[Note] Le communisme, une solution écologique ?

À l’heure de la prise de conscience de l’urgence écologique, de la vague verte aux municipales - expression essentiellement journalistique, plus de 50% des villes ayant été remportées par Les Républicains et les périphéries n’ayant pas suivies le mouvement vert - des résultats du CESE, la recherche d’un nouveau modèle sociétal, plus écologique et plus social, est à la mode. On ne peut en dire autant du communisme. Largement boycotté depuis la chute du bloc de l’Est et affaibli politiquement depuis l’avènement de la Vème République, l’imaginaire collectif n’est pas à l’avantage de cette doctrine. Pénurie, famine, révolution, Etat autoritaire, pauvreté etc. ici une liste non-exhaustive du vocabulaire mobilisé pour décrire le bilan du communisme - qui pourrait d’ailleurs très bien être aussi rattaché au capitalisme - ce dernier étant largement consubstantiel au bilan du léninisme et du stalinisme. Pourtant, l’apport du communisme n’est, pas à renier et il pourrait devenir une réserve de valeur pour la construction de la société du ‘’monde d’après’’. Assez idéaliste, le communisme cherche à établir une société sans classe, sans Etat, et avec un partage des biens matériels. À l’origine, Marx s’appuie sur un bilan sévère du capitalisme pour proposer la solution politique qu’est le communisme. Il dit notamment dans le Manifeste du Parti Communiste : ‘’La bourgeoisie supprime de plus en plus la dispersion des moyens de production, de la propriété et de la population. Elle a aggloméré la population, centralisé les moyens de production et concentré la propriété dans un petit nombre de mains. La conséquence nécessaire de ces changements a été la centralisation politique.’’ On peut trouver ce bilan excessif, tiré par les cheveux, cependant, on ne peut contester l’apport théorique de telles lignes. Le bilan est encore plus frappant aujourd’hui, à l’ère du néolibéralisme, courant économique et politique au service des intérêts bourgeois : concentration des richesses dans les mains des grandes fortunes, concentration du pouvoir politique - élargi sous la Vème République - concurrence accrue dans tous les domaines, marchandisation de la société dans son ensemble. Le bilan écologique et social d’un tel système est lourd, très lourd. Il y a un épuisement des ressources naturelles, une dégradation de l’environnement, une hausse des températures, une chute de la biodiversité etc. L’outil productif est générateur de l’exploitation des travailleurs et de la destruction de l’environnement. Repenser cet outil est alors indispensable dans un transition écologique qui devra être sociale pour être acceptée. L’intérêt principal du communisme, ici, est de vouloir étendre le jeu de la démocratie au sein même de l’appareil de production afin de décider qui produit, où, combien, dans quel but, avec quelles ressources, comment etc. Ces questions ne doivent pas être traitées par les détenteurs des capitaux seuls, car leur intérêt n’est pas forcément celui de la planète et de la société dans son ensemble. L’extension de la discussion démocratique au sein de l’entreprise doit permettre d’allier ce tournant écologique et social. La discussion - menée à égalité - doit permettre de choisir où investir, avec quels capitaux, avec quelle facteurs de production, avec quelles ressources etc. Ces choix stratégiques ne doivent plus être le domaine réservé des investisseurs, des actionnaires dont l’appât du gain tronque la prise de décisions socialement et écologiquement responsable. L’outil de production est un terrain où la démocratie doit être étendue, où les syndicats se doivent d’être mis à égalité face au capital, tout comme les sous-traitants, parfois multiples, se doivent d’être d’avantage écoutés en raison de leur rôle majeur dans l’outil productif.

Une telle réflexion ne doit pas forcément amener à l’instauration d’une société communiste, mais l’apport théorique de Marx - discuté de manière extrêmement partielle ici - ne doit pas être rejeté dans l’appréhension du nouveau système qui doit être construit dans les prochaines années. Il existe bien une lutte entre les intérêts des capitalistes - au sens des détenteurs de capitaux -  et ceux des travailleurs, du peuple - je n’utilise volontairement pas les termes bourgeois/prolétaires qui sont plus restrictifs. Comme disait Warren Buffet, un temps l’Homme le plus riche du Monde : « c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner ».

 

Je suis conscient ici des prémices importantes de ma pensée. Qui dit démocratie dans l’appareil de production ne dit pas forcément tournant écologique. Une prise de conscience écologique massive est en marche et elle doit être poursuivie et accentuée afin qu’un tel système puisse fonctionner. De même, je pense ici le tournant social et écologique par le seul prisme de l’appareil productif, qui à mon avis est l’oppresseur initial mais qui n’est pas le seul terrain où les oppressions sur les travailleurs et la planète sont nombreuses. La démocratie se doit d’être étendue au maximum et, pour ne parler que de la France, doit sortir dans le jeu démocratique tronquée de la Vème République. Le tournant dont je parle est une nécessité absolue, la gauche détient dans sa substance des outils, une doctrine sociale qui doit lui permettre de former des réponses à cette crise. Parmi elles, la réponse démocratique parait un des outils indispensable. En ce sens, le CESE représente une avancée considérable et un modèle de démocratie participative à poursuivre et à amplifier.

 

L’apport du marxisme est à mon sens double dans cette crise. Premièrement de vouloir étendre le dialogue jusqu’au sein même de l’outil productif. Et deuxième de croire que la politique peut véritablement changer les choses, la société, de la faire évoluer vers une forme nouvelle. Les Hommes politiques ne doivent rien mettre, au dessus de la politique, au nom d’un certain pragmatisme - voir note sur le pragmatisme - au risque de voir la fracture au sein de la société s’élargir.

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