[NOTE] La politique, l’art de l’exclusion

Témoin d’une vision bourgeoise, les classes populaires sont souvent désignées comme exclus de la politique. Et si les Hommes politiques en était eux-mêmes exclue ?

La politique en son sens large attrait à l’organisation de la vie d’une société, d’une cité pour reprendre le terme ‘’politikos’’. Cette organisation trouve, aujourd’hui, sa pleine définition dans le système démocratique représentatif qui élit et délègue la souveraineté du citoyen vers le représentant. La définition initiale devient plus restrictive en ce qu’elle se mêle à la notion de pouvoir. L’art politique est la pratique du pouvoir capté par une élite [la bourgeoisie]. Loin de moi est l’idée d’oublier le travail important fournit par les collectivités locales, les ‘’petits’’ acteurs qui produisent tout autant de la politique mais ici, le prisme utilisé se focalise sur la pratique du pouvoir dans les hautes sphères de la politique, ce qu’on désigne parfois comme la politique politicienne. Elle est, à mon sens, devenue un véritable art où la technicité d’un tel exercice est hardue et demande une capacité importante à jongler avec le monde médiatique, l’expression calculée des idéaux et la poursuite d’une stratégie partisane. Mais comme tout art, ses hautes sphères ne sont réservées qu’à une élite, ce qui m’amène forcément à mon premier point : l’exclusion des catégories populaires dans l’exercice et le jeu politique.

 

° L’exclusion par le haut

 

Loin d’être original, ce point demeure primordial dans la compréhension du pouvoir L’art politique est un art bourgeois, le phénomène de marginalisation des classes populaires est ancien et les chiffres connus. L’accès au mandat politique est un luxe davantage fermé aux classes inférieures que ce soit par intellectualisation inconsciente d’une incapacité à pourvoir du discours politique et à rentrer dans ses hautes sphères ou encore par ce que l’on peut nommer le ‘’mur du diplôme’’. Parfait néologisme, ce mur est à mon sens double. Rentrer dans une école prestigieuse est d’abord et à l’évidence, beaucoup plus complexe pour un étudiant issu d’une classe défavorisée, de même que la valeur d’un diplôme ‘’classique’’ qu’il convoite, est trop souvent jugé à la baisse, à tort ou à raison. À tort d’abord car la stigmatisation peut sans raison venir dévaluer le diplôme quand, à raison parfois, la dévalorisation a ses causes matérielles - le manque de moyens - que la société ne peut ignorer. Mais la reproduction d’une classe politique ne passe pas que par l’enseignement et classiquement, le capital culturel, économique, social et symbolique rentre dans l’équation. Cette exclusion n’est pas nouvelle et n’est plus originale malheureusement, témoignant alors d’un grave statu quo qui ne sévit pas que dans l’exclusion des classes populaires mais plus paradoxalement dans l’exclusion des élites de la politique.

 

° Excluant exclu

 

La gravité de cette politique marginalisatrice est d’autant plus grave lorsque la réflexion sur le sujet est retourné. L’homme politique est à mon sens, tout autant exclu, si ce n’est plus, que les catégories sociales inférieures. Bien que provocatrice cette phrase démontre une certaine réalité, celle d’une possibilité pour l’Homme politique de s’exclure de ses propres actes. L’élite politique se réserve à un débat d’idées dont elle ne connaîtra pas les fruits et leur amertume. À la grande différence des travailleurs pauvres et de la majorité des citoyens, elle est écartée des conséquences des actes qu’elle commandite par son capital - économique surtout - qui lui permet de s’en extraire. Sa politique est alors une affaire d’idées, bien plus qu’une question de représentation et de vies. L’Homme politique est exclu de cette dépendance, de ce lien de subordination entre représentés et représentants qui maîtrisant le débat d’idées, tiennent surtout dans leurs mains la vie des citoyens. De chaque décision politique relève une double dimension : publique et intime. En s’appliquant à tous, la décision devient un élément sociétal quand dans une autre mesure, elle touche à l’intimité profonde. Je me souviens du discours d’Édouard Louis qui évoquant son père, fait témoignage de l’impact d’une décision politique sur l’intimité de sa vie. Le moindre débat idéologique sur la gestion des finances publiques peut se transformer en attaque à la vie intime, toujours organisée autour de l’argent. Dure paradoxe alors ! La politique est édifiée par une élite qui en est exclut et plus encore, non-représentative de la société dans son entièreté.

 

Extrait de Qui a tué mon père, d’Édouard Louis

 

« Chez ceux qui ont tout, je n’ai jamais vu de famille aller voir la mer pour fêter une décision politique, parce que pour eux la politique ne change presque rien. Je m’en suis rendu compte, quand je suis allé vivre à Paris loin de toi [son père]: les dominants peuvent se plaindre d’un gouvernement de gauche, ils peuvent se plaindre d’un gouvernement de droite, mais un gouvernement ne leurs cause jamais de problème de digestion, un gouvernement ne leur broie jamais le dos, un gouvernement ne les pousse jamais vers la mer. La politique ne change pas leur vie, ou si peu. Ça aussi c’est étrange, c’est eux qui font la politique alors que la politique n’a presque aucun effet sur leur vie. Pour les dominants, le plus souvent, la politique est une question esthétique : une manière de se penser, une manière de voir le monde, de construire sa personne. Pour nous, c’est vivre ou mourir. »

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