMA universelle, empoignades sur l'immigration... sans oublier la résurgence de l'affaire Alstom. La vente en 2014 par un ministre de l'Economie nommé Emmanuel Macron de la branche énergie d'Alstom, vente ayant des conséquences sur l'industrie nucléaire et la défense nationale. Le Parquet National Financier a été saisi le 18 juillet dernier. On parle de "scandale d'État, pire : de "pacte de corruption".

Sans oublier surtout la reprise annoncée du mouvement des Gilets jaunes, à qui cette effervescence procure un nouveau carburant si l'on ose dire.

Pour le personnage principal, il est de plus en plus difficile de faire son entrée. On se demande même s'il va s'en sortir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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